MEMORABILIA

« La très encombrante famille de Joe Biden » (pour mémoire).

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L’usine à scandales, c’est Hunter, le fils, mais les frères du démocrate traînent aussi des casseroles, qui n’ont rien à envier à celles de Donald Trump.

De notre correspondante à Washington, Hélène Vissière

Publié le 31/10/2020 Le Point.fr 

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Quelques mois après l’élection de Joe Biden au Sénat en 1972, James, son frère cadet, décide avec un associé d’ouvrir une boîte de nuit, le Seasons Change, dans le Delaware. Les banques se montrent étonnamment accommodantes : le jeune homme de 23 ans obtient plusieurs prêts alors qu’il n’a aucune expérience et seulement 10 000 dollars en poche. Mais la discothèque marche mal et James peine à rembourser son crédit.

Joe Biden, qui fait partie de la Commission du Sénat chargée des affaires bancaires, s’énerve contre la banque. « Ce que j’aimerais savoir, c’est comment le responsable des prêts a laissé les choses aller aussi loin », déclare-t-il. En 1975, il appelle le patron de la Farmers Bank pour se plaindre de ses méthodes. Un de ses employés, dit-il, harcèle James en lui répétant qu’un défaut de paiement ferait mauvais effet sur son frère. Malgré leurs déboires, James Biden et son associé obtiennent d’une autre banque un nouveau prêt de 500 000 dollars pour agrandir le Seasons Change. Deux ans plus tard, James, incapable de payer ses créanciers lâche la société. Il laisse derrière lui des dettes et un parfum de scandale, même si rien ne prouve que Joe Biden a usé de son influence pour aider son petit frère.

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Une ascension en famille

Et s’il n’y avait que James ! Depuis quarante ans, la famille Biden se révèle bien encombrante. Sans doute parce que Joe, catholique d’origine irlandaise, y est très attaché et l’a souvent mêlée à son ascension politique. Lorsqu’il brigue pour la première fois, à 29 ans, un siège de sénateur, sa sœur Valerie prend la direction de la campagne, James assure la collecte de fonds, un autre frère, Frank, s’occupe de l’organisation de terrain, son beau-frère gère le budget… Valerie va continuer à diriger ses campagnes électorales au Sénat et ses deux candidatures aux élections présidentielles de 1988 et 2008. Tout en bénéficiant de ses contacts pour décrocher des conférences tarifées et des emplois, notamment chez un consultant politique associé à son frère. À la fin du mandat de Barack Obama, elle a été nommée représentante suppléante aux Nations unies. Selon un rapport de Citizens for Responsibility and Ethics, Joe Biden est l’un des cinq sénateurs à avoir versé le plus d’argent en salaires ou honoraires à des membres de sa famille entre 2001 et 2006.

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Pendant qu’il poursuit sa carrière politique à Washington, ses deux frères mettent à profit son nom et ses relations pour se lancer dans les affaires, avec des succès mitigés. Peut-être parce qu’ils ont la fâcheuse manie de choisir des associés véreux, dont plusieurs auront des démêlés avec la justice. James, par exemple, rachète en 2006 avec son neveu Hunter, un fonds spéculatif appelé Paradigm Global Advisors. « On a des investisseurs pleins aux as qui font la queue dans leur 747 et sont prêts à mettre de l’argent dans ce fonds », se vante-t-il devant les employés, selon les confidences de l’un au magazine Politico. À cette époque, le sénateur s’apprête à lancer sa campagne présidentielle et le fonds semble un moyen, du moins pour James, de recevoir des dons de riches étrangers qui légalement n’ont pas le droit de financer un candidat. Combien en ont-ils attiré ? Mystère.

Le nom Biden, un « atout phénoménal »

En revanche, Paradigm s’est retrouvé mêlé à toutes sortes d’affaires louches avant de fermer ses portes en 2010. James rebondit aussitôt en se faisant embaucher par une firme du BTP. Il n’y connaît rien, mais, quelques mois plus tard, le groupe décroche un contrat de 1,5 milliard de dollars pour construire 100 000 logements en Irak. Son frère, pendant ce temps-là, est chargé de la politique irakienne à la Maison-Blanche.

Au même moment, Frank, le benjamin de la fratrie, mène lui un lobby d’enfer en Floride auprès des municipalités pour qu’elles autorisent son client, Mavericks in Education, à ouvrir des écoles privées. En cinq ans, il va empocher des centaines de milliers de dollars de ce groupe qui fait l’objet d’enquêtes pour gestion frauduleuse. Le nom de Joe est « un atout phénoménal », clame Frank Biden dans une interview. « On m’accepte automatiquement ou du moins on écoute ce que j’ai à dire. »

Hunter, le mouton noir

Le vrai mouton noir de la famille reste Hunter. En 1996, après la fac, le plus jeune fils de Joe Biden est recruté comme avocat par MBNA, un groupe financier, gros bailleur de fonds de son père. Il travaille ensuite dans un cabinet de lobbyistes tout en continuant à toucher des honoraires de consultant de MBNA. À cette époque, Joe Biden soutient un projet de loi controversé qui fait la part belle aux créanciers, dont MBNA, en durcissant les conditions de faillite personnelle. Hunter sera payé jusqu’en 2005, date à laquelle la loi est finalement votée.

