MEMORABILIA

Bruno Tertrais : Pékin, Washington et un chapelet d’îles stratégiques.

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Face aux velléités de Pékin sur les îles environnantes et la stratégie de grignotage pratiquée par la marine chinoise, Washington monte la garde.

03/11/2020. L’EXPRESS

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Un des VRAIS enjeux de l’élection américaine, et dont bien sûr on ne parle pas beaucoup. Pour mémoire, c’est le merveilleux Obama qui a laissé s’installer la Chine dans la région et l’affreux Trump qui a, au contraire, réagi à ses menées…Artofus.

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La Chine s’apprête-t-elle à briser la « première chaîne d’îles » ? Ce concept de « chaîne » date des années 1940 : il s’agissait alors pour l’Amérique de contenir l’expansionnisme communiste. La première comprend les Kouriles (partiellement russes), l’archipel japonais, Taïwan et les Philippines. Des pays alliés aux États-Unis – y compris par traité de défense mutuelle pour Tokyo et Manille. La deuxième est composée des territoires de Guam et des Mariannes du Nord, et « d’Etats librement associés » à Washington : Micronésie, îles Marshall, Palaos. La troisième est centrée sur l’archipel de Hawaii.  

En français comme en anglais, le mot « chaîne » a un double sens. La Chine estime qu’elle est injustement « enfermée » dans son environnement immédiat, et, depuis trente ans, développe patiemment sa marine hauturière ainsi que l’ensemble de son outil de défense. De fait, l’avantage militaire américain en Asie-Pacifique s’est érodé. Et même les bases de la deuxième chaîne – notamment Guam, pièce maîtresse du dispositif du Pentagone dans l’ouest du Pacifique – sont désormais beaucoup plus vulnérables. 

Washington sur ses gardes 

Est-on à la veille d’un coup de force de Pékin dans cette région ? C’est la crainte qui agite depuis quelques mois les milieux stratégiques américains.  

Taïwan retient bien sûr en premier lieu l’attention. Les exercices chinois se multiplient en face de l’île. Le 19 septembre, une vingtaine d’appareils de l’armée de l’air ont passé la ligne médiane et sont entrés dans la zone de défense aérienne de Taipei. Cette ligne était respectée par la Chine jusqu’à l’an dernier.  

Ce n’est pas la première fois que les tensions dans le détroit sont fortes. Mais le contexte est nouveau : défaite électorale des pro-Pékin taïwanais en janvier, pandémie, abrogation de fait du statut de Hongkong, et langage de plus en plus martial des dirigeants chinois qui, lorsqu’ils parlent de réunification, omettent désormais d’y accoler l’adjectif « pacifique ».  

Une invasion de Taïwan opposerait Goliath à David. L’île ne tiendrait sans doute pas plus de quarante-huit heures, et son sort dépendrait de la capacité des Etats-Unis à renverser le cours de la guerre. Or toute la stratégie chinoise vise sinon à empêcher, du moins à rendre très coûteuse l’intervention de Washington, qui a décidé, ces deux dernières années, d’accroître son soutien politique à Taipei et de lui transférer des armements perfectionnés. Car l’enjeu politique, stratégique et économique pour l’Amérique serait immense : une guerre pour Taïwan serait l’épreuve de force ultime entre deux systèmes.  

La stratégie du grignotage 

Si Pékin veut minimiser les risques d’un conflit avec l’Amérique, le choix rationnel serait une stratégie patiente d’étouffement économique, de découragement de toute velléité d’indépendance et d’une poursuite du grignotage progressif de la souveraineté taïwanaise – par exemple en s’emparant des îlots du détroit : le comté de Kinmen (ou Quemoy), les Pratas, puis les Pescadores…  

C’est en cohérence avec une telle stratégie que les forces chinoises franchissent désormais régulièrement le canal de Bashi (au sud) et le détroit de Miyako (au nord). Car l’autre enjeu immédiat est le sort des îles japonaises Senkaku, qui font l’objet d’un clair engagement de défense de la part de Washington. Or, depuis l’été, la Chine s’installe dans leurs eaux, y revendique sa souveraineté, et s’approche à quelques kilomètres des côtes.  

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La Chine, géant planétaire

L’Europe a longtemps considéré que la question ne la concernait pas. Elle regarde désormais plus attentivement ce qui se passe dans cette région, vitale pour l’économie mondiale. Il ne serait pas question pour elle de participer directement à un conflit majeur qui y éclaterait, mais elle doit se préparer à être sommée par les forces en présence de choisir son camp.  

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