MEMORABILIA

« Tensions France – Turquie : Bursa, l’usine de Renault au coeur du casse-tête géopolitique »…

Scroll down to content

Par Sébastien Pommier, publié le 30/10/2020 L’EXPRESS

En 2019, 378 000 véhicules et plus de 900 000 moteurs ont été fabriqués dans l'usine turque de Renault, à Bursa.
En 2019, 378 000 véhicules et plus de 900 000 moteurs ont été fabriqués dans l’usine turque de Renault, à Bursa. afp.com/Eric PIERMONT

Le constructeur a fait de son usine de Bursa un lieu stratégique pour la production de la Clio, son modèle le plus vendu en France.

Quand, à l’hiver 2019, la direction de Renault annonce à ses salariés que la Clio, modèle phare de la marque au losange, ne sera plus assemblée à l’usine de Flins (Yvelines) mais en Turquie, à Bursa, la nouvelle fait l’effet d’une bombe.  

Dix-huit mois plus tard, la pilule a toujours du mal à passer. D’autant que le constructeur français se retrouve confronté à un appel au boycott des produits tricolores de la part du gouvernement turc, lui-même sous la menace de sanctions internationales pour avoir acheté un système de défense aérien à la Russie alors qu’il est membre de l’Otan. Un gros grain de sable dans le mécano industriel de Renault. 

Deuxième site de production mondiale de Renault 

Créée il y a tout juste cinquante ans en partenariat avec Oyak, le fonds de pension de l’armée turque (qui en détient 49 % des parts), l’usine de Bursa est devenue au fil des décennies le deuxième site de production mondiale de Renault derrière celui de Dacia en Roumanie. Une usine deux fois plus grande que celle de Flins. En 2019, il en est sorti 378 000 véhicules et plus de 900 000 moteurs grâce au travail des 6 200 salariés. Pour l’essentiel, il s’agit donc de Clio des 4e et 5e générations, dont une bonne partie a d’ailleurs été vendue en France. Renault peut en effet se féliciter d’en avoir écoulé 131 000 exemplaires l’an passé dans l’Hexagone, ce qui en fait la voiture la plus commercialisée du pays. Depuis janvier, même la Clio E-tech, le modèle hybride de la marque au losange, est désormais assemblée en Turquie. 

Au vu des tensions actuelles, Renault a-t-il du souci à se faire ? Officiellement, la direction se montre rassurante, imaginant pouvoir échapper au boycott grâce à ses voitures made in Turkey. « Nous vendons 85 000 voitures dans le pays, c’est notre 13e marché », tempère le constructeur. Il n’empêche, du côté du gouvernement français, on reconnaît apporter une attention particulière à Bursa. Les réseaux diplomatiques sont en liens étroits avec les dirigeants de l’usine, notamment pour renforcer la sécurité du site. « C’est vrai que la situation en Turquie soulève des questions en interne, notamment quant à la chaîne d’approvisionnement. Le sujet est pris au sérieux. L’avantage, c’est qu’il n’y a pas de lancement prévu avec de lourds process d’ingénierie à mettre en place », explique Franck Daoût, le délégué central CFDT de Renault. 

Et, pour éviter un trou d’air, l’usine de Bursa a poussé son rythme de production ces derniers mois, selon une source locale. Le syndicat Turk Metal, traditionnellement plutôt proche de la direction, vient même de monter au créneau pour se plaindre des conditions actuelles. « Nous tournons à 130 % de nos capacités, on travaille même le week-end », souffle un syndicaliste du cru. Ce qui fait dire aux élus de Renault en France que le groupe serait en train de constituer un stock de voitures en Europe pour pallier les coups durs.  

Un retour de la Clio à Flins ? « Pas la réflexion du moment »

Dès lors, bien malin qui peut prédire la suite. « La Turquie est dans une situation d’incertitude majeure. Sa monnaie dévisse, et tout peut se retourner brutalement parce qu’Erdogan est dans une logique de surenchère permanente », résume une source diplomatique. « Le problème, c’est que dans l’automobile la logistique est une machine colossale. Or, la voiture, c’est un produit de consommation instantanée. S’il faut attendre six mois pour la recevoir, les clients iront chez le voisin », rappelle Jean-Pierre Corniou, ancien haut cadre de Renault, associé au sein du cabinet Sia Partners. C’est pourquoi la CGT demande « un rééquilibrage de la production, notamment en France ». Peut-on imaginer le grand retour de la Clio à Flins ? « Nous ne sommes pas du tout dans cette réflexion en ce moment », indique-t-on au gouvernement.  

LIRE AUSSI >> Le combat perdu des constructeurs français dans le haut de gamme 

Le statu quo serait donc le scénario privilégié de toutes parts. Mais, comme lors de la crise iranienne, personne n’est à l’abri du faucon américain. « Nous n’en sommes pas encore là, mais si les Etats-Unis prenaient des sanctions extraterritoriales, alors, oui, cela deviendrait très difficile pour les industriels installés en Turquie », craint Olivier Attias, avocat aux barreaux de Paris et New York. « C’est une inquiétude, mais nous pourrons aussi compter sur notre usine de Slovénie si besoin », affirme-t-on du côté de la direction de Renault.  

Ce site de repli, c’est Novo Mesto, où sont fabriquées des Twingo et quelques dizaines de milliers de Clio. « Ce scénario de secours me paraît compliqué, car le site de Bursa est ultramoderne, ils ont fait beaucoup d’investissements. On est dans un jeu compliqué entre Etats qui prend les industriels en otage », observe Jean-Pierre Corniou. Outre l’incertitude économique, ne manquait plus pour Renault qu’un casse-tête géopolitique.  

**************

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :