MEMORABILIA

AFRIQUE DU SUD : LA CHASSE AUX BLANCS ?

Scroll down to content

Il n’avait que 21 ans. Retrouvé pendu à un poteau le 2 octobre, non loin de la ferme de Bloukruin où il travaillait, le corps de Brendin Horner présentait des marques de torture et de strangulation. Son décès s’ajoute à celui de Chantel Kershaw, une fermière blanche agressée sexuellement puis tuée par deux hommes dans la région de Johannesburg.

 
 
 
© DR

Inquiet de ne pas voir revenir Brendin, c’est son patron, Gilly Scheepers, qui fait la découverte macabre : la voiture du jeune homme tachée de sang, le corps à demi-dénudé. Pour les fermiers blancs, c’est le meurtre de trop. Depuis des mois, les Afrikaners subissent une recrudescence d’attaques. « Il était très enthousiaste ce jour-là. Cela faisait un an, jour pour jour, qu’il travaillait avec nous. Ce jeune homme avait toute la vie devant lui », a déclaré, amer, Gilly Scheepers à Times Lives. La violence de la scène du crime retransmise sur toutes les chaînes de télévision a quand même fait réagir la ministre de la Justice, Ronald Lamola.

Le 6 octobre, cinq jours après le meurtre, lors de la comparution au tribunal des assassins présumés, des milliers de manifestants en colère ont tenté de s’infiltrer dans la prison où ils étaient enfermés pour les « necklacer » : une pratique qui consiste à mettre une personne dans des pneus et l’enflammer. Il a fallu un solide cordon de police pour que Sekwetje Isaiah Mahlamba, 32 ans, et Sekola Piet Matlaletsa, 44 ans, échappent au lynchage devant le tribunal de justice de Senekal.

Ernst Roet, président du syndicat des fermiers sud-africains : «Nous devons créer des structures communautaires de sécurité ou de nous impliquer là où de telles structures existent déjà. Nous devons être plus vigilants et plus organisés, en tant que communauté, pour nous protéger. »

Les Boers ont renversé et mis le feu au véhicule qui les transportait vers le tribunal. « Si de telles attaques contre notre État de droit ne sont pas contrôlées, notre société court le risque de sombrer dans l’anarchie. Il est dans l’intérêt de tous de veiller à ce que le respect de l’État de droit soit défendu et maintenu », a averti le ministre qui a demandé à la police d’identifier les meneurs de cette violente manifestation. Même constat chez le ministre de l’Intérieur, Bekhi Cele, qui a fait part de son « dégoût ».

Tollé en retour chez AfriForum, le puissant syndicat des fermiers sud-africains : « La colère que les gens ont exprimée ici aujourd’hui est la conséquence d’un problème qui persiste tout simplement, associée à l’attitude nonchalante du gouvernement à l’égard des meurtres de fermiers » a répondu aux ministres le porte-parole d’AfriForum, Ernst Roet. « Il est important de réaliser que nous avons nous-mêmes la solution à ce problème. Nous devons être plus organisés. Nous devons créer des structures communautaires de sécurité ou de nous impliquer là où de telles structures existent déjà. Nous devons être plus vigilants et plus organisés, en tant que communauté, pour nous protéger », a ajouté Ernst Roets qui demande aux Afrikaners de se réarmer et de se tenir prêts. À l’occasion du procès, le 16 octobre, Julius Malema, le leader populiste d’Economic Freedom Fighters, un petit parti radical noir, a appelé ses partisans à venir soutenir les deux assassins afin de protéger le « droit et la démocratie », rejoint par les jeunes de l’African National Congress (ANC), le parti qui dirige le pays. Le ministre de l’Intérieur Bheki Cele a promis d’autres arrestations.

Lire aussi : La fin d’Orania, le dernier bastion blanc d’Afrique du Sud ?

Depuis l’arrivée au pouvoir de Cyril Ramaphosa, en mai 2019, la question de la sécurité de la minorité blanche en Afrique du Sud s’est inscrite au cœur des débats politiques, tout comme le projet de loi controversé de redistribution des terres. Depuis la fin de l’apartheid en 1994, 5 000 fermiers auraient été assassinés dans des conditions particulièrement sauvages sans que le gouvernement n’ait pris de mesures concrètes pour y mettre fin. Certains n’hésitent plus à évoquer un « génocide », un terme également utilisé par les syndicats de fermiers blancs qui manifestent régulièrement pour alerter la communauté internationale sur leur sort. En vain. Le rêve de la nation arc-en-ciel, si cher à Nelson Mandela, s’est transformé en cauchemar pour les Sud-africains blancs.

Selon Valérie Hirsch, correspondante en Afrique du Sud et auteur de Les Sud-Africains, lignes de vies d’un peuple (Henry Dougier Ateliers), « depuis la fin de l’apartheid, les Boers se sentent assiégés ». 500 attaques et environ 60 meurtres par an, et les chiffres sont à la hausse. Après deux mois d’accalmie due au confinement, les attaques ont repris : « Il y a de plus en plus de kidnappings et des attaques menées par des groupes d’assaillants, déplore Chris van Zyl, de l’Union des agriculteurs du Transvaal. Cela semble indiquer une implication du crime organisé ».

L’organisation qui conteste les chiffres de la police, assure que le taux d’homicide des fermiers blancs atteindrait 80 pour 100 000 habitants, soit le double du taux, déjà exorbitant, de l’Afrique du Sud

Certes, le vol est le principal motif des assaillants et l’isolement des fermiers les rend vulnérables. En 2018 à New York, le président sud-africain Cyril Ramaphosa avait nié que les fermiers blancs soient plus victimes de criminalité que les autres Sud-Africains. Il répondait à Donald Trump, inquiet de leur situation. « La fureur des fermiers s’explique par la cruauté des attaques et la persistance du problème, couplée à la passivité du gouvernement, qui minimise ou nie l’ampleur du problème », déplore Ernst Roedt d’AfriForum. L’organisation qui conteste les chiffres de la police, assure que le taux d’homicide des fermiers blancs atteindrait 80 pour 100 000 habitants, soit le double du taux, déjà exorbitant, de l’Afrique du Sud (38 pour 100 000 habitants).

Bref, les fermiers se sentent abandonnés depuis qu’ils ont été forcés, en 2003, de démanteler leurs milices privées. « La police ne fait rien. Nous devons nous organiser nous-même pour parer aux attaques », se plaint Ian Cameron, responsable de la sécurité à AfriForum. Les fermiers blancs possédaient 70 % des terres arables en 2017, mais leur nombre a chuté. Ils étaient 120 000 en 1994, ils ne sont plus que 35 000 aujourd’hui.

Frédéric de Natal et Hadrien Desuin  

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :