MEMORABILIA

Gérard Araud – La victoire de Donald Trump…

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CHRONIQUE. S’ils ont perdu la Maison-Blanche, les républicains sortent renforcés des élections et Donald Trump n’abandonnera sans doute pas ses ambitions.

Par Gérard Araud Publié le 08/11/2020 Le Point.fr 

Donald Trump le 7 novembre, de retour d'une partie de golf, apres l'annonce de la victoire de Joe Biden.
Donald Trump le 7 novembre, de retour d’une partie de golf, après l’annonce de la victoire de Joe Biden. © ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP

Rappelez-vous : non seulement tous les instituts de sondage donnaient Joe Biden largement vainqueur avec une avance de six à dix points, mais ils laissaient entendre que les démocrates allaient élargir leur majorité à la Chambre et la conquérir au Sénat. Les experts étaient prudents dans leur expression publique parce que, disaient-ils, ils avaient été traumatisés par l’élection de Donald Trump en 2016, qu’il n’avait pas vu venir mais, en privé, ils assuraient avoir pris toutes les précautions pour ne pas renouveler ce fiasco. Ce serait bel et bien une « vague bleue » – le bleu étant la couleur du Parti démocrate et le rouge celle du Parti républicain.

De vague, il n’y en eut pas ; même pas de vaguelette au Congrès puisque, loin de s’emparer du Sénat, les démocrates ont perdu des sièges à la Chambre. Les républicains ont consolidé leur majorité dans beaucoup de législatures d’État, ce qui leur permettra de retracer, à leur avantage, les limites des circonscriptions électorales. L’élection présidentielle a paru, de son côté, évoquer, dans la nuit du 3 au 4 novembre, ce qui s’était passé il y a quatre ans. À un dîner de démocrates, le soir du scrutin, à Washington, j’ai pu constater l’inquiétude qui grandissait à l’annonce de chaque nouveau chiffre : la perte de la Floride avait déçu, mais ce furent les premiers résultats de la Pennsylvanie qui firent souffler un vent de panique chez mes hôtes.

L’opposition rageuse de l’establishment

Depuis lors, Joe Biden l’a emportée, mais c’est une victoire à l’arraché, une victoire amère puisque le vainqueur se heurtera à une majorité républicaine au Sénat qui ne lui fera aucun cadeau, et une victoire qui ne le débarrassera pas d’un Donald Trump qui, s’il n’était pas un mauvais perdant, pourrait quitter la Maison-Blanche la tête haute. Élu en 2016 par quelques dizaines de milliers de voix aux bons endroits, Donald Trump n’a cessé, au cours de ces quatre années, d’aller de scandale en polémique ; il a affronté l’opposition rageuse de l’ensemble de l’establishment, dont la presse généraliste s’est faite la porte-parole ; sa gestion de l’épidémie du coronavirus s’est soldée par un désastre sanitaire et la fin de son mandat a été marquée par les pires émeutes raciales en un demi-siècle.

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On le donnait largement battu d’avance. Le voilà qui réunit trois millions de voix de plus qu’en 2016, qui améliore son score chez les Noirs et chez les Latinos. Certes, il est battu mais honorablement en pouvant arguer, avec de solides raisons, que, en l’absence d’épidémie, il aurait été élu sur l’excellence de la situation économique.

Trump et le trumpisme ne sont donc pas morts. Trump, en dehors de la Maison-Blanche, pourra s’imposer comme le « parrain » du Parti républicain grâce au soutien enthousiaste et indéfectible des militants. Les caciques qui se rebelleraient seraient assurés d’être balayés aux primaires suivantes du parti. Ils vont vivre avec, en permanence, son souffle sur leur nuque ; ils devront rester fidèles à ses orientations. Son fils a tweeté, il y a deux jours, pour noter que les dirigeants républicains ne soutenaient pas son père : quelques minutes plus tard, deux d’entre eux obtempéraient… Un schéma qui pourrait se renouveler dans les mois qui viennent. Le Sénat républicain sera un Sénat trumpiste pour le plus grand malheur du nouveau président qui ne pourra y faire voter aucune des grandes réformes auxquelles il voudrait attacher son nom. En outre, une Cour suprême solidement conservatrice lui rognera également les ailes.

Trump, une figure historique de la vie politique

Même si Trump se retirait de la vie politique, ce dont je doute, il aurait prouvé, le 3 novembre 2020, que faire de la politique à sa manière payait. De jeunes élus républicains imitent d’ailleurs déjà son agressivité, son rapport distancié à la vérité et son mépris pour les vaches sacrées de leur parti.

Ils peuvent se dire que, sans les défauts de la personnalité de Trump, le trumpisme pourrait être une voie vers le pouvoir. Imaginez un Trump discipliné, qui ne passe pas ses week-ends à jouer au golf, qui s’entoure d’une équipe compétente, qui soit moins susceptible et moins enclin à insulter et à polémiquer et qui sache faire preuve d’empathie. S’en débarrasser aurait été beaucoup plus difficile.

La conclusion peut être surprenante pour certains, mais, dans tous les cas, Donald J. Trump sera une figure historique d’une vie politique américaine qu’il aura transformée en profondeur au même titre que Ronald Reagan, il y a exactement quarante ans.

Il y a des défaites qui sonnent comme des victoires. Et puis, 2024, ce n’est pas si loin. La vengeance est certainement un sentiment qu’il chérit…

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