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Présidentielle 2022 : Bruno Retailleau, se radicaliser pour gagner.

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Bruno Retailleau insiste désormais sur l'insécurité culturelle :"il est temps de nous départir d'une approche strictement économique."
Bruno Retailleau insiste désormais sur l’insécurité culturelle : »il est temps de nous départir d’une approche strictement économique. » L’Express

Le sénateur de la Vendée, qui ambitionne de représenter la droite à l’élection présidentielle de 2022, durcit son discours pour s’imposer auprès de la base militante.

Par Camille Vigogne Le Coat, publié le 06/11/2020. L’EXPRESS

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Pour une fois, l’ascète Bruno Retailleau a fait tomber la cravate. Sur la scène du Port-Marly, dans les Yvelines, au début de septembre, le sénateur de la Vendée promène son physique de jockey, micro à la main, sans note ni pupitre. Il égrène les causes du déclin français devant un millier de jeunes militants Les Républicains (LR) rassemblés pour la rentrée politique du mouvement. Le président du groupe LR au palais du Luxembourg leur lance ce conseil : « La droite est à la croisée des chemins. Vous ne bâtirez rien sur les sables mouvants de l’entre-deux. Et vous aurez tout à perdre si vous vous perdez dans le marais des idées molles. » Des applaudissements appuyés couronnent son propos. L’orateur savoure son effet. 

Présent dans les travées, un proche de Valérie Pécresse grimace : « Je suis inquiet du profil des adhérents à jour de cotisation… » Cet ami de la présidente de la région Ile-de-France voit se rejouer sous ses yeux la campagne des européennes, quand les sympathisants de Sens commun remplissaient les salles de meeting du catholique François-Xavier Bellamy. Dans les statuts du parti, la primaire est toujours officiellement le mode de désignation du candidat LR à la présidentielle. Une occasion en or pour Bruno Retailleau, qui espère emporter le coeur de la base pour s’imposer dans la perspective de 2022.  https://platform.twitter.com/embed/index.html?dnt=false&embedId=twitter-widget-0&frame=false&hideCard=false&hideThread=false&id=1302907639303680000&lang=fr&origin=https%3A%2F%2Fwww.lexpress.fr%2Factualite%2Fpolitique%2Fpresidentielle-2022-bruno-retailleau-se-radicaliser-pour-gagner_2138062.html&siteScreenName=lexpress&theme=light&widgetsVersion=ed20a2b%3A1601588405575&width=550px

« Pourquoi n’écrivez-vous jamais mon nom quand vous faites la liste des présidentiables de droite ? » interrogeait le sénateur, avant l’été, lorsqu’il croisait des journalistes. Depuis l’officialisation du renoncement de François Baroin, l’option Retailleau ne fait plus sourire personne, sauf l’intéressé, heureux d’être enfin pris au sérieux. 

La double angoisse, identitaire et sociale

Loin d’être perdu « dans le marais des idées molles », Bruno Retailleau incarne, à 59 ans, la ligne dure des Républicains. Ancien protégé de Philippe de Villiers, Vendéen fier (il a présidé le conseil général, puis la région Pays de la Loire), catholique opposé au travail du dimanche et au mariage homosexuel, le coordinateur de campagne de François Fillon en 2017 ressemble parfois à une caricature de bourgeois du bocage, avec ses cheveux bien peignés et sa politesse appuyée. S’il a fait sienne cette retenue caractéristique de l’ouest de la France, il serait trompeur d’y voir une forme de tiédeur : Bruno Retailleau est follement de droite. « On ne peut pas mobiliser les Français avec du politiquement correct ! » répète-t-il en privé. La défaite de François Fillon l’a ébranlé, mais elle n’a pas fait vaciller ses convictions, au contraire. En 2022, il en est persuadé, le vainqueur de la présidentielle devra répondre à une double angoisse identitaire et sociale.  

