MEMORABILIA

Violences urbaines: la France, orange mécanique….

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Incendies, menaces de mort contre le maire : près de Lyon, Bron sous tension
Le quartier de Terraillon à Bron (photo d’archives)
AFP

Incendies, menaces de mort contre le maire : près de Lyon, Bron sous tension

Par Mathilde Régis, 12 novembre 2020. MARIANNE

Que se passe-t-il à Bron, dans la banlieue de Lyon ? Depuis le confinement, les incidents se multiplient dans les quartiers populaires, le maire est menacé de mort et des habitants veulent s’organiser pour monter la garde.

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Une voiture en feu aux pieds d’un mât portant une caméra de la ville. Lundi 9 novembre, un escadron de CRS a dû boucler le quartier Terraillon, à Bron (Rhône), pour mettre fin à l’affrontement entre une quinzaine d’individus, d’une part, la police et les pompiers, d’autre part. Dans les tours confinées de cette banlieue proche de Lyon, le repas s’est déroulé au son des tirs de mortiers et dans l’odeur du gaz lacrymogène.

« Ma ville est en train de partir en vrille. Chaque semaine, les tensions montent ». Acteur de la vie locale depuis 40 ans, Khalifa Omrani ne reconnaît plus son quartier. Deux nuits plus tôt, d’anciens locaux commerciaux désaffectés depuis cinq ans partaient en fumée. L’incendie est-il en rapport avec la venue, la veille, du maire et de Laurent Wauquiez pour annoncer un chèque de 300 000 euros pour la police municipale ? Est-ce lié au trafic de drogue ? Et pourquoi des jeunes du quartier auraient-ils mis feu à ce squat qui devait, en partie, être réhabilité en maison de santé ? Parmi les habitants sous le choc, la confusion règne. Pour la municipalité LR, l’explication est limpide. « Une minorité de voyous que notre action de reconquête du territoire gêne a pourri le bien-être de celles et ceux qui ne demandent rien d’autre que de pouvoir vivre sereinement » écrit le maire, Jérémie Bréaud, sur les réseaux sociaux.

DEAL, RODÉOS URBAINS, MARIAGES QUI « DÉBORDENT »

Élu sur l’ambition de mettre fin au sentiment d’insécurité en triplant les effectifs de police municipale, en créant une brigade de nuit et en misant sur la vidéosurveillance, le nouveau maire s’est emparé d’un bastion aux mains des socialistes depuis la Libération. Depuis l’été, l’équipe municipale affiche la couleur. « Nous arrêtons la tolérance sur les lieux de deal, les rodéos urbains sans casque et sans masque et le phénomène des mariages qui débordaient », explique François-Xavier Pénicaud, candidat LREM devenu adjoint à l’insertion et à l’emploi.https://2b9d7e71060715ad86b5cf5c60063e30.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-37/html/container.html

Les réactions ne se font pas attendre. Sur la place Jean-Moulin, deux mâts de vidéosurveillance sont sciés à la disqueuse au début du mois d’août. Une semaine plus tard, un autre incendie pour lequel la piste criminelle est privilégiée enflamme un local de la mosquée de Bron. « La cohésion républicaine est mise en péril. La défiance entre populations se renforce avec une contestation des autorités de plus en plus forte » s’inquiète François-Xavier Pénicaud. Du côté de la mairie, le ton reste ferme, malgré des moyens qui laissent encore à désirer. « Nous allons y remédier, mais nous n’avons pas les ressources humaines pour mettre du monde derrière les écrans du centre de vidéosurveillance. »

« ÊTRE MAIRE D’UNE VILLE FANTÔME NE SERT À RIEN« 

Pendant ce temps, la colère des habitants monte. « Durant le confinement, le quartier a été laissé aux mains des voyous » fustige l’un des membres fondateurs d’un collectif « agir ensemble contre les nuisances », un groupe d’habitants de Bron créé en réaction à un sentiment d’abandon des pouvoirs publics. « Va-t-il falloir des morts pour agir ? » interroge-t-il. « Sur la sécurité, le boulot n’a pas été fait pendant 40 ans » abonde Khalifa Omrani. « Aujourd’hui les habitants se retrouvent dans une situation critique. C’est le boxon, car il y a eu du laxisme, mais la méthode du nouveau maire remet aussi de l’insécurité. Tout le monde se regarde en chiens de faïence. Le maire ne va pas lâcher du lest sur ce pour quoi il a été élu. Et en face, ils n’ont pas l’habitude. ».

Ex-conseillère municipale socialiste, Florence Roques s’alarme de l’image que renvoie la ville. « Que le maire arrête sa propagande électorale et ce bras de fer avec les gamins du quartier. Être maire d’une ville fantôme ne sert à rien. Une voisine assistante maternelle me dit que les mamans qui lui faisaient confiance sont toutes parties ! »

LE MAIRE MENACÉ DE DÉCAPITATION

Mais à la mairie, pas question de changer de cap ou de méthode. Au premier semestre 2021, les effectifs de police municipale devraient être renforcés et armés. « Dans ce bras de fer, à un moment donné, la République l’emporte » espère François-Xavier Pénicaud, qui appelle à l’apaisement et à la nécessité de temporiser. « Le temps de la réponse républicaine est forcément plus long que celui d’exaspération des habitants. Nous en sommes à devoir décourager les plus remontés à faire des milices civiles » s’inquiète l’élu. Depuis la découverte de tags menaçant le maire de décapitation, une semaine après l’assassinat de Samuel Paty, des élus de Bron se seraient vus proposer « des gardes devant leurs domiciles » par des particuliers. Le ministre de l’Intérieur avait, quant à lui, demandé à la préfecture d’organiser la protection du maire Jérémie Bréaud, menacé de mort à plusieurs reprises.

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