MEMORABILIA

« Il a vrillé » : les policiers « choqués » après les propos d’Emmanuel Macron

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L’annonce de la mise en place d’une plateforme pour lutter contre les discriminations policières et la reconnaissance de « violences » de la part des forces de l’ordre ont fait bondir les syndicats.

Emmanuel Macron avec deux policier en 2017, à Lyon. (Photo by Laurent Cipriani / POOL / AFP)

Emmanuel Macron avec deux policier en 2017, à Lyon. (Photo by Laurent Cipriani / POOL / AFP)

AFPOlivier Philippe-Viela publié le 05/12/2020 à 18:03 , mis à jour à 18:32

Olivier Philippe-Viela, publié le 05/12/2020, L’EXPRESS.

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Adepte de l’équilibrisme, Emmanuel Macron a bien tenté un nouveau numéro d' »en même temps » vendredi, au moment d’évoquer la dénonciation de plus en plus insistante des violences policières en France. Face aux journalistes de Brut, le président de la République a d’abord joué au « good cop » vis-à-vis des forces de l’ordre, pointant « la violence dans notre société » sur laquelle il doit y avoir « zéro tolérance des deux côtés », policiers comme civils.  

Prenant pour exemple les images d’une manifestation le 28 novembre montrant une policière « attaquée par des fous », des « gens ensauvagés », le chef de l’Etat a dénoncé le rôle des black blocs dans l’escalade des tensions. 

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Puis il a voulu déconstruire « le terme de violences policières », car « c’est devenu un slogan pour des gens qui ont un projet politique », préférant parler de « violences par des policiers », histoire d’éviter l’essentialisme. Quoique l’expression a fini par être lâchée : « Je peux vous dire ‘Il y a des violences policières’ si ça vous fait plaisir que je le dise. » Enfin, sur cette lancée, Emmanuel Macron s’est franchement montré critique de la police nationale, versant « bad cop », lorsqu’il a été interrogé sur les contrôles au faciès : « Aujourd’hui, quand on a une couleur de peau qui n’est pas blanche, on est beaucoup plus contrôlé (…) On est identifié comme un facteur de problème et c’est insoutenable », a déclaré le président.  

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L’occasion d’annoncer la mise en place dès janvier d’une plateforme nationale de signalement des discriminations gérée par l’État, le Défenseur des droits et des associations. Cette mesure, ainsi que la reconnaissance, même du bout des lèvres, de violences de la part des forces de l’ordre, ont « choqué » les policiers. Le mot est prononcé par Thierry Clair, délégué du bureau national de l’UNSA Police, l’un des principaux syndicats de la profession. 

Depuis vendredi et la diffusion de l’interview présidentielle, les représentants syndicaux joints par L’Express témoignent de messages de colère reçus de la part de collègues qui, pour certains, « veulent descendre dans la rue », assure Denis Jacob, secrétaire général du syndicat Alternative Police CFDT, qui souligne cependant que les agents « restent pour l’instant mesurés ».  

« Il a vrillé »

Concrètement, le désappointement policier a pris dès ce samedi la forme d’une grève des contrôles demandée par plusieurs syndicats, Unité SGP Police, Alliance et UNSA en tête. Les fonctionnaires mécontents font alors appel au code 562, synonyme de position d’attente au commissariat, et ne se déplacent qu’en cas d’appel d’urgence au 17, ne dressent pas de procès-verbaux et ne font pas rendu de statistiques. Une situation qui durera, indique Thierry Clair, le temps de « prendre contact avec le ministère de l’Intérieur pour voir comment régler ce problème ». 

Le problème en question, c’est donc l’attitude du président de la République, selon les représentants syndicaux. Tous demandaient « du soutien » de la part d’Emmanuel Macron, après les dernières semaines marquées par des affaires de bavures policières comme l’expulsion de migrants à Paris, et le cas Michel Zecler tabassé par des agents dans un studio de musique. L’entretien du président avec les journalistes de Brut avait pourtant bien démarré, estime Denis Jacob, « et puis il a vrillé devant le journaliste qui l’a poussé dans ses retranchements sur le fait que l’on contrôlerait davantage les ‘personnes non blanches’, pour reprendre ses termes. Avec ce propos il a effacé tout ce qu’il avait dit avant ». 