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Depuis cet été, son discours s’est encore affermi, comme lorsqu’il fustige « l’islamo-fascisme », demande la tenue d’un référendum sur l’immigration et le regroupement familial, ou réclame « des armes, pas des larmes » contre le terrorisme. « J’ai pris des positions plus tranchées que d’habitude, c’est vrai. Je vis un sentiment d’urgence qui me pousse à aller au-delà de moi-même », concède Bruno Retailleau à L’Express. Une radicalité nouvelle qui n’échappe à personne. En privé, la députée de l’Hérault Emmanuelle Ménard, élue avec le soutien du Front national, avoue avoir éprouvé « de l’admiration » pour sa réponse formulée au Sénat à la déclaration de politique générale du Premier ministre, Jean Castex.  

Même son de cloche chez François de Voyer, ami de Marion Maréchal et président du cercle Audace, un ancien satellite du Rassemblement national, qui oeuvre aujourd’hui au dialogue entre toutes les droites. « Nous n’avons, si ce n’est le logo, aucune différence avec Bruno Retailleau », constate-t-il. En 2019, deux proches du sénateur – le cofondateur de Sens commun Sébastien Pilard et le député LR Xavier Breton – avaient d’ailleurs participé à un dîner autour la petite-fille de Jean-Marie Le Pen, assumant réfléchir à un dépassement des clivages. 

Le pari risqué de la radicalité 

En renonçant à adoucir son discours (« Nous n’avons aucune chance si nous incarnons une des 50 nuances de Macron », dit-il), Bruno Retailleau peut espérer trouver dans cette droite « hors les murs », sceptique face à Marine Le Pen mais hésitante à l’égard des Républicains, un réservoir de voix non négligeable. « Je veux faire comme Nicolas Sarkozy en 2007, reconquérir les Français partis dans l’abstention et la protestation », se borne à répondre l’intéressé, qui repousse officiellement toute alliance « de personnes ». En off, un proche concède toutefois qu’un soutien, même discret, du maire de Béziers, Robert Ménard, ne serait pas mal vu. Après tout, note le même, François Fillon n’avait-il pas accepté en 2017 l’aide du souverainiste Paul-Marie Coûteaux, ancien conseiller de Marine Le Pen, sans que cela n’en fasse un infréquentable ?  

François Fillon et Bruno Retailleau le 3 septembre 2016 à La Baule
François Fillon et Bruno Retailleau le 3 septembre 2016 à La Bauleafp.com/JEAN-SEBASTIEN EVRARD

Ce pari de la radicalité inquiète au sein de sa famille politique. « Si Bruno Retailleau s’en sort à la primaire, la droite se coupera en deux », pronostique un ténor du parti. Damien Abad n’est pas loin de partager cet avis. Le président des députés Les Républicains entretient pourtant de bonnes relations avec son homologue du Sénat, « un homme courageux et travailleur ». Mais il ne le soutiendra pas. « Nous avons des différences sur les questions sociétales », justifie-t-il prudemment.  

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Rue de Vaugirard, ils sont nombreux à répéter que « Bruno Retailleau, c’est la droite des 8 % aux européennes », en référence au score de la liste menée par François-Xavier Bellamy en 2019. Le dernier monument de LR encore debout, d’ailleurs, lui garde sa porte fermée. « Nicolas Sarkozy ne peut pas me saquer », reconnaît en privé Bruno Retailleau, convaincu que l’ancien président lui met des bâtons dans les roues. Ce dernier a en effet fait savoir dans tout Paris qu’il voterait Macron dès le premier tour si le conservateur devenait le candidat de la droite. Pour apaiser la situation, le Vendéen a lancé une opération de séduction envers les sarkozystes historiques. S’il n’a pas convaincu Nadine Morano, son déjeuner avec Brice Hortefeux s’est plutôt bien passé. « Il est motivé mais sans doute pas encore déterminé », s’est dit en sortant l’ancien ministre de l’Intérieur. 

