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Dissolution des Loups Gris : Erdogan ne va pas aimer !

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Dissolution des Loups Gris : Erdogan ne va pas aimer !

Conseil des ministres

Par Roumiana Ougartchinska

Publié le 04/11/2020 MARIANNE

Le gouvernement a prononcé ce mercredi la dissolution des Loups Gris, un mouvement ultranationaliste turc, qui a bénéficié d’une longue permissivité. Dans un contexte de tensions franco-turques, la décision résonne comme une déclaration de guerre à Ankara.

« Allah Akbar, Vous êtes où les Arméniens ? !  » En plein couvre-feu, à Vienne (Isère) comme à Décines dans la banlieue lyonnaise, des dizaines de membres de la communauté turque ont hurlé ces derniers jours leur haine à l’égard des Arméniens, tout en scandant des slogans pro-Erdogan. Les vidéos de jeunes hommes bardés de la bannière turque et brandissant le signe des Loups Gris, ont été largement relayées sur les réseaux sociaux. Leur devise est explicite : « Notre guide est le Coran, notre but est le Touran », c’est-à-dire la réunion de tous les turcophones à travers le monde.

Combien sont-ils ? Difficile d’établir des statistiques. Noyés dans la masse des 500 000 membres de la communauté turque, et des franco-turcs, en fait la plupart sont nés sur le sol français. Le plus souvent, doigts repliés à moitié, mimant la tête d’un loup, ils apparaissent à l’occasion d’événements organisés par les nombreuses organisations liées à Ankara, sous la coupe de Milli Görus, l’alter ego turc des Frères musulmans, ou encore celle du COJEP, l’émanation européenne du parti AKP de Erdogan, proche du CCIF en France.

Leur signe de reconnaissance a été conçu par leur « Bashbug – Fürer », Alparsan Turkesh, qui avait collaboré avec la Gestapo, avant de fonder son propre parti en 1969, le MHP.

Présents sur tout le territoire français, principalement à Lyon, Dijon, Strasbourg ou encore Grenoble, ils s’abritent sous la bannière de la Fédération des Turcs de France, nouveau label des tristement célèbres Ulkuçu Ocakan, les Foyers d’Idéalistes, cités dans plusieurs grandes affaires criminelles et judiciaires. Les membres de la Fédération organisent même des congrès et débats, souvent avec l’assistance de DITIB, la représentation pour l’étranger du Ministère des Cultes turc, lequel fournit et fiance 150 imams pour la communauté turque de l’hexagone.

EXPÉDITIONS PUNITIVES ET ATTENTATS

Pour les associations arméniennes, les expéditions punitives des Loups Gris sont loin d’être une nouveauté. En 2006 déjà, à Lyon, des échauffourées avaient éclaté à l’occasion de l’inauguration d’un mémorial du génocide arménien. La manifestation, aux relents négationnistes, avait pourtant été autorisée par le préfet Jean-Pierre Lacroix. Dix ans plus tôt, à la faveur d’une enquête parlementaire en Turquie relative aux activités de Derin Devlet (l’État profond) et portant sur la symbiose entre mafia, services secrets et pouvoir, plusieurs associations arméniennes découvrent avec stupéfaction l’activisme des Loups Gris sur le sol français : pas moins de 11 attentats organisés contre des cibles arméniennes en 1983, sans que personne ne s’en émeuve plus que cela. Les charges explosives ratent leurs objectifs de justesse. Le carnage est évité. Les instructions judiciaires aussi…

Mieux. Les auteurs, dont deux célèbres membres des Loups Gris, Abdullah Çatlı et Oral Celik, recherchés par la justice italienne pour leur implication dans l’attentat contre le pape Jean-Paul II, demeurent sur le territoire français sous de fausses identités. Et ne seront inquiétés par la justice que pour des délits de trafics de drogue. Ce n’est qu’en 1996, lors de la mort de Çatlı dans un accident à Susurluk, que l’affaire sera révélée au public.

« La grande pourriture », titre alors le quotidien Milliyet. Dans un rapport explosif, Kutlu Savas, le procureur en charge de l’affaire, confirme « l’envoi en Europe, sur décision du sommet de l’État et par les soins du MIT (services secrets turcs), d’une quinzaine de militants Loups Gris » pour en découdre avec le terrorisme arménien. L’activité de ce « commando » s’appuyait sur le réseau des Foyers d’Idéalistes disséminés un peu partout en France, Belgique, Suisse, Pays-Bas, Allemagne… À l’époque, les autorités de ces divers pays ferment les yeux sur les agissements de la Turquie… un allié de l’Otan.

FUSION ENTRE ISLAMISME ET NATIONALISME TURC

« Depuis des décennies, les Loups Gris, bras armé du MHP, sont utilisés pour les basses œuvres des services secrets turcs, explique Abdulah Bozkurt, un journaliste exilé, menacé par le régime de Recep Erdogan. Aujourd’hui, ils jouissent d’une impunité totale et de la protection politique du MHP qui apporte depuis 2016 son soutien à Erdogan et partage avec lui le pouvoir. » Pour ce connaisseur du MIT, qui a fait fuiter nombre de documents sur les accointances entre la Turquie et l’État islamique (EI), la fusion entre l’islamisme et le nationalisme turc, est une menace majeure qu’il sera très difficile de contrer. Pire, occupant désormais des postes importants au sein des services secrets turcs, les Loups Gris sont conçus comme une véritable « force de projection » en Europe, et peuvent être activés à n’importe quel moment, comme récemment en France.

« La trame depuis des décennies est quasiment la même », confirme Bahar Kimyongür, citoyen belge d’origine turque, poursuivi pour son activisme contre Ankara. « Ce n’est pas un hasard si Ahmet Cetin, ce jeune franco-turc qui a menacé récemment la France, fait l’apologie de feu le Loup Gris Abdullah Çatlı, se référant à lui comme le Reis, le Chef. »

En 2017, Ahmet Cetin, s’est présenté aux élections législatives dans l’Ain sur la liste du Parti Égalité Justice (PEJ), émanation du COJEP, la filiale pour l’étranger de l’AKP. Un parti qui demande, en autres, un moratoire sur la laïcité.

Un autre ancien membre du PEJ, Yalcin Ayvali, a rejoint pour sa part la liste LREM aux dernières municipales à Vénissieux afin de battre le maire communiste. En vain.

Le procès de Ahmet Cetin pour « incitation à la haine » devrait se tenir dans les prochains jours. « Que le gouvernement [turc] me donne une arme et 2 000 euros et je ferai ce qu’il y a à faire où que ce soit en France » avait-il déclaré dans une vidéo, ayant totalisé 13 432 vues sur Instagram avant d’être retirée.

À LIRE AUSSI >>  Comment les « Loups gris », ces ultranationalistes turcs, tissent leur toile en France

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