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« LE RAP : DU GHETTO À LA DOMINATION MONDIALE »…

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Aujourd’hui que le son de la banlieue est devenu la b.o. du village global, il est peut-être temps de dresser un premier bilan. Dégénérescence généralisée ou expression insolite d’une jeunesse connectée ? On penche pour la première option mais on a tenté de rester ouverts. Retour sur l’épopée des Mozart de l’asphalte… 

L’INCORRECT

Le rap est originellement une musique urbaine, forcément liée à une contestation sociale et au déracinement des communautés immigrées. Sa préhistoire correspond aux premières tendances immigrationnistes des grandes puissances occidentales. En France, le regroupement familial a créé un appel d’air qui a profité au Capital et a contribué à la formation d’une contre-culture d’opposition, fermentée par des conditions de vie précaires et, plus tard, encouragée par l’ingénierie sociale propre à la gauche mitterrandienne, à ses think-tanks et à quelques organismes factieux comme SOS Racisme. D’un côté, la culture urbaine des minorités est née d’une légitime tentative de résistance culturelle face à un parcage généralisé dans des banlieues sinistres ; de l’autre, il a été peu à peu porté au pinacle par la politique socialiste, toujours désireuse de culpabiliser les Français et de stigmatiser l’héritage colonial.

De la contestation sociale à l’apologie maffieuse

L’histoire du rap est donc intrinsèquement liée à celle de l’immigration post-industrielle et à l’idéologie globaliste. Les premiers rappeurs ont trouvé leur inspiration à la fois dans la culture punk et dans les musiques noires populaires : jazz, soul et funk. Il s’agissait avant tout d’exprimer la voix des ghettos avec des moyens faméliques : c’est pourquoi, très vite, le rap s’est servi d’échantillons sonores et a privilégié la scansion du « spoken word ». Mais contrairement au punk ou au rock, le rap véhicula à ses débuts des valeurs plutôt positives : il fallait sortir du ghetto à tout prix, s’extraire de la dynamique mortifère des gangs, s’adapter et s’intégrer. Le grand tournant, c’est l’arrivée des majors qui découvrent là une musique simple à produire, simple à enregistrer, et surtout des artistes relativement malléables car pressés de s’extraire de leur condition sociale. 

Alors que la musique rock s’embourbait dans les excès et la parodie, le rap apparut alors comme un moyen facile d’obtenir de fructueux retours sur investissement

Les communautés noires, encouragées par le capitalisme sauvage et le mirage américain étaient spécialement solubles dans le dogme ultra-libéral et le culte de l’entreprenariat. Alors que la musique rock s’embourbait dans les excès et la parodie, le rap apparut alors comme un moyen facile d’obtenir de fructueux retours sur investissement. On sait de plus que le pouvoir transverse américain a toujours noyauté les mouvements dissidents et la contre-culture. Transformer une contestation sociale en une musique de divertissement apte à drainer les valeurs ultra-libérales de l’Amérique : voilà l’aubaine. À partir des années 90, le gangsta rap devient populaire en prônant la criminalité et l’argent facile, à travers des artistes désormais cultes comme Mobb Deep, Wu Tang Clan ou 2Pac.

Fantasmes virilistes pour jeunesse paumée

C’est aussi à ce moment que la rivalité entre la côte Ouest et la côte Est s’installe, encouragée par certains producteurs désireux d’entretenir à peu de frais une mythologie agressive, au nom de la fameuse « street cred » (« street credibility », pour crédibilité urbaine : avoir vraiment l’air d’une racaille). Le rap jouit d’une certaine authenticité que n’ont pas les petits rockeurs blancs, et qui fera l’objet d’une véritable course à la surenchère : la musique devient presque secondaire, ce qui compte avant tout, c’est de créer une nouvelle fiction populaire, celle du ghetto où viennent se cristalliser tous les fantasmes d’une Amérique obsédée par la violence et le conflit racial. 

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On passe en quelques années d’une musique sociale et politique à une musique qui utilise l’univers de la criminalité pour asseoir sa popularité et alimenter les fantasmes virilistes de toute une jeunesse en manque de repères. Le ghetto devient l’horizon esthétique de la bourgeoisie blanche, les USA exorcisant leur culpabilité coloniale en valorisant un communautarisme agressif. Les rappeurs d’alors furent-ils des idiots utiles ? C’est certain.

Ego-gonflette pour spectre post-national

C’est seulement à partir des années 2010 que la musique hip hop devient véritablement le nouveau rock et phagocyte la pop culture. D’une part, comme un retour d’acide du passé colonial : désormais, c’est la diaspora africaine qui colonise de l’intérieur les pays occidentaux, avec la bénédiction des moguls du divertissement. En prônant une culture hors sol et l’individualisme, le rap est tout à fait en accord avec la Weltanschauung du mondialisme décomplexé. D’autre part, parce que les blancs s’en sont emparés eux-mêmes. Il n’est bientôt plus la musique d’une seule communauté socialement et ethniquement identifiée, mais devient tout simplement le substrat mondial sur lequel chacun vient greffer son univers.

Rapper aujourd’hui, c’est avant tout savoir vendre un personnage construit de toutes pièces à partir de fantasmes narcissiques

Un peu partout et jusqu’en Europe de l’Est apparaissent des rappeurs qui glorifient non plus la banlieue ou la criminalité, mais simplement l’ego trip, que l’on traduira par « égo-gonflette » Rapper aujourd’hui, c’est avant tout savoir vendre un personnage construit de toutes pièces à partir de fantasmes narcissiques. Les rappeurs n’ont plus de message à délivrer, ils sont eux-mêmes leur produit. Dans certaines régions oubliées des États-Unis, c’est toute une frange de WASP paupérisés qui s’empare à son tour du rap pour faire valoir son identité : dépression, usage de drogues dures, y affleure même un certain romantisme noir et une fragilité jusque-là conspuée par nos gangsters noirs en mal de virilité (Suicide Boys, Bones, Lil’Peep).

Un genre schizophrène

Aujourd’hui les paroles de rappeurs relèvent davantage d’une sorte de découpage constant, pas si éloigné de la beat generation, qui privilégie la pure musicalité des mots et une sorte de logorrhée dadaïste plus ou moins inspirée. C’est le moment aussi où les rappeurs sortent du canevas indigéniste et socialiste : le cas Freeze Corleone, en France, est à ce titre exemplaire. Les rappeurs provocateurs et antisystèmes crachent désormais sur Jack Lang et il leur arrive même de vouer un culte à Jean-Marie Le Pen, quand ce n’est pas à Adolf Hitler. Un retournement ironique pour certaines élites condescendantes qui s’étaient tant acharnées à louer les mérites de la culture urbaine… 

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Aujourd’hui la culture hip hop singe le rock et développe une véritable esthétique du mal : conspirationnisme, culte de la violence, repli sur soi face à des institutions qui sont d’autant plus méprisées qu’elles les ont laissés dériver. Le rap dérange parce qu’il cumule une double fonction schizophrénique : musique populaire globaliste, d’un côté, avalisée par l’idéologie cosmopolite ; il peut, d’un autre côté, virer à une musique parfois cryptique qui se joue de la censure et parvient, dans le meilleur des cas, à renouer avec une réelle contre-culture, mais une contre-culture pour le moins dangereuse, puisque contrairement au public « éduqué » du rock, les gamins de cité ont bien du mal à faire la part des choses entre le réel et la fiction.

Une curieuse attraction

Le rap en France a une responsabilité réelle qu’il semble parfois incapable de mesurer, et dont il se joue avec un cynisme tout à fait actuel, en convoquant à dessein toutes les figures de la dissidence : l’islamisme y côtoie la glorification du deal de drogue dans une sorte de dissonance cognitive totale. Si le rap hexagonal est anti-France, c’est avant tout pour vendre des disques, et toujours avec la bénédiction de certains médias dominants : on se rappelle avec quelle complaisance Thierry Ardisson invita une vingtaine de repris de justice sur le plateau de son émission, en marge d’une performance du rappeur Sofiane. Celui-ci dira alors, un grand sourire aux lèvres : « Ce soir-là il y avait au moins 150 ans de peines de prison cumulées sur le plateau de Canal + ». Tout un programme.

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