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« Systématiquement les policiers sont stigmatisés. Cette phrase, c’est vraiment la goutte d’eau, parce qu’il s’agit de la parole présidentielle. On est sous pression depuis trois ans, et là il joue les équilibristes entre nous et une partie de la population qui s’en prend à la police par les mots ou les actes », abonde Frédéric Lagache, délégué général d’Alliance. « Dire que c’est institutionnalisé, ça a fait péter un câble à tous les collègues », ajoute le représentant d’Alternative CFDT. Du côté d’UNSA, le délégué syndical doute d’autant plus de l’intérêt de la plateforme de signalement annoncée pour janvier qu' »il existe déjà une plateforme internet au sein du ministère de l’Intérieur » permettant de saisir l’IGPN. 

En 2017, un rapport du Défenseur des droits avait souligné le fait que les jeunes hommes « perçus comme noirs ou arabes » avaient vingt fois plus de chance d’être contrôlés que les autres. « 80% des personnes correspondant au profil de « jeune homme perçu comme noir ou arabe » déclarent avoir été contrôlées dans les cinq dernières années (contre 16 % pour le reste des enquêtés) », indiquait le document. Jacques Toubon, l’ancien titulaire du poste, avait appelé en juin 2020, avant de céder sa place à Claire Hédon, à la mise en place « d’une forme de traçabilité », précisant alors que les contrôles au faciès sont une « réalité sociologique » en France. 

Jacques Toubon avait toutefois modéré son propos : « J’ai reconnu une discrimination systémique, parce qu’il y avait en place un système de contrôles discriminatoires dans ce quartier, à l’égard de ce groupe de jeunes, mais ça ne veut pas dire que systématiquement, la police discrimine. » Cette nuance sémantique est importante pour les représentants des forces de l’ordre, qui reconnaissent volontiers des brebis galeuses dans leurs rangs, mais à « l’extrême marge » seulement. « Il ne faut pas nier qu’il existe une minorité de policiers qui ont des violences disproportionnées et des comportements racistes. Jusque-là, rien à dire, c’est conforme à ce que l’on dit de puis longtemps. Si on veut être crédible, il faut le reconnaître », admet sans attendre Denis Jacob. 

« Tout ce qui est excessif est insignifiant » 

« On a l’impression d’être dans une catégorie à part, et pas celle des puissants, clairement pas. Evidemment des images peuvent choquer, mais cette violence est aussi en réponse à la violence, et ensuite l’enquête détermine la vérité, en n’oubliant pas le principe de la présomption d’innocence », argumente Frédéric Lagache. Thierry Clair prend Jacques Toubon lui-même à témoin, rappelant que « le Défenseur des droits avait dit qu’il classait 90% des demandes portant sur des manquements dans la police, car ne méritant aucun traitement, n’ayant aucun sens. Pourtant Toubon disait à chaque fois ce qu’il avait à dire, y compris sur les violences policières ».  

Puis le représentant UNSA convoque Talleyrand : « Tout ce qui est excessif est insignifiant. On ne peut pas dire que la police est raciste ou violente. Certains oui, qui font preuve de moins de psychologie que d’autres, comme dans toutes les professions. » 

Estimant qu’Emmanuel Macron a joué un rôle double, cajolant les policiers avant de les lâcher en partie au cours de l’interview vendredi, les policiers ravivent le souvenir récent d’un ministre de l’Intérieur dont ils estiment « avoir eu la peau« , Christophe Castaner, qui avait parlé en juin de suspension systématiquement envisagée pour chaque soupçon avéré d’actes ou propos racistes », de la part d’un agent. Un mois plus tard, il était remplacé par Gérald Darmanin place Beauvau. « Je pense que les syndicats ont fortement joué dans la balance pour son départ », souffle Denis Jacob. 

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