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PIERRE ROBIN : DEUX OU TROIS CHOSES SUR LE MONDE MERVEILLEUX DU COMPLOTISME

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Auteur récent de L’Esthétique Contre-Cool, essai illustré contre la coolitude et ses ravages en milieux urbain et culturel, Pierre Robin nous propose un regard sur l’actualité via ses souvenirs, préjugés et obsessions. Envers et contre-cool !
© DR

Il n’est donc pas le fait de la seule extrême droite, nos médias de grand chemin, ayant par exemple tenté d’expliquer ou de fortement suggérer que Vladimir Poutine était derrière l’élection-surprise de Donald Trump ou le mouvement des Gilets jaunes. Et dans le genre « complotisme de gauche », je conserve le souvenir ému d’un entretien accordé, vers 1980, à Libération par l’archétypal chanteur sinistre et engagé Leny Escudero (1932-2015), qui attribuait la vague du rock – qui avait marginalisé son style de troubadour rive-gauche de gauche – à une opération de la CIA. Leny recyclait d’ailleurs plus ou moins la propagande soviétique sur le sujet.

Moi je suis un garçon simple et je crois donc aux complots, qui sont en fait les classiques manœuvres politiques ou géopolitiques inhérentes au genre humain depuis qu’il a atteint un degré minimum de sophistication civilisationnelle. Le tout c’est de considérer que ces manœuvres, à l’instar de la franc-maçonnerie, sont plus discrètes que secrètes, et que du reste le monde moderne est plein de complots qui ne prennent même plus la peine de se cacher, ou si peu. Et de complots qui peuvent foirer, quels que soient les moyens engagés, parce que la vraie règle des affaires humaines, c’est l’impondérable ou l’imprévu, qui ont déjà eu la peau de bien des complots.

Autre chose : le complotisme a un besoin vital de mystères compliqués, au point que pour ses sectateurs un complot peut en cacher un autre

Autre chose : le complotisme a un besoin vital de mystères compliqués, au point que pour ses sectateurs un complot peut en cacher un autre. Cas d’école, le 11 septembre : on peut considérer par exemple qu’Oussama ben Laden et ses amis ont bien fomenté un complot contre les États-Unis et que ce complot a plutôt réussi. Mais non, trop simple et les « pros » complotistes sourient de dédain à ce complot-là, dont les auteurs sont trop clairement identifiés par les médias officiels : en fait nous expliquent-ils (très tôt) c’est une manipulation gigantesque, et ils présentent à l’appui de leur thèse des considérations ou des détails d’ordre technique.

Sans se poser la question fondamentale (à mon humble avis), qui est l’impossibilité, à l’heure d’internet et de la méta-transparence médiatique et para-médiatique, de justement mener une opération d’intox aussi gigantesque, nécessitant d’énormes complicités bien placées, et surtout terriblement périlleuse pour ses initiateurs : en clair, il faudrait qu’un Donald Rumsfeld, un Paul Wolfowitz ou je ne sais quel ponte néo-conservateur américain soit bien audacieux pour s’embarquer dans une entreprise pareille.

Lire aussi : Pierre Robin : Violence urbaine, le temps passé des voyous blancs

D’autant que le néo-conservatisme américain n’a pas besoin d’attentats, même spectaculaire et historique, pour fixer sa ligne géopolitique et la rendre opératoire : entre autres choses, l’Irak avait déjà été attaqué avant les Twin Towers… (et là je sais déjà qu’à la lecture de ma prose, je serai décrété au mieux de naïveté, au pire « de “complicité de complot” par tous les “sachants” de la contre-société complotiste).

Nous parlions d’internet. Il est certain que la « toile » et ses réseaux sociaux ont redonné une certaine vigueur à cette tentative d’explication de histoire et du monde, qui comble l’indéracinable aspiration au merveilleux du genre humain. Et légitime la paresse intellectuelle : plus facile d’expliquer la crise permanente au Proche-Orient par des réunions feutrées d’« Illuminati » ou de « Skulls and bones » que de s’astreindre à une étude minimum de l’histoire de cette région de toutes les fractures et de toutes les tensions depuis un demi-siècle.

De là à dire que le complotisme, c’est la géopolitique pour les nuls, il n’y a qu’un pas, qu’on franchira les mains dans les poches

Au fond le complotisme moderne, qu’est-ce que c’est « pratiquement » ? Un attentat ou un drame survient dans le monde, et, quelques heures – quelques minutes ? – plus tard, un jeune geek collé à son écran d’ordi à Marseille ou à Romorantin a déjà trouvé les coupables et retracé la genèse de l’évènement.

De là à dire que le complotisme, c’est la géopolitique pour les nuls, il n’y a qu’un pas, qu’on franchira les mains dans les poches. Mais une fois qu’on a dit ça, il faut être juste, c’est-à-dire équilibré. Et rappeler que ce sont les médias « de référence », souvent consanguins avec le ou les pouvoirs en place, comme par exemple BFM, qui ont nourri le complotisme, en proférant inlassablement des « fake news institutionnelles » genre l’immigration est (toujours) une chance pour la France, le mariage gay est l’avenir de l’homme (et de la famille occidentale), Obama est une belle personne (plus belle en tout cas que Trump ou Poutine), Bachar al-Assad va tomber et les rebelles syriens sont cool et de sensibilité rocardienne, la raison de l’insécurité péri-urbaine est sociale et non ethno-culturelle et Emmanuel Macron est l’unique leader français possible, etc. et bla, bla, bla. En un mot comme en cent mille, on ne doit pas oublier que ce sont les Ruth Elkrief qui enfantent les Thierry Meyssan…

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