En 2009, juste après la nomination de Joe Biden à la vice-présidence, Hunter lance une société de consultants et s’associe avec Jonathan Li, patron d’un fonds d’investissement chinois. En 2013, Hunter Biden accompagne son paternel en voyage officiel en Chine et lui présente Li. De quoi faire jaser, même si, là encore, le vice-président n’a jamais été accusé de trafic d’influence.

En janvier 2009, Joe Biden avec ses fils Hunter (à gauche) et Beau, mort en 2015. © DAVID MCNEW / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Hunter à lui tout seul est une vraie usine à scandales. Il est accro à la cocaïne et à l’alcool ; sa femme, lors de leur divorce tumultueux, l’accuse de dépenses « extravagantes » en drogue, alcool, prostituées, bars à strip-tease… Dans la foulée, on apprend qu’il a une nouvelle petite amie : sa propre belle-sœur, dont le mari (et frère de Hunter) est décédé deux ans auparavant ! Le couple ne dure guère. Entre-temps, il est poursuivi en justice par une autre jeune femme dont il refuse de reconnaître l’enfant. Puis il épouse, six jours après l’avoir rencontrée, une cinéaste sud-africaine avec laquelle il vient d’avoir un bébé.

Le boulet ukrainien

Pas étonnant qu’il ait besoin d’argent. En 2014, Burisma Holdings, une société ukrainienne de gaz aux finances troubles, a besoin de se refaire une virginité. Elle invite Hunter Biden à siéger à son conseil d’administration. Cela sent le conflit d’intérêts à plein nez – son père est chargé de l’Ukraine dans l’administration Obama –, mais il accepte et va toucher pendant cinq ans jusqu’à 50 000 dollars par mois. Les Républicains, Donald Trump en tête, clament que Joe Biden a œuvré en faveur du limogeage du procureur général ukrainien afin d’empêcher une enquête de corruption sur Burisma et ainsi protéger son fils. Ce qui n’a jamais été prouvé. Les gouvernements européens voulaient aussi le départ de ce personnage corrompu. Malgré tous les efforts de Donald Trump (qui ont conduit à la procédure d’impeachment), rien ne prouve qu’il y ait eu trafic d’influence ou que Hunter ait agi illégalement. Joe Biden n’a cessé de répéter qu’il n’était pas au courant des affaires de son fils. Mais le pataquès ukrainien fait désordre et Hunter reconnaîtra, dans une interview, qu’il a « manqué de jugeote ».

Pourquoi Joe Biden n’a-t-il pas refréné les activités de son fils ? Il a toujours évité, semble-t-il, de se mêler de ses affaires. « La manière dont Hunter s’est servi de sa proximité au pouvoir et de son nom est problématique », estime Robert Maguire du Citizens for Responsibility and Ethics. C’est toutefois « sans comparaison » avec les agissements de la famille Trump, ajoute-t-il. Le président s’enrichit dans l’exercice de ses fonctions avec ses hôtels, il a nommé sa fille et son gendre à la Maison-Blanche, ses fils continuent à développer des projets immobiliers partout dans le monde…

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Ce qui ne les empêche pas d’attaquer, avec un cynisme sidérant, le comportement de Hunter Biden. Ces dernières semaines, le président Trump a de nouveau essayé de jeter le discrédit sur son rival en s’appuyant sur des documents d’un ancien associé de Hunter et de James en lien avec un projet de coentreprise avec un partenaire chinois en 2017, donc après le départ de Joe Biden de la vice-présidence. De nouveau, rien dans ces messages ne prouve que Biden ait été impliqué ou se soit enrichi dans ce projet. Rudolph Giuliani, l’avocat du président, a aussi mis la main sur un ordinateur que Hunter Biden aurait donné à réparer par un magasin de Wilmington et qui contiendrait des preuves que son père a rencontré un représentant de Burisma. Le patron du magasin, un trumpiste avoué, a donné l’ordinateur au FBI et peu après Giuliani a obtenu une copie du disque dur. Est-ce une histoire vraie ? Qui y a-t-il exactement sur cet ordinateur ? Personne ne le sait.

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« On ne peut pas contrôler ce que font son frère ou ses enfants. On l’a vu dans le passé avec les présidents issus de grandes familles, les Kennedy, les Bush… » remarque Richard Painter, responsable des questions éthiques au sein de l’administration Bush. « S’il est élu, Joe Biden doit s’engager fermement à mettre en place de vraies cloisons avec sa famille. » En attendant, Hunter a abandonné les affaires et s’est mis… à la peinture. Une activité thérapeutique, confie-t-il au New York Times, qui l’aide à garder sa « santé mentale ».

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