« Entre le Tea Party et Bertrand, il n’y a pas photo »

Bruno Retailleau va pourtant avoir besoin de détermination : il n’est pas le seul à rêver de l’Elysée dans son camp. Le président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, répète à l’envi que, en bon affranchi des partis politiques, il ne se soumettra à aucune primaire. D’autres poids lourds – Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez – manifesteront aussi au grand jour leur ambition une fois l’étape des élections régionales franchie. « Bruno Retailleau tiendra peut-être jusqu’au dernier quart d’heure, mais nous tiendrons un quart d’heure de plus », glisse un proche de Xavier Bertrand, convaincu que « si ça se joue entre le ‘Tea Party’ et Xavier Bertrand, il n’y aura pas photo ». 

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« Reductio ad conservatum », réplique l’intéressé, qui fustige une technique destinée selon lui à éviter le débat d’idées. Dans une lettre de six pages adressée aux Français, vendredi 6 novembre, Bruno Retailleau assume sa ligne. « Je crois à l’ordre », écrit-il, avant d’exposer ses propositions pour remettre « de l’ordre », justement, dans la justice, les frontières, la santé, l’école, l’économie… Presque un programme présidentiel. « Une vision », précise-t-il. « La force de Bruno Retailleau, c’est sa cohérence. Mais il faudra ensuite qu’il élargisse sa base », analyse la communicante Anne Méaux, qui a côtoyé l’intéressé au sein de l’équipe de campagne de François Fillon en 2017.  

« Il faut qu’il trouve son charme »

Avant d’élargir, l’impétrant doit déjà affronter un problème urgent : son déficit de notoriété. Qui, en France, connaît Bruno Retailleau ? Dans un sondage Elabe d’octobre 2020, 47 % des sympathisants de droite assurent ne pas avoir d’opinion à son sujet, et il n’arrive qu’à la 19e place des personnalités préférées dans son propre camp… Combien de fois faudra-t-il qu’il soit invité sur France Inter, où il a son rond de serviette, avant que les Français ne mettent un nom sur ce sage visage à lunettes rondes ? « Il faut qu’il trouve son charme, et qu’il accepte l’idée que séduire n’est pas se renier… » glisse Anne Méaux. Rien d’évident pour cet homme qui aime à dire que « la politique crève de cette obsession de crever l’écran ».  

Bruno Retailleau (LR) à la tribune avant le Congrès réuni à Versailles, le 9 juillet 2018
Bruno Retailleau (LR) à la tribune avant le Congrès réuni à Versailles, le 9 juillet 2018afp.com/ludovic MARIN

L’insomniaque Bruno Retailleau préfère travailler en toute discrétion, loin des lumières. Quand il ne passe pas la nuit à relire Hannah Arendt, Dominique Schnapper ou Hugo Micheron, ce passionné d’histoire réactive Force républicaine, le microparti hérité de la campagne Fillon, dont le fichier d’adhérents et le compte en banque font pâlir d’envie ses concurrents. Il y a quelques semaines, il a convaincu le banquier filloniste Arnaud de Montlaur, chargé de la précédente levée de fonds, de « replonger » pour l’aider à récolter des subsides. « Donnez pour défendre vos convictions ! » est-il écrit en lettres rouges en postface de sa lettre aux Français. 

Les nostalgiques de François Fillon tiennent-ils avec lui leur revanche ? « Je quitte un peu les rives du fillonisme », prend soin de préciser Bruno Retailleau, qui, en homme avisé, classe désormais la Sécurité sociale dans le patrimoine national. Une façon pour ce libéral qui fustige la dépense publique de « l’argent magique », prône la fin des 35 heures et la retraite à 65 ans, de ne pas se laisser enfermer dans ce programme « de sang et de larmes » qui avait tant nui à François Fillon. Parfois, « les sables mouvants de l’entre-deux » peuvent avoir du bon. 

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