MEMORABILIA

Enquête : ces mineurs isolés qui sèment la terreur dans le 16e arrondissement de Paris…

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Image de vidéo-surveillance du restaurant Le Galliera. Photo © DR

On sait donc parfaitement où les trouver, mais de là à intervenir….Artofus.

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Par  Amaury Bucco Publié le 13/11/2020 VALEURS ACTUELLES

Installés sur le toit de l’Aquarium de Paris, dans les jardins du Trocadéro, une vingtaine de mineurs isolés sont à l’origine de multiples cambriolages et agressions dans le 16e arrondissement. Impuissante face au phénomène, la mairie en appelle désormais à la ville de Paris pour lui venir en aide.

En langage administratif, on les appelle des MNA. Des « mineurs non accompagnés ». Une formule fourre-tout désigne généralement des groupes de clandestins maghrébins, souvent mineurs, qui errent dans les grandes villes françaises, où ils vivent de cambriolages ou de vols à la tire. A Paris, le phénomène s’est désormais étendu au très chic 16e arrondissement, situé dans le sud-ouest de la capitale. Une vingtaine d’entre-eux végètent aux alentours des jardins du Trocadéro, non loin de la Tour Eiffel, avec comme base arrière les bouches d’aération du toit de l’Aquarium de Paris qui se trouvent dans les jardins du Trocadéro, à proximité du Conseil économique social et environnemental (CESE) et du Palais de Tokyo. Selon les chiffres de la mairie LR du 16e, entre le 1er janvier et le 30 septembre 2020, soit seulement neuf mois, 391 gardes à vue concernaient des mineurs étrangers isolés pour le seul arrondissement. Au total, 240 faits délictuels leurs sont attribués au cours de cette même période. Au grand dam des commerçants qui en sont les premières victimes.

« La vague de cambriolage a commencé au début du confinement », explique Rodolphe Borginet, ancien président des commerçants d’Auteuil et adjoint à la mairie du 16e chargé du commerce et de l’artisanat. Très vite, ce dernier ouvre une messagerie WhatsApp pour permettre aux commerçants d’échanger entre-eux et récolter des preuves pour la police : « J’ai même organisé des rondes afin de pouvoir surveiller les commerces et rassurer les commerçants qui avaient quitté Paris pour le confinement. » Mais les vagues de cambriolages ne cessent pas pour autant. Fleuristes, coiffeurs, pharmacies, restaurants, bars, supérettes… Chaque fois, les vitrines sont grossièrement fracturées, permettant aux mineurs de racler les fonds de caisse ou de voler des paquets de cigarettes lorsqu’il s’agit de bureaux de tabac. Un des buralistes de l’avenue Mozart s’est même retrouvé nez à nez avec un des mineurs isolés, peu de temps pourtant après le passage de la police. Il s’agissait de son troisième cambriolage. Preuve de l’ampleur du phénomène, son voisin d’en face, un restaurant italien, a lui aussi subi ce type de cambriolage, tout comme le fleuriste situé à quelques mètres.

Un restaurant cambriolé sept fois depuis février

« Avant, il m’arrivait de me faire cambrioler une fois tous les 15 ou 16 mois », explique Serge Boyer, patron de l’emblématique restaurant Le Galliera, situé non loin des jardins du Trocadéro, qui a été cambriolé sept fois depuis le mois de février. « Mais je n’ai porté plainte que trois fois », confie le gérant qui ne veut plus perdre de temps au commissariat. « De toute façon, la police ne peut rien faire. Ce sont toujours les mêmes qui reviennent et qui cambriolent », explique-t-il, photo à l’appui. Protégé par un système de sécurité mêlant vidéo-surveillance, alarmes et détecteurs de mouvement, son restaurant n’en a pas moins subi de coûteux dégâts matériels. « Chaque fois, ça me coûte entre 500 et 1 500 euros », raconte Serge Boyer qui a, depuis, perdu le sommeil de peur d’être réveillé en pleine nuit par son système de sécurité. Courant septembre, une équipe de police s’est rendue dans son restaurant à la suite d’un courrier envoyé par ses soins réclamant davantage de protection. 

Vitre du Galliera endommagée après une tentative de cambriolage

Une vitre du Galliera endommagée après une tentative de cambriolage. Photo © DR

Mais que peut la police ? Pas grand-chose. « Comme ils s’affirment mineurs et que la Ville de Paris refuse que soit mis en œuvre dans la capitale le dispositif légal d’évaluation de l’âge des migrants, ils sont remis en liberté. Et leurs pays d’origine ne mettent aucun empressement à les récupérer », explique Gérard Gachet, adjoint au maire chargé de la sécurité, dans une lettre d’information adressée aux administrés du 16e arrondissement début novembre. A la mairie, on s’active donc pour chercher des solutions. Mais le problème est de taille : les jardins du Trocadéro sont situés à l’intersection de plusieurs monuments et bâtiments officiels, si bien qu’il est administrativement très complexe de pouvoir empêcher l’installation de ces mineurs sur le toit de l’Aquarium. Le 6 juillet dernier, une première réunion a rassemblé l’adjoint au maire à la sécurité du 16e, un représentant du commissariat central de l’arrondissement, un responsable de la Direction de la prévention, de la sécurité et de la protection (DPSP) et des éducateurs de l’aide sociale à l’enfance. 

