MEMORABILIA

« Les violences contre la police ont doublé en quinze ans ».

EXCLUSIF – Selon un bilan que révèle Le Figaro, vingt fonctionnaires sont blessés en mission chaque jour et 63 commissariats ont été la cible d’attaques depuis janvier.

Par Christophe Cornevin, 15 novembre 2020. LE FIGARO

Un policier gît sur le sol, après avoir été blessé par un pavé lors du défilé pour la fête du travail, le 1er mai 2019 à Paris.
Un policier gît sur le sol, après avoir été blessé par un pavé lors du défilé pour la fête du travail, le 1er mai 2019 à Paris. Xose Bouzas/Hans Lucas via AFP

Insultés tant dans la rue que sur les réseaux sociaux, frappés à coups de marteau, comme au soir du 1er novembre à Cannes lors d’un contrôle dans le cadre du confinement, cibles de casseurs se greffant à la grogne lycéenne comme le 9 novembre à Compiègne, visés par un commando armé jusqu’aux dents à Marseille le lendemain, fauchés tels des quilles lors de contrôles routiers dans la nuit de mercredi 14 à jeudi 15 octobre à Mitry-Mory (Seine-et-Marne), assiégés pendant des bouffées de violences qui s’emparent des banlieues. Et littéralement «massacrés» en faisant une «planque» à Herblay une semaine auparavant. Plus que jamais en première ligne sur le front de la délinquance aux côtés de leurs homologues gendarmes, les policiers paient un lourd tribut dans l’exercice de leur métier. Un bilan de la Direction générale de la police nationale en atteste: le nombre des gardiens, gradés, officiers et commissaires blessés en mission a doublé en quinze ans, passant de 3842 à 7399 entre 2004 et 2019. Soit plus de vingt fonctionnaires quotidiennement touchés dans leur chair.À LIRE AUSSI : À Champigny-sur-Marne, «on cherche à atteindre le policier»

Ultimes remparts de la République face à une déferlante entremêlant déni d’autorité et haine anti-flic, les porteurs d’uniforme peinent à se faire respecter. Un bilan que s’est procuré Le Figaro révélait en août dernier que près de 24.000 refus d’obtempérer ont été répertoriés en un an par les policiers et les gendarmes. Soit plus d’un toutes les 30 minutes! Le 6 août, les effectifs étaient endeuillés par la mort d’un de leurs collègues, Éric M., brigadier de 43 ans traîné sur plusieurs mètres par un chauffard ivre qui refusait de descendre de son véhicule au Mans (Sarthe). C’était le troisième décès en mission que les forces de l’ordre déplorent depuis janvier. Dans la nuit de samedi à dimanche, une policière a été grièvement blessée aux Ulis (Essonne) après avoir été percutée par une voiture en fuite.

Les outrages à dépositaires de l’autorité publique ont, quant à eux, augmenté de 5,3 %, pour s’établir à 28.558 l’année dernière. Dans la même période, 36.043 violences à dépositaire de l’autorité publique ont été enregistrées. Soit presque une centaine par jour. De profundis : le fameux esprit «Charlie» du 11 janvier 2015, quand les policiers étaient applaudis par la foule place de la République, est mort et enterré.

Dans ce noir panorama, les attaques visant les services de police sont un marqueur qui inquiète particulièrement le ministère de l’Intérieur. Car les images de l’assaut au mortier du commissariat de Champigny-sur-Marne, transformé en «Fort Chabrol» dans la nuit du 10 au 11 octobre dernier, témoignent d’un phénomène plus large. Selon un état des lieux porté à la connaissance du Figaro, pas moins de 63 postes et antennes de police ont été la cible d’attaques depuis janvier. Soit, là encore, plus d’un fait recensé par semaine.

