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Mathieu Bock-Côté: «Le Canada est-il un hôpital psychiatrique?»

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CHRONIQUE – À travers l’accouplement morbide du multiculturalisme canadien et du racialisme américain, le pays se transforme en camp de rééducation à ciel ouvert.

Par Mathieu Bock-Côté Publié le 13 novembre 2020 LE FIGARO

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– Plusieurs ont tendance à voir dans le politiquement correct une excentricité universitaire, exaspérante mais condamnée à demeurer cloisonné dans certains campus américains aux airs d’hôpitaux psychiatriques. Ses concepts ont pourtant pénétré intimement le corps social. Depuis un bon moment déjà, il s’est déconfiné et contamine la culture, comme un virus idéologique.

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«Jeunesse, j’écoute» est un organisme canadien très respecté qui prétend s’occuper de la détresse des adolescents, invités à téléphoner à une ligne d’urgence lorsqu’ils sont hantés par de noires pensées. Mais mardi, on découvrait sur Twitter un message de l’organisme, invitant les jeunes Blancs à prendre conscience de leur «privilège blanc» et à réformer leurs comportements pour devenir des alliés des minorités «racisées».

Être blanc, c’est mal, et il faudrait se déblanchir. Que le régime diversitaire ose instrumentaliser la détresse de la jeunesse pour lui administrer la potion woke, cet état d’esprit censé se caractériser par une hypersensibilité à l’endroit des «minorités», avait de quoi choquer même ceux qui ne s’étonnent plus de rien. On imagine la scène: un adolescent appelle pour confesser son mal-être, le téléphoniste en profite pour lui demander s’il est blanc et le pousser à l’expiation et la déconstruction de ses «privilèges». D’ailleurs, toute une section du site internet de l’organisme était consacrée à ce sujet. Sur les réseaux sociaux, le commun des mortels s’est manifesté vivement. Le bon sens a encore ses droits, et «Jeunesse, j’écoute» a partiellement reculé.

Il appartient aux « minorités » de définir un nouveau délit de blasphème

À travers l’accouplement morbide du multiculturalisme canadien et du racialisme américain, le Canada, et plus particulièrement sa partie anglaise, se transforme en camp de rééducation à ciel ouvert. La liberté d’expression en souffre. Depuis quelques mois, sa remise en question s’est cristallisée autour du droit ou non de prononcer le titre Nègres blancs d’Amérique, un classique de la littérature québécoise écrit par Pierre Vallières et publié en 1968. La simple prononciation du mot «nègre», même s’il s’agit d’en faire l’histoire ou de nommer le titre d’un livre, relèverait de la «suprématie blanche», et entraîne automatiquement un scandale – il faut désormais dire le «N* word» ou «le mot qui commence par N». Un manuel scolaire se référant au livre de Vallières a été retiré de certaines bibliothèques d’écoles anglophones pour qu’on puisse caviarder le passage le mentionnant.

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La polémique a culminé en octobre à l’université d’Ottawa, où une professeure, Verushka Lieutenant-Duval, a connu l’enfer pour avoir prononcé le mot litigieux dans le cadre d’un cours d’histoire de l’art. Harcelée par des étudiants, elle fut ensuite suspendue par la direction de l’université. Le recteur justifiera sa décision en écrivant: «Ce qui peut sembler banal pour un membre de la communauté majoritaire peut être perçu par plusieurs membres de la minorité comme étant profondément offensant. Les membres des groupes dominants n’ont tout simplement pas la légitimité pour décider ce qui constitue une microagression.»

Il appartient aux «minorités» de définir un nouveau délit de blasphème. Justin Trudeau s’est rangé du côté du recteur. On ne sera pas surpris qu’il ait trahi ensuite la France au moment de la question des caricatures.

L’Europe est aussi frappée par cet appel à la censure et le porte encore plus loin

Lieutenant-Duval, qui adhérait intégralement à la religion woke, a trébuché sans le savoir sur un interdit et s’en est excusée en réclamant au bureau universitaire responsable de l’inclusion qu’il établisse une liste des mots interdits pour permettre une pédagogie inclusive. Certains représentants des «minorités» en ont appelé, quant à eux, à la rééducation du corps enseignant pour le contraindre à assister à des ateliers de «diversity training» où les professeurs examineront leurs biais implicites et déconstruiront leur «privilège blanc», dans un processus d’expiation sans rédemption, pour devenir des alliés des «racisés». Ces formations, normalisées dans les départements de ressources humaines, sont partout implantées dans les administrations publiques et privées du pays. Elles sont devenues banales.

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L’Europe est aussi frappée par cet appel à la censure et le porte encore plus loin. Le ministre écossais de la Justice, Humza Yousaf, cherche actuellement à ce que sa nouvelle loi sur les propos haineux s’applique aux propos tenus à l’intérieur des demeures privées, qu’il faudrait désanctuariser. Pourquoi, demande-t-il, les propos interdits à la télévision ou au pub devraient être autorisés chez les particuliers? Il s’agira de transformer l’individu en délateur chez ses hôtes s’il n’apprécie pas les conversations qui s’y tiennent. Et les enfants qui apprennent à l’école à se sentir microagressés en permanence, ne pourront-ils aussi un jour dénoncer leurs parents?, lui répondra-t-on. Au rythme où ces idées progressent, on peut craindre que ce projet ne représente l’avenir de l’Europe. La Stasi a de beaux jours devant elle.

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