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Armer la police municipale ? Les maires sous la pression de leurs effectifs

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Armer la police municipale ? Les maires sous la pression de leurs effectifs
Entre la délinquance et les attentats, les polices municipales réclame des armes létales
© Frédéric Scheiber / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Sécurité

Par Julien Vittoz et Vincent Gény. – MARIANNE

Publié le 14/11/2020

Faut-il armer la police municipale ? Le débat fait rage dans plusieurs villes de France comme à Saint-Denis, Paris ou Clermont-Ferrand. Et oppose parfois les maires à leurs propres agents.

Armer la police municipale pour faire face à la délinquance, voire au terrorisme ? Une idée qui semble progresser. Jusqu’à présent, les agents sont le plus souvent équipés de matraques ou de tasers mais les syndicats demandent désormais des armes létales. À Paris, Anne Hidalgo ne cède pas, bien qu’elle ait fait de la création d’une police municipale l’un de ses engagements de campagne. À Dijon, le maire François Rebsamen a récemment fait volte-face et autorisera l’arme à ses agents. Tandis qu’à Clermont-Ferrand, le torchon brûle entre le maire PS Olivier Bianchi et ses effectifs. Pour faire pression, certains policiers refusent d’intervenir dans la ville sauf en cas d’urgence.

Une chose est certaine : les effectifs de la police municipale ne cessent d’augmenter. En 1999, il y avait 13.000 agents municipaux en France. Dix ans plus tard, ils étaient 18.000 et en 2019 ils se comptaient à 23.934, d’après le ministère de l’Intérieur.

Surtout destinés à des missions de médiation et de sécurité sur la voie publique, les policiers municipaux sont aussi de plus en plus armés. En 2019 le ministère de l’intérieur recensait 13.692 agents munis d’une arme de poing, soit 57 % des effectifs. Ils sont aussi 78 % à disposer d’une arme de catégorie D (bâton télescopique) alors qu’en 1997, ils n’étaient que 37%.

À PARIS, ANNE HIDALGO CÈDE MAIS PAS SUR LES ARMES

Dans la capitale, la maire Anne Hidalgo a évolué sur la nécessité d’une police municipale : d’abord hostile, estimant qu’elle coûterait trop cher, elle s’est ensuite montrée favorable à une telle création lors de la dernière campagne électorale, afin « de faire respecter les règles du quotidien », et les règles environnementales. En revanche, elle refuse toujours de leur confier une arme de poing. Selon elle, les policiers municipaux ne doivent en aucun cas « faire concurrence à la police nationale qui est chargée de la lutte contre la délinquance et le terrorisme ».

À DIJON, FRANÇOIS REBSAMEN PLIE

À Dijon, en revanche, François Rebsamen, maire depuis 2001, a cédé. « Lorsque Sarkozy a baissé les effectifs de la police, les policiers nationaux de Dijon qui étaient dans les quartiers ont dû les quitter. On est passé d’une police de proximité à une police d’ordre » explique le maire à Marianne. Face à la petite et moyenne délinquance liée à la drogue, François Rebsamen a décidé en 2015 de « recréer une police de proximité à travers une police municipale équipée de pistolets à impulsion électronique ». Un acte I, selon lui, qui doit être suivi d’un acte II : donner des armes létales aux agents.

« Ça fait cinq ans que j’ai des manifestations de policiers municipaux pour avoir des armes. Aujourd’hui, je fais un constat : si je ne les arme pas, je ne recruterai plus de policiers municipaux » déplore le maire de Dijon. La pression était trop forte ? Il reconnaît toutefois que les arguments des policiers ne sont pas infondés : « Lorsque l’on voit cette policière municipale, Clarissa Jean-Philippe assassinée en région parisienne ou encore les policiers municipaux qui ont pu intervenir à Nice car ils étaient armés… ». Autre argument : l’attractivité dijonnaise pâtirait, selon lui, d’une privation d’un tel d’équipement. « Je souhaite fidéliser des policiers municipaux. Et pour ça, il faut qu’ils puissent se défendre sinon ils partiront et ne seront pas remplacés ».

BRAS DE FER À CLERMONT-FERRAND

À Clermont-Ferrand, le maire PS Olivier Bianchi a préféré l’affrontement. Sa police municipale a décidé de ne plus patrouiller sur la voie publique et de n’intervenir qu’en cas d’urgence pour réclamer des armes létales. Ce mouvement de colère a doucement commencé en décembre 2019 avant de prendre de l’ampleur, après les attentats de Nice et de Conflans-Sainte-Honorine. Olivier Bianchi a écarté la revendication, expliquant en conseil municipal le vendredi 6 novembre, que « la position de la ville sur l’armement est connue. Je ne retiens pas ceux qui veulent être armés. Il y a suffisamment de villes avec la police armée pour qu’ils aillent postuler ».

Fabien Golfier, délégué national de la fédération autonome de la police municipale, dénonce des propos « outranciers » et rappelle qu’à Conflans-Sainte-Honorine « les collègues de la police municipale ont dû faire demi-tour face à l’arme factice du terroriste ». Il estime qu’au vu du « nombre de cas de violences, avec des sorties d’armes plus fréquentes et la délinquance qui explose depuis le déconfinement, la police municipale court un vrai danger ».

Le syndicaliste n’y voit pas un désaccord idéologique « gauche-droite ». « Le nouveau maire socialiste de Saint-Denis est pour l’armement de la police, le clivage est surtout entre ceux qui appréhendent sérieusement ce qui se passe chez eux et ceux qui restent encore marqués par l’idéologie. »

ARGUMENTS ÉLECTORAUX

De son côté, le sociologue spécialiste de la police, Sébastien Roché, assure que les policiers « n’amènent jamais de preuves à l’appui de ces revendications. Les effets de la dotation d’arme sur les performances de la police ne sont pas démontrés ». Il estime que « ces demandes augmentent avec le développement des polices municipales, elles-mêmes issues d’arguments électoraux importants ». Exemple dans le Sud de la France : « la police municipale n’existait presque plus avant les années 80 mais depuis, elle s’est imposée dans le sud comme argument électoral du Front National ».

Pour lui, la demande d’armement suit une progression logique : « En réalité, la municipale s’identifie à la gendarmerie et à la police nationale, elle considère qu’ils sont des modèles et veulent leur ressembler, d’où ces demandes toujours plus présentes d’être armées, de verbaliser ou encore d’interpeller. »

Mais pour lui, les politiques portent une responsabilité : « On ne sait pas ce qu’on veut faire de la police municipale. Il n’y a aucune vision de ses objectifs, c’est pour ça que les maires sont énormément sujets aux pressions, sans vision il est plus facile de les faire changer d’avis. » Des pressions exercées aussi par leurs propres effectifs. Comme si la créature échappait à son créateur.

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Par Julien Vittoz

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