La moitié des assauts en région parisienne

Dès le 2 janvier, le centre de rétention administrative et le commissariat de Plaisir (Yvelines) essuient une vingtaine de tirs de mortiers. En février, des inconnus dissimulés derrière des containers poubelles jettent des cocktails Molotov sur un poste situé au cœur des quartiers nord de Marseille. Le 10 juin, peu après 3 heures, une dizaine d’individus jettent des engins pyrotechniques contre la façade des locaux de police de Jouy-le-Moutier. Les assaillants, encagoulés, brisent ensuite la vitre du véhicule d’un policier pour y jeter un chiffon imbibé d’essence. Seuls des tirs de grenades ont permis de repousser les assaillants. Tirs de mortier à Dives-sur-Mer (Calvados), Wattignies (Nord) ou encore à Fontenay-le-Fleury (Yvelines), «caillassage» du commissariat d’Argenteuil. Plus aucune région de France ne semble épargnée, même si près de la moitié des «assauts» (26) ont été répertoriés dans l’agglomération parisienne.À LIRE AUSSI : Les mortiers d’artifice, arme «anti-flics» à la mode dans les cités

Place Beauvau comme dans les états-majors, la situation est considérée comme le lait sur le feu. Dès sa prise de fonction dans le fauteuil de Clemenceau, Gérald Darmanin a été confronté, début juillet, au décès d’une femme gendarme mortellement percutée lors d’un contrôle routier dans le Lot-et-Garonne. Bien conscient qu’il prenait les commandes d’une institution à fleur de peau, le ministre de l’Intérieur s’est doté d’un conseiller social en lien permanent avec les syndicats et les associations traitant de la problématique des policiers victimes. Vigilant, il s’est déplacé sur les attaques les plus graves et au chevet des blessés. «Dès le mois d’août, un groupe d’assistance aux policiers victimes a été constitué sous forme de guichet unique pour répondre aux problèmes médicaux, juridiques ou sociaux», explique-t-on dans l’entourage du ministre. Outre la mise en place d’une adresse mail ad hoc, un numéro vert répond à toutes les questions afin de prendre en compte les problèmes spécifiques des «nuiteux».

Surmortalité liée au suicide

«Face à la progression du nombre de blessés, nous avons étoffé le service de soutien psychologique opérationnel (SSPO)», insiste-t-on à la direction des ressources et des compétences de la police nationale. Selon nos informations, cette structure, créée en 1996 et aujourd’hui composée de 93 psychologues cliniciens, a organisé 6 000 entretiens avec des policiers. Soit 6 % des effectifs. «Au regard de la sollicitation des agents, de la dureté de leur métier et de la misère sociale qu’ils côtoient, ce chiffre n’est pas exagéré», souffle un fonctionnaire de haut rang qui rappelle que 59 policiers se sont donné la mort en 2019 et 31 depuis le début de l’année.

«Dans la profession, la surmortalité liée au suicide est de 41 % chez les hommes par rapport au reste de la population», observe-t-on à la DRCPN qui précise que «ce taux atteint + 130% chez les femmes». Soucieuse de «lever les scrupules» dans une profession où les fonctionnaires sont rétifs à livrer leurs états d’âme, l’administration déroule en interne sa campagne: «Être fort, c’est savoir aussi demander de l’aide.» De son côté, le ministère se rapproche des associations d’aides aux policiers pour réorienter ceux qui rechignent, par pudeur souvent, à recourir à une structure institutionnelle. «Par ailleurs, nous allons continuer à mettre le paquet pour améliorer le quotidien des forces de l’ordre», promet un proche de Gérald Darmanin, qui a notamment débloqué 20 millions en faveur des 22 000 «nuiteux», 20 millions pour soutenir l’avancement des gardiens de la paix ou encore un grand chantier relatif à l’encadrement, considérant que la police devait faire sa «révolution managériale». Et, en clair, davantage écouter la base qui encaisse les coups. Car, autant que ces moyens, c’est de la considération que demandent les troupes.

Enfin reçus par Emmanuel Macron à l’Élysée, leurs représentants n’ont pas caché leur satisfaction. Mais ce corps de fonctionnaires peut rechuter à tout moment. Alors que le contrôle du confinement est appelé à durer au moins jusqu’à décembre au risque d’ébrécher l’acceptation sociale, les policiers craignent un retour de flamme dans les quartiers «sensibles». La semaine dernière, Gérald Darmanin a demandé aux préfets de «faire respecter davantage les règles» sachant que quelque 120.000 verbalisations ont été dressées en quinze jours. Plus que jamais, il est décidé à mettre du «bleu» partout dans les rues. En espérant que le tribut à payer ne sera, cette fois, pas trop lourd.

***************

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :