MEMORABILIA

Présidentielle américaine : Biden, « président par correspondance »…

Scroll down to content

« LE PROBLÈME, C’EST QUE ÇA COMMENCE À SE VOIR »….

 

Joe Biden a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle américaine, malgré les accusations de fraude du camp républicain. Photo © JIM WATSON / AFP

 

 
 

– Il aura fallu le déferlement inédit d’une propagande inouïe de la bien-pensance, la mobilisation de tout ce que la planète compte de progressistes, des médias censurant un président en exercice dont ils n’ont jamais accepté l’élection, le recours massif au vote par correspondance — jugé frauduleux en France — qui a permis d’atteindre parfois des taux de participation de 110% pour qu’enfin la presse désigne le fade Biden vainqueur. En 1801, Adams battu quitta Washington avant l’aube pour ne pas avoir à croiser son rival Jefferson, rappelle l’historien Jean-Marc Albert. Trump n’a pas encore prévu de l’imiter.

Trump a gagné dans les urnes mais au fur et à mesure que le vote par correspondance fut comptabilisé s’est produit le “glissement bleu” démocrate. Averti de pratiques douteuses, le locataire de la Maison Blanche a crié à la fraude, plongeant l’opinion dans la sidération et les Démocrates dans une colère non feinte. Irrités de ne pas avoir obtenu la “vague bleue” que les médias avaient prophétisée et préparée depuis quatre ans, abasourdis par la confiance qu’ont renouvelée 71 millions d’Américains au président sortant, ils accusent Trump de mettre en péril la démocratie.

Si prompts à voir de la fraude russe partout en 2016, ils estiment que le vote fut le plus sûr de l’histoire. Mais de nombreux précédents devraient plutôt leur inspirer de la retenue que de l’indignation. La longue histoire électorale américaine est scandée de fraudes dont le vote par correspondance ne fut que l’une des failles dont ont profité Républicains et Démocrates pour faire pencher le scrutin en leur faveur.

Malgré les critiques de la gauche, ni les partis ni les États n’ont cherché à remettre en cause le processus électoral

Vu de France, on a tôt fait d’incriminer un système électoral réputé « complexe » et « injuste », oubliant qu’il a permis de réaliser un fragile équilibre entre les États voulu par les Pères fondateurs et ratifié par le XIIe amendement en 1804. Malgré les attaques de la gauche contre le collège électoral, accusé de favoriser les petits États, majoritairement conservateurs, les deux grands partis et de nombreux États, dont la Californie, n’ont jamais cherché à le remettre en cause tant ils y ont trouvé leurs intérêts. En outre, un suffrage direct gommerait la dimension fédérale du pays. Mais ce ne sont pas tant les institutions qui favorisent la fraude que la manipulation de la carte et du système de vote qu’autorise la diversité des règlements des États.

En 1865, les démocrates raffinent ainsi le processus électoral pour limiter l’accès au vote des Noirs tout juste affranchis, en instaurant par exemple dans le Minnesota un test de lecture. Ailleurs, les Républicains font voter des étrangers avant leur naturalisation. Depuis, les partis n’ont cessé de jouer sur les horaires des bureaux de vote, leur répartition, faisant voter ici à main levée des électeurs intimidés, compliquant là le vote par correspondance en exigeant un sceau notarial. On a pu aussi forcer la mobilisation de l’électorat. Après avoir accusé Bush de tricherie en 2000, le parti de l’Âne reproche maintenant aux Républicains de purger les listes percluses de noms falsifiés ou de personnes disparues comme en Géorgie, d’exiger une pièce d’identité pour empêcher le vote des illégaux ou le paiement par les anciens condamnés de leur amende comme en Floride. Des généreux donateurs comme Bloomberg ou LeBron James ont ainsi payé le droit de vote de ces ex-détenus — 1/10e de l’électorat de l’État tout de même ! — pour protester contre toutes ces mesures jugées discriminatoires à l’encontre des minorités.

Trois États démocrates refusent encore le vote à bulletin secret en 1910

Depuis le XIXe siècle, les machines des partis aux mains des “boss” maintiennent Démocrates et Républicains au pouvoir par le clientélisme — qui coûta la vie au président Garfield — la violence et la corruption qui ont rendu célèbres les boss républicain Quay à Philadelphie ou démocrate Tweed à New York. Contre cette opacité, des Républicains libéraux tentent d’arracher aux partis le contrôle des élections en les privant de moyens de corruption — notamment avec le Pendleton Act de 1883. Ils obtiennent l’organisation des primaires en 1903 dans le Wisconsin, permettant aux électeurs de choisir directement leur candidat, mais les machines finissent par monopoliser aussi ces désignations promouvant des poulains sans caractère qui ne leur feront pas d’ombre. Le bulletin secret et l’urne peinent à s’imposer. Trois États Démocrates les refusent encore en 1910 !

L’élection présidentielle n’échappa pas à ces manœuvres. En 1824, Andrew Jackson, en tête du vote, n’a pas assez de grands électeurs pour l’emporter. La Chambre des représentants choisit alors entre les candidats, John Adams, plus connu au Congrès, en dépit de ses 31%. Jackson aura sa revanche en 1828. Les médias se complaisent à citer la victoire du républicain Hayes arrachée par une commission ad hoc à Tilden en 1876 dans une élection entachée de fraudes et de violences où chaque camp a forcé le vote. Ils oublient de dire que les Démocrates se sont accommodés de ce marchandage contre le retrait des troupes fédérales des États du Sud leur permettant de reprendre la ségrégation. Hayes reconnut également l’élection contestée des gouverneurs démocrates de ces États. D’autres faibles écarts de scrutins — Garfield (1880), Harrisson (1888), Cleveland (1884), Wilson (1916), Bush (2000) — interrogent encore les historiens. En 1960, la victoire sur le fil de Kennedy sur Nixon, desservi par la petite récession, doit beaucoup au gonflement artificiel des urnes de Chicago permettant au démocrate de l’emporter par un écart de 0,2 % des voix. Le Président recevra en grande pompe Dailey, le maire de cette capitale de la corruption depuis l’élection de Cermak en 1931, pour son précieux concours.

Dès son instauration en 1864, le vote par correspondance fit débat. En pleine « guerre de Sécession », Lincoln permit ainsi à 150 000 soldats de pouvoir voter à l’élection présidentielle. Depuis les années 80, les Démocrates y voient le moyen de motiver la participation des communautés ethniques et isolées. Ce procédé a fait basculer des scrutins : en 2018, le Républicain Scott l’emporte ainsi en Floride après avoir été devancé à la sortie des urnes. En Arizona, c’est la Démocrate Sinema, distancée au soir de l’élection qui profite de ce vote. Si le New York Times s’est ému de manœuvres qui pouvaient favoriser les Républicains, les spécialistes admettent leur existence mais négligent leur impact. Avec 70 millions de bulletins par correspondance, la marge infime peut cependant devenir fatale. On comprend alors que Trump s’insurge contre la décision de la Cour suprême de Pennsylvanie d’autoriser le décompte de ces votes parvenus jusqu’à trois jours après le scrutin en violation de la loi.

D’autres présidents ont été haïs, mais le traitement réservé à Donald Trump fera école

Ce ne sont pas les seules aberrations que Trump dénonce depuis longtemps ! En 2016, le président élu propose que chaque État fournisse sa liste électorale mais plus de 20 d’entre eux refusent. En 2020, la primaire démocrate ne parvient pas à donner avant plusieurs jours le nom du gagnant du caucus de l’Iowa suite à un dysfonctionnement informatique et il faut deux mois pour déclarer celui de l’État de New-York. Les indices de fraude que les médias réclament tant commencent à sourdre : 3000 voix « retrouvées » en Géorgie, électeurs affichant leur bulletin réutilisé plusieurs fois, votes de personnes décédées, taux de participation hors norme dans des bureaux sans liste électorale, observateurs tenus à l’écart du dépouillement, sacs de bulletins acheminés de nuit, erreurs informatiques, machines à voter sans trace papier du vote.

Lincoln, Roosevelt, Bush ont aussi été haïs mais le traitement médiatique réservé à l’hôte du 1600 Pennsylvania avenue fera école. Passant tout à Biden, des collusions de son fils avec l’Ukraine aux accusations de harcèlement et de viol, des mensonges sur son engagement contre l’apartheid au plagiat universitaire, les médias n’auront, en revanche, rien épargné au président en exercice. Ils ont projeté sa destitution avant même qu’il ne soit élu. Ils ont délégitimé sa victoire en l’accusant d’avoir triché avec l’aide des Russes. Ils ont prophétisé une guerre civile qui n’est pas venue. Ils l’ont censuré. Ils l’ont proclamé perdant avant que le décompte ne soit achevé et lui reprochent de ne pas accepter sa défaite selon l’usage depuis 1896. Sans doute Donald Trump songe-t-il à Truman exhibant en 1948 le Chicago Daily titrant sur sa défaite sans attendre les résultats définitifs. En juin dernier, Wesley Lowery assuma ce militantisme dans le New York Times.

Les Démocrates voulaient un “landslide” massif contre Donald Trump ; ils en sont pour leurs frais

De toute façon, la défaite de Trump ne contenterait pas leur fureur. Croyant qu’en politique, on a tort parce qu’on perd, les Démocrates voulaient qu’un landslide massif efface cette aberration historique. Mais fort de son insolent bilan et de son caractère trempé, Trump a gagné 7 millions de voix parce qu’il a fait ce qu’il avait promis, bousculé les codes politiques en accentuant les aberrations du système, accéléré les lignes profondes de la géopolitique par le rapport de force et la transaction. En 2018, Kissinger voyait déjà en Trump l’une de ces figures « qui apparaissent dans l’histoire (…) pour marquer la fin d’une époque et la forcer à abandonner ses vieilles prétentions ». En cela, il a déjà changé le monde.

Le vote par correspondance aura pesé de manière inédite sur le scrutin. Nul ne sait si l’impact de la fraude inversera les tendances et au terme du safe harbor, clôt le 8 décembre, des États pourraient bien proposer leurs propres grands électeurs au Congrès en l’absence de résultat clair. On veut se rassurer en pensant à la formule jubilatoire de Grandmama de la famille Addams, « ce n’est pas de la triche, si ça ne se voit pas ! »

Le problème, c’est que cela commence à se voir.

*************

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :