MEMORABILIA

«Confinement: l’exaspération semble en passe de l’emporter sur la peur» Maxime Tandonnet.


Accueil
VoxVox Société Réservé aux abonnés

TRIBUNE – L’injustice faite aux commerçants menacés de ruine pourrait faire basculer l’appréciation des Français à l’égard de la réponse de l’État à la crise sanitaire. Nos compatriotes supportent de plus en plus mal d’être infantilisés et constatent autour d’eux les effets catastrophiques du confinement sur l’économie productive et l’emploi, argumente l’essayiste Maxime Tandonnet.

Par Maxime Tandonnet. LE FIGARO. 16 novembre 2020.

Maxime Tandonnet.
Maxime Tandonnet. FC


Également historien, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République et contributeur régulier du FigaroVox, Maxime Tandonnet est l’auteur de nombreux ouvrages salués par la critique. Il a notamment publié «1940: un autre 11 Novembre» (Tallandier, 2009), «Histoire des présidents de la République» (Perrin, 2013, édité en poche dans la coll. Tempus et actualisé en 2017), «Les Parias de la République» (Perrin, 2017) et «André Tardieu, l’incompris» (Perrin, 2019).


Le confinement de l’automne ne ressemble en rien à celui du printemps. En mars-avril, la peur du Covid-19 fut à la source d’une profonde résignation et d’un consensus en faveur d’une suspension générale de la liberté d’aller et venir. En témoignait la ferveur populaire autour de l’acclamation des soignants, chaque soir aux fenêtres des appartements. À 20 heures désormais, aucune clameur ne rompt le silence: cet élan unanime a disparu.

Un climat de défiance s’est, bien au contraire, installé à sa place. Selon Elabe (29 octobre), 75 % des Français – ballottés par la houle des ordres et des contre-ordres – estime que le pays n’était pas prêt face à la deuxième vague. Un doute s’exprime désormais sans complexe quant à l’efficacité de solutions autoritaires. «Vouloir arrêter une épidémie par le confinement revient à arrêter la mer avec les bras» déclare l’essayiste Jean-Loup Bonnamy, le 6 novembre, dans un entretien à FigaroVox. Des voix s’élèvent pour déplorer le recul de la démocratie parlementaire au profit d’une gouvernance sanitaire. L’influence d’une poignée de médecins médiatiques, la toute-puissance d’un Comité scientifique composé d’experts non élus et d’un Conseil de défense, habilité par l’état d’urgence à suspendre les libertés en dehors de tout contrôle politique, bousculent la tradition démocratique française, achevant de marginaliser le suffrage universel.À LIRE AUSSI : Coronavirus: Macron et le Conseil de défense sanitaire dans le collimateur de l’opposition

Dans les éditoriaux et les discours, sur les murs de la cité, la formule de «dictature sanitaire» n’est désormais plus taboue. «Vous êtes rétive aux remèdes ; mais nous saurons vous soumettre à la raison!», jette Sganarelle, le médecin de Molière, à Jacqueline la servante dans Le Médecin malgré lui (acte II, scène IV).

Jusqu’où la vie quotidienne, la vie confinée, privée de mobilité, de perspectives sociales, professionnelles et familiales, vaut-elle la peine d’être vécue ?

D’ailleurs, dans les profondeurs de la nation, les restrictions aux libertés sont de moins en moins supportées, comme si, pour la première fois, l’attachement à la liberté l’emportait, chez les Français, sur la peur du Covid-19, malgré une situation sanitaire alarmante. Ainsi, 60 % d’entre eux reconnaissent avoir violé les règles du second confinement (Ifop, 12 novembre). La même enquête souligne l’ampleur des dégâts psychologiques qui affectent 52 % des personnes interrogées. Jusqu’où la vie quotidienne, la vie confinée, privée de mobilité, de perspectives sociales, professionnelles et familiales, vaut-elle la peine d’être vécue?

Et que dire de l’honneur bafoué d’une nation qui se sent infantilisée par ses élites dirigeantes? Le regard que portent les voisins européens sur un peuple dont les habitants sont condamnés à remplir une attestation bureaucratique pour sortir de leur domicile, et devoir justifier, comme des gamins immatures, chacune de leur sortie, est ravageur pour la dignité des Français, comme en témoigne l’article du journal allemand Die Zeit du 12 novembre qui parle d’Absurdistan.

À LIRE AUSSI : David Lisnard: «La crise du Covid révèle la folie bureaucratique française»

Les Français ressentent comme une humiliation supplémentaire de se voir imposer, comme à des enfants ou des majeurs incapables privés de discernement, des règles fixant leurs besoins «essentiels» et non «essentiels». Ils ne comprennent pas le choix arbitraire – et tellement emblématique de l’obscurantisme bureaucratique – d’autoriser la vente de tabac ou de chocolats mais de leur interdire d’acheter des livres en librairie. Ils n’acceptent pas le chantage permanent sur Noël et les fêtes de fin d’année, l’ingérence dans leur vie privée d’un ordre sanitaire qui prétend leur dicter jusqu’au nombre des convives à leur table.

D’ailleurs, cet ordre sanitaire, par son contraste avec la violence et le chaos qui rongent les zones de non-droit, donne l’image d’une autorité à géométrie variable qui nourrit le sentiment d’injustice.

Un grondement sourd remonte en ce moment des entrailles du pays. Commerçants, artisans, restaurateurs ruinés se mobilisent face à une France dite d’en haut qui les taxe de « poujadisme »

Face à l’épidémie, le choix de privilégier une logique de pénitence collective atteint désormais ses limites. Un grondement sourd remonte en ce moment des entrailles du pays. Des chrétiens se rassemblent devant les églises. Les associations culturelles et sportives manifestent leur désarroi.

Surtout, les commerces ne devraient pas être autorisés à rouvrir avant le 27 novembre dans l’hypothèse la plus optimiste. Les commerçants, les artisans, les restaurateurs ruinés se mobilisent face à une France dite d’en haut qui les taxe de «poujadisme» et ferme les yeux sur leur détresse, celle de femmes et d’hommes de tous les âges, de toutes les opinions et de toutes les origines, ayant consacré des années à bâtir leur gagne-pain. Un vaste élan national de solidarité (par-delà quelques récupérations politiciennes), est en train de naître dans le pays autour de cette détresse comme en témoigne le succès de plusieurs pétitions réclamant la réouverture des commerces et des magasins.

À LIRE AUSSI : Jean-Pierre Robin: «Le second confinement aura un coût bien plus douloureux que le premier»

La crise sanitaire exacerbe la fracture démocratique entre la sphère dirigeante qui offre une image de déconnexion ou d’intransigeance obtuse et l’immense majorité silencieuse, des sans-dents aux Gaulois réfractaires, blessée dans sa dignité. Quand l’exaspération commence à prendre le pas sur la peur du Covid-19, dans un contexte économique et social désastreux, condamnant une grande partie des jeunes au chômage et 10 millions de personnes à la pauvreté, l’heure de tous les dangers approche.

*************

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :