MEMORABILIA

«La France de non-droit»

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L’éditorial du Figaro, par Vincent Trémolet de Villers.Par Vincent Trémolet de Villers

7 décembre 2020.

Après les territoires perdus de la République, voici les heures abandonnées par l’ordre public. Dans les premiers, on agresse les policiers, les pompiers, on brûle les voitures, on dégrade aveuglément une bibliothèque, une école. C’est un chaos de périphérie, des saccages de banlieue. Dans les secondes, depuis trois ans, les centres-villes le samedi après 17 heures subissent une violence équivalente: vitrines détruites, véhicules en flammes, cocktails Molotov, forces de l’ordre prises en chasse. Dans les deux cas, les voyous – en banlieue, les jeunes des cités ; dans les villes, de petits bourgeois anarchisants – sont à la fête, la police joue avec un courage qui force l’admiration le rôle de cible autorisée. Puis des images de guerre civile tournent sur les écrans, le ministre de l’Intérieur tweete avec la plus grande fermeté, les pauvres commerçants ramassent à la pelle les morceaux d’une autorité réduite en miettes.

On se soucie de façon erratique du conflit de basse intensité qui se déroule dans des dizaines de quartiers en France. La preuve? Quand, le soir du 31 décembre, les incendies se multiplient par milliers sur les parkings, le langage médiatique courant invoque une «tradition de la Saint-Sylvestre». En revanche, le déchaînement de violence qui se déroule chaque week-end réveille les esprits. L’opinion s’interroge: mais qui sont ces casseurs qui saccagent sous nos yeux? Mais que fait la police?

En vérité, de Champigny-sur-Marne à l’avenue Gambetta, l’objectif est le même: faire plier par la force la force légitime. La réponse aussi est la même: subir, accepter les destructions matérielles, éviter l’affrontement.

Dès lors, comment s’étonner que cette violence – autorisée en creux – fasse jurisprudence? S’ensuit dans la population un sentiment délétère: l’État est plus précautionneux avec ceux qui le défient qu’avec l’honnête citoyen. On invoquera à juste titre la doctrine du maintien de l’ordre, les blocages du droit, le manque de moyens. Mais ce qui caractérise d’abord l’attitude des pouvoirs publics face aux deux visages de cette France de non-droit, c’est le renoncement. Autrement dit, l’absence de volonté et de courage politique.

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