MEMORABILIA

Ivan Rioufol: «Cet État de droit qui affaiblit la démocratie»

CHRONIQUE – C’est dans l’Europe dite de Visegrad (Hongrie, Pologne, Tchéquie, Slovaquie) que se vit la renaissance des peuples, des nations, des frontières. La férocité des mondialistes contre ces résistances est proportionnelle à la mise en cause de l’Europe multiculturelle.

Par Ivan Rioufol LE FIGARO 03/12/2020

Voici l’évangile des mondialistes: l’État de droit. «Il doit être respecté!», ordonnent aux nations indociles les missionnaires de la diversité. La Hongrie, la Pologne, la Slovaquie sont ainsi dans le collimateur de l’Union européenne. D’autres contestataires de l’ordre universaliste pourraient rejoindre la fronde, ouverte à propos du vote du budget européen. Georges Soros, promoteur de la société ouverte, se présente comme le «philanthrope» de cet ordonnancement supranational. Dans Les Échos, il étrille le Hongrois Viktor Orban, ce rebelle qui lui tient tête. Sans attendre la confirmation, par les grands électeurs américains, de la victoire de Joe Biden, les «progressistes» sont à l’offensive. L’État de droit est leur arme: il impose aux peuples de s’ouvrir à l’immigration et aux exigences des minorités, ethniques ou sexuelles. Cette Union dogmatique n’est pas celle dont rêvait Valéry Giscard d’Estaing, mort chez lui mercredi soir à 94 ans.

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Ces impératifs européens ont été sacralisés par leurs promoteurs. Toutefois, l’usage qui en est fait par les ennemis de l’Occident fait douter de la pertinence de l’édifice, constitué notamment par l’article 2 du traité de l’UE. De fait, les droits de l’homme, pierre angulaire du trompe-l’œil, sont les armes des intrus et des colonisateurs. Les clandestins y trouvent les protections qui leur permettent de se maintenir dans le pays illégalement atteint. Les islamistes en appellent à la non-discrimination pour exiger le respect de leurs mœurs et de leurs valeurs en terres européennes. L’association salafiste Barakacity, dissoute par le ministère de l’Intérieur, se présentait comme une aimable ONG. Elle en appelle à la Cour européenne des droits de l’Homme. Quant au Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), qui reçut l’aide de Soros et a été interdit à son tour, mercredi, il prétendait lutter contre le racisme en allumant des feux.

Les ex-pays de l’Est, qui ont subi la férule soviétique, sont rétifs aux coups de menton de l’UE. Ils contestent l’Union quand elle entend passer outre les souverainetés nationales, au nom d’une impérieuse idéologie moralisatrice. 

En réalité, le pouvoir des juges européens, gardiens de ce droit des puissants, affaiblit la démocratie. «Il n’y a pas de démocratie hors des traités européens», avait admis le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, en 2015. Les ex-pays de l’Est, qui ont subi la férule soviétique, sont rétifs aux coups de menton de l’UE. Ils contestent l’Union quand elle entend passer outre les souverainetés nationales, au nom d’une impérieuse idéologie moralisatrice. «Le droit n’est pas moins considéré à Budapest qu’à Bruxelles. Simplement il se nourrit à des sources plus profondes», remarque Thibaud Gibelin (1). C’est dans l’Europe dite de Visegrad (Hongrie, Pologne, Tchéquie, Slovaquie) que se vit la renaissance des peuples, des nations, des frontières. La férocité des mondialistes contre ces résistances est proportionnelle à la mise en cause de l’Europe multiculturelle, cheval de Troie du «great reset», cette réinitialisation du marché planétaire.

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Rien n’est plus légitime pour un pays que de vouloir retrouver la maîtrise de ses lois, de son destin: il est lié à une homogénéité, à un désir de transmettre un héritage culturel. C’est ce que visent les sénateurs français quand ils veulent «garantir la prééminence des lois de la République» pour défendre la laïcité. C’est cette voie que Donald Trump a ouverte pour les États-Unis, sous une avalanche de critiques: cette reconquête se maintiendra, en dépit de l’acharnement mis par les déracinés à faire tomber le porte-voix des enracinés. Reste que l’État de droit, tel qu’il est compris par ceux qui veulent toujours plus d’étrangers et de diversités, interdit le recours à ces protections. Les promoteurs du Nouveau Monde pourraient certes avoir raison, si leurs bilans étaient bons. Mais les guerres de races, de sexes, de religions, de générations, de classes sociales, de territoires, sont les produits diaboliques de leur Tour de Babel.

Dictature sanitaire

Emmanuel Macron n’est pas le dernier à accuser les pays d’Europe centrale de violer la démocratie libérale. «L’illibéralisme n’est pas notre identité», a-t-il expliqué, lundi, pour récuser ceux qui le voient malmener les libertés. Cependant, le chef de l’État est mal placé pour faire la leçon aux Hongrois ou aux Polonais, au prétexte qu’ils refusent de se soumettre à l’idéologie du métissage. Les atteintes aux libertés sont le lot courant d’une France qui passe d’un état d’urgence à l’autre, en agitant les peurs et infantilisant les gens. Dimanche, le Conseil d’État, sollicité par la Conférence des évêques et l’archevêque de Paris, a dû demander en urgence au gouvernement de faire cesser l’«atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale qu’est la liberté de culte» . L’absurde interdiction des messes à plus de trente personnes a été levée. Mais demeurent nombre de contraintes, à commencer par celles limitant la liberté d’entreprendre, d’aller et venir, de se rassembler, etc.

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Parler de dictature sanitaire n’est plus un trait polémique. Jamais le pouvoir n’a été concentré en si peu de mains ; jamais les contre-pouvoirs n’ont été aussi évanescents et contournés. La loi d’urgence sanitaire du 23 mars a aggravé la présidentialisation de la VeRépublique et son centralisme. Macron menace d’être «contraignant»dans l’isolement des contaminés. Il dit vouloir «empêcher» les Français d’aller skier à l’étranger. Le Conseil de défense sanitaire est le lieu clos où se décide le sort des citoyens. Le Parlement n’a jamais eu son mot à dire – et les Français encore moins – sur le choix du tout-sanitaire qui met la nation appauvrie à genoux. Et tandis que la France s’effondre, le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, institue un délit d’«écocide», mot creux qui invite à regarder ailleurs. Mais où sont les défenseurs des libertés?

Un écrivain devant la justice

Ces défenseurs des libertés ne sont, en tout cas, ni à l’Élysée ni à gauche. Le cynisme habite Macron quand il déclare à une revue en ligne (Le Grand Continent): «Le combat de notre génération en Europe sera un combat pour nos libertés. Parce qu’elles sont en train de basculer.» Ne voit-il rien de la chape de plomb qu’il a fait tomber sur le pays?

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Samedi, à Paris, une Marche des libertés cornaquée par l’extrême gauche disait défendre la liberté d’expression. Des médias (Le MondeParis Match, RFI, etc.) y défilaient sous leurs banderoles. La manifestation s’est transformée en procès antipoliciers, avec violences à la clef. La veille, l’écrivain Renaud Camus était à nouveau devant des juges pour répondre d’un simple tweet. Quatre mois de prison avec sursis ont été requis contre l’homme de Lettres, dans l’indifférence générale.

(1) «Pourquoi Viktor Orban joue et gagne», Fauves Éditions.

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