MEMORABILIA

Ligue islamique mondiale : un double discours bien rôdé.

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FRONT POPULAIRE, 23 novembre 2020.

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ARTICLE. Le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale répondait hier aux questions du Journal du Dimanche, défendant à la fois la République, la laïcité, les valeurs françaises et la liberté de caricature. Un beau vernis républicain qui survit mal à une lecture approfondie.

Ligue islamique mondiale : un double discours bien rôdé

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La rédactionPublié le 23 novembre 2020OFFRE SPECIALE:69€ Abonnez-vous pendant un an à Front Populaire (site + 4 numéros de la revue) et recevez chez vous en plus le premier Hors Série: l’Abécédaire du Souverainisme.J’EN PROFITE!

L’interview de Mohammad Abdelkarim Alissa, secrétaire général de la Ligue islamique mondiale et porte-parole reconnu de l’islam sunnite est un véritable cas d’école, un quasi sans-faute de bonne parole républicaine. Mais le « quasi » a ici de l’importance car le double discours ne tarde pas à affleurer.

On aurait tort de croire que le porte-parole de la LIM ne contrôle pas ce qu’il dit. Il contrôle au contraire parfaitement bien sa communication en s’adressant à la fois au grand public et à son propre public. Son point de vue sur l’assassinat de Samuel Paty et sur les caricatures de Charlie Hebdo paraît pleinement républicain. Notre homme condamne un « horrible crime terroriste » qu’il prend soin de détaché absolument de l’islam car « en aucun cas un musulman digne de ce nom ne pourrait commettre un tel acte. »Il ajoute que les savants de l’islam et la Ligue islamique mondiale ont « unanimement reconnu le droit aux libertés, sans aucune équivoque ». Que demander de plus ?

Problème : l’équivoque chassée est réintroduite presque instantanément lorsque Mohammad Abdelkarim Alissa ajoute, à propos des libertés : « à ceci près que le principe essentiel est qu’elles ne doivent pas servir de prétextes pour attiser la haine des uns envers les autres. » Et ce dernier d’arguer que les caricatures offensent tout de même la susceptibilité de près d’un milliard huit cents millions de musulmans. Outre le fait que la France n’est concernée qu’à hauteur des 6 millions de français musulmans sur son sol, on voit ici réintroduite l’idée – absurde compte tenu de la tradition française – que le débat public devrait être normé pour éviter d’heurter la « susceptibilité » de chacun.

Mais il y a pire. Le double discours est tellement habile qu’il intervient parfois dans la même phrase, comme ici : « Nous ne sommes pas contre les libertés, c’est une évidence, seulement nous appelons à leur bonne utilisation, c’est notre vision des choses. » Oui… mais non, en somme. Ce genre de phrase pourrait être très drôle dans le prochain OSS 117, mais elle l’est moins dans la bouche d’un leader mondial de l’islam sunnite.

Il est évident qu’une lecture distraite ou naïve ne permet pas nécessairement de démasquer ce double discours, tant le vernis républicain semble épais. « Nous avons toujours appelé les Français musulmans ainsi que les résidents musulmans en France à respecter la Constitution, les lois et les valeurs de la République française », déclare par exemple le représentant de la LIM. Saluant les musulmans intégrés à la France qu’il qualifie « d’honnêtes patriotes », il va même jusqu’à appeler au départ des séparatistes : « personne n’est obligé de rester dans un endroit où il ne veut pas vivre. »Discours parfaitement républicain et inattaquable en soi.

Mais le double discours reprend de manière plus subtile encore qu’auparavant. Après avoir déclaré, là encore de manière inattaquable : « Celui qui vit dans un pays quel qu’il soit, en France ou ailleurs, doit obligatoirement en respecter les lois ou quitter ce pays », Mohammad Abdelkarim Alissa ajoute, dans le cadre d’une question sur le port du voile, de la burqa et de la polygamie : « Et s’il y a dans le cadre de la loi des possibilités juridiques de pouvoir bénéficier de spécificités religieuses ou autres, au niveau individuel ou collectif, c’est par la voie législative qu’il faut le demander. »Déclaration qui entre en contradiction manifeste avec le fait de défendre les « valeurs » de la République française. On ne peut pas prôner une assimilation aux mœurs d’un pays tout en ajoutant qu’il faut essayer de les faire modifier par voie législative, surtout lorsqu’il s’agit de burqa et de polygamie.

Ce double discours a été pointé du doigt hier par notre porte-parole Céline Pina qui a commenté l’entretien sur son compte Facebook : « Si on lit superficiellement ce papier, la propagande est parfaite. A première vue le discours est impeccable : il parait reconnaitre et admirer la laïcité française, en appelle au respect de la loi française et se dit révolté par ce qui est arrivé à Samuel Paty. Le problème c’est que l’idéologie des frères musulmans comme des salafistes a déjà posé les bases de ce que doit être le comportement d’un musulman dans un pays de kouffars. Se plier aux lois tant que l’on n’est pas assez puissant pour les renverser. C’est même la logique de la Taqiya. » Il faut en effet rappeler que derrière des atours proprets, la Ligue islamique mondiale, ONG fondée en 1962 en Arabie saoudite en opposition à la Ligue arabe de Nasser, est le bras prosélyte religieux de l’Arabie saoudite dont le but est de propager l’islam dans les pays où il est minoritaire, à grands coups de financements de mosquées.

Bien que l’ONG s’en défendent, elle a des nombreux liens avec les Frères musulmans, comme l’explique dans un article érudit et intitulé « La Ligue islamique mondiale en Europe : un instrument de défense des intérêts stratégiques saoudiens », le sociologue et chercheur Samir Amghar : « Comme les Frères musulmans, ils pensent que l’islam a un rôle social et politique à jouer. À cet égard, la Ligue milite pour une intégration des musulmans dans le paysage politique et social européen, en appelant notamment les fidèles à s’inscrire sur les listes électorales et à voter. Elle vise donc, comme les Frères musulmans européens, à mettre en place une « citoyenneté islamique », se proposant d’être un interlocuteur privilégié auprès des acteurs publics locaux et nationaux sur des questions aussi diverses que la pratique religieuse des musulmans, le racisme ou les problèmes de banlieue. »

Le procédé est donc aussi simple qu’il est pervers : montrer patte blanche et prospérer sur la victimisation en attendant les conditions favorables pour engager un rapport de force. Du reste, le prédicateur Youssef Al Qaradawi avait eu l’honnêteté de prévenir les Européens dès 2002 : « Avec vos lois démocratiques nous vous coloniserons, avec nos lois coraniques nous vous dominerons. »

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