MEMORABILIA

Malika Sorel : « Face à l’islamisme, je ne comprends pas pourquoi on continue à déplorer les conséquences dont on chérit les causes »

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LOI SÉPARATISME

Le nom du texte sur les séparatismes s’est transformé pour devenir le projet de loi “confortant les principes républicains”. À défaut de statuer sur une même littérature, le but fixé par le gouvernement reste-t-il le même ? 

Avec Malika Sorel ATLANTICO

Atlantico.fr : Le gouvernement devait voter un texte de loi contre les séparatismes, c’est finalement un texte “confortant les principes républicains” qui va être examiné. L’objectif reste pourtant le même, quel est-il et va-t-il dans le bon sens, par quels moyens ?

Malika Sorel-Sutter : L’intitulé est bon car les principes républicains ont besoin d’être confortés, mais j’ai du mal à voir de quelle façon ce texte de loi y parviendra. Il comprend plusieurs parties. Des articles ambitionnent de « garantir le respect des principes républicains » en sanctionnant leur non respect. Ils sont intéressants mais se bornent à tenter, péniblement, de courir après les conséquences. 

Dans d’autres articles, et au prétexte que cela serait plus simple d’assurer les contrôles qui lui incombent, l’État en vient à vouloir favoriser le financement du culte par le biais du passage des associations du régime de 1901 vers celui de 1905. Cette migration procure de nombreuses exemptions fiscales sur les donations et legs; les taxes foncière et d’habitation. L’État et les communes pourront garantir certains emprunts visant la construction de nouveaux édifices religieux et auront une plus grande facilité pour accorder des baux emphytéotiques au loyer symbolique… Selon le bon principe de Lavoisier « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », toute déduction fiscale correspond à une amputation équivalente de rentrées pour les caisses de l’État.

Le concept de « séparatisme » que le Président a fini par abandonner disait clairement ce qui est à l’oeuvre, à savoir la décomposition française. Peu à peu, la nation se décompose en groupes, et l’unité nationale s’enfuit, sacrifiée sur l’autel d’un vivre-ensemble qui a été dissocié des fondamentaux culturels du peuple français. Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi vient de le rappeler à sa manière en déclarant que “Les valeurs religieuses doivent avoir la suprématie sur les valeurs humaines”. En France, 57 % des jeunes musulmans pensent que la charia est plus importante que la République ( Ifop nov 2020). L’école a échoué dans sa mission et personne ne se demande pourquoi.

Atlantico.fr : Ce changement de nom, symbolique, témoigne-t-il d’un manque de volonté politique d’afficher clairement la visée du texte ?

Malika Sorel-Sutter : Je ne sais pas. Ce qui est sûr, c’est que les deux points les plus importants, ceux qui dessinent les contours du séparatisme ne figurent pas dans cet projet de loi. Ces deux points concernent la hiérarchie évoquée par Al Sissi entre la loi des hommes et la loi divine, et la perception du corps de la femme dont découle, pour une bonne part, son statut. Or comme l’avait très bien analysé Emmanuel Todd : « Au cœur du système familial, le statut de la femme, bas ou élevé, est essentiel. D’abord, parce qu’il définit en lui-même un aspect de l’existence sur lequel les peuples ne sont guère prêts à transiger. » (Le Destin des immigrés).

Eu égard à ma connaissance intime de ces sujets, je sais les ravages que peuvent provoquer les discours d’hommes et de femmes politiques disant aux enfants de l’immigration qu’ils sont victimes de la société française, qu’ils sont discriminés, qui parlent apartheid, ghettos et accusent même les policiers de se rendre coupables de « contrôle au faciès ». Ces discours engendrent une souffrance humaine terrible, terreau formidable pour un ressentiment prélude au développement potentiel d’une haine qui peut dans certaines situations faire naître des désirs de vengeance. Ces discours alimentent le séparatisme.

Atlantico.fr : Par lâcheté politique, ne risque-t-on pas d’ajouter un poids juridique supplémentaire à d’autres composantes de la société moins concernées par la menace séparatiste ?

Il est devenu impossible de dire ce qui est, et la raison en est simple : la démographie électorale. L’État, en dépit de toutes les informations de terrain, a persisté dans une immigration en provenance de sociétés qui avaient amorcé, depuis des décennies, un retour au religieux comme principe organisateur. Contrairement aux apparences, la situation actuelle n’est pas le fait des pays sources de l’immigration, mais celle des États des pays d’accueil. En accordant des titres de séjour à la plupart de ceux qui foulent le sol européen – même illégalement – ; en permettant l’auto-engendrement des flux migratoires par le biais des mariages – selon l’expression de la démographe Michèle Tribalat – ; en distribuant à tour de bras des papiers d’identité sans jamais poser l’assimilation comme préalable, ce sont eux qui ont créé une incitation au départ des migrants qui affluent désormais massivement vers l’Europe.

Dans le « poids jurique supplémentaire », il y a la question de la scolarisation à domicile déjà largement débattue, je n’y reviendrai pas. Je souhaite évoquer le chapitre consacré « aux dispositions relatives  à la mixité sociale dans les logements ». Des décisions extrêmement dures y figurent pour priver les maires de leurs prérogatives en la matière. Comme je l’explique dans mon livre, les Français ont été condamnés au châtiment du Tonneau des Danaïdes, car une très forte proportion des migrants provient de couches de sociétés dont le revenu par habitant est nettement inférieur à celui des sociétés d’accueil. Or jamais les Français n’ont décidé de cet état de fait, ce qui pose une nouvelle fois la question de la démocratie. Il faut rappeler ici que, dès 1981, Georges Marchais alors Secrétaire général du Parti communiste disait qu »il faut stopper l’immigration officielle et clandestine (…) Se trouvent entassés dans ce qu’il faut bien appeler des ghettos des travailleurs et des familles aux traditions, aux langues, aux façons de vivre différentes (…) Cela rend difficiles leurs relations avec les Français (…) Les charges d’aide sociale nécessaires pour les familles immigrées, plongées dans la misère, deviennent insupportables pour les budgets des communes. » Quarante ans après Georges Marchais, la question de l’immigration n’est quasiment jamais posée sur la table et lorsqu’elle l’est, les élites envisagent de nouveaux flux migratoires sous la forme de quotas à voter par le Parlement…

Atlantico.fr : Ce nouveau texte de loi est-il la preuve que l’on n’a pas su faire appliquer les lois préexistantes sur le sujet ? La complaisance de certains élus, fonctionnaires, ou groupes associatifs à l’endroit des séparatismes est-elle responsable de cet échec ?

Malika Sorel-Sutter : Oui, bien évidemment. D’ailleurs, un grand nombre d’articles de ce projet de loi sont superflus car nous disposons déjà de tout ce qu’il faut dans la loi. Au lieu de courir après les conséquences, il serait bien plus efficace de prendre les problèmes à la source. Dans ce texte de loi, il n’y a rien qui puisse permettre de sanctionner lourdement les élus qui se rendent dans les lieux de culte pour courtiser les voix des fidèles. Ces comportements sont légion de la part d’élus Français de souche sans oublier les élues qui se mettent un foulard sur la tête pour la circonstance. Je me souviens d’une ministre qui conseillait à une association de croyants musulmans de « faire du lobbying comme les autres cultes »… Pourquoi en vouloir ensuite à ces croyants ? J’ai de plus en plus de mal à comprendre cette société qui se lamente sur les conséquences dont elle chérit les causes.

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