Ils sont essentiellement de nationalité marocaine, quelques-uns affirmant être Libyens ou Mauritaniens 

« Depuis l’été 2019, peut-on lire dans le rapport rédigé à l’issue de cette réunion, et que Valeurs actuelles a pu se procurer, et de façon plus accentuée depuis décembre dernier, un groupe de ‘mineurs étrangers isolés’ s’est installé dans les Jardins du Trocadéro. Le groupe compte de 10 à 30 individus qui ne sont pas toujours les mêmes (environ 300 jeunes auraient été recensés depuis un an), et sont en lien avec des groupes identiques sévissant dans le quartier de la Goutte d’Or. Repérés au départ dans le Nord-Est de Paris, les ‘mineurs étrangers isolés’ (ou ‘non accompagnés’) sont désormais présents dans plusieurs quartiers de la capitale, dans la petite couronne (la Défense) et dans plusieurs régions françaises. » 

Le même rapport donne des précisions supplémentaires sur le profil de ces mineurs « fréquemment sous l’emprise de substances toxiques fortes, susceptibles de provoquer chez eux alternativement des périodes de grande violence et des états de quasi-somnolence ».« D’après leurs déclarations (absence de papiers), peut-on lire encore, ils sont mineurs, la fourchette allant de 10-12 ans jusqu’à de probables jeunes majeurs. Ils sont essentiellement de nationalité marocaine, quelques-uns affirmant être Libyens ou Mauritaniens. » Quant à leur emploi du temps, le rapport précise : « Ils quittent le Trocadéro tôt le matin et se répandent dans l’arrondissement où ils se livrent dans la journée à des vols avec violences, parfois sous la menace d’armes blanches (arrachage de colliers et de bijoux en or, vols de téléphones portables), puis le soir et la nuit à des tentatives de cambriolage de magasins. Selon le commissaire, ils ne prennent aucune précaution lorsqu’ils commettent leurs délits, notamment les tentatives de cambriolages, et sont assez fréquemment interpellés. »

Capture vidéo prise par le système de sécurité du Galliera lors d'un cambriolage

Image captée par le système de sécurité du Galliera lors d’un cambriolage. Photo © DR 

Faisant état d’un traitement peu efficace pour stopper les agissements de ces mineurs, le rapport s’achève par une série de propositions visant à « décourager ces jeunes de demeurer dans les jardins du Trocadéro », parmi lesquelles un renforcement de la présence policière, un nettoyage des jardins ou encore un meilleur encadrement par les services sociaux. Deux mois plus tard, le 15 septembre, une visite complémentaire réunissant les mêmes acteurs s’est déroulée dans les jardins du Trocadéro afin de prendre la mesure du problème apparemment sans issue légale à long terme. « Comme ce sont des mineurs nous sommes obligés de les relâcher ou de les placer dans des foyers de l’aide sociale à l’enfance dont il s’enfuit aussitôt, ces foyers n’étant pas des lieux fermés. J’ai même déjà eu affaire à des collègues qui avaient déposé l’un d’eux en foyer et qui l’ont vu ressortir aussitôt et arracher le sac à main d’une passante », explique un policier du quartier. 

Ces vaines arrestations sont d’autant plus harassantes pour les forces de l’ordre que ces jeunes mineurs peuvent faire preuve d’une grande violence lors de leur garde-à-vue en raison de leur dépendance à la drogue. « Ils connaissent les failles de la loi – et plus particulièrement l’ordonnance du 2 février 45 relative au traitement des mineurs. Ils refusent de décliner leur identité et de collaborer », relate un policier. D’où, expliquent les forces de l’ordre, leurs grossiers cambriolages. Aussitôt arrêtés, ils savent qu’ils pourront ressortir et recommencer. En attendant, dans le 16e, la gestion des mineurs isolés du Trocadéro occuperait environ la moitié du temps d’activité de la police de l’arrondissement en semaine, et jusqu’au trois quarts le weekend.

Racket et agressions à l’arme blanche

Outre les commerçants, ce sont aussi les riverains et les touristes qui font les frais de ces bandes de mineurs désœuvrés. En mars dernier, par exemple, deux touristes japonais avaient été agressés à l’arme blanche par des mineurs au Trocadéro, dont l’un grièvement, conduit entre la vie et la mort à l’hôpital. Les trois mineurs avaient alors tenté d’arracher le téléphone des touristes, avant d’être interpellés par la police, rapportait BFMTV. Quelques mois plus tard, la chaîne CNews évoquait l’agression d’un adolescent de 15 ans, battu par une quinzaine de mineurs étrangers. « Ca a été très court, très violent, très gratuit », expliquait à l’époque son père, bien décidé à porter plainte.

Faute de pouvoir changer la loi, la mairie LR du 16e espère au moins pouvoir déporter le problème en dehors de l’arrondissement et ainsi préserver commerçants, riverains et touristes. Le 12 octobre dernier, l’affaire a pris un nouveau tournant avec la rédaction par l’édile, Francis Szpiner, d’un courrier adressé à Emmanuel Grégoire, premier adjoint d’Anne Hidalgo à la mairie de Paris. Dans ce courrier, que Valeurs actuelles a pu consulter, il fait état du travail déjà effectué par l’ensemble des acteurs locaux et réclame l’intervention de la Ville pour permettre la sécurisation des bouches d’aérations du toit de l’Aquarium où sont installés les mineurs isolés. « Au regard de la complexité du site qui relève des domanialités distinctes de la Ville de Paris et de l’Etat et qui est sujet à un double classement au titre des sites et de monuments historiques, une telle opération ne peut être coordonnée par la mairie de l’arrondissement » peut-on lire. Ce 13 novembre, soit un mois après son envoi, la lettre était toujours sans réponse.

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