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États-Unis : l’affaire Hunter Biden, le boulet de son père Joe ?

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Le fils du président élu a annoncé être visé par une enquête sur sa situation fiscale. Du pain bénit pour le camp Trump qui n’a pas attendu pour lancer l’offensive.

Durée : 4 min Article réservé aux abonnésHunter et Joe Biden, le 7 novembre 2020 à Wilmington, dans le Delaware

Hunter et Joe Biden, le 7 novembre 2020 à Wilmington, dans le Delaware

afp.com/Andrew Harnik

Par Paul Véronique le 11/12/2020 L’EXPRESS

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À quatre jours du vote des grands électeurs, l’affaire Hunter Biden se réinvite sur le devant de la scène aux États-Unis. Le fils du président élu a indiqué mercredi être visé par une enquête fédérale sur sa situation fiscale. « Je prends cela très au sérieux, mais j’ai confiance dans le fait qu’un examen professionnel et objectif montrera que j’ai géré mes affaires de façon légale et appropriée, y compris avec l’aide de conseillers fiscaux professionnels », a-t-il commenté dans un communiqué. 

L’enquête menée par le procureur du Delaware se concentre sur d’éventuelles violations des lois sur la fiscalité et le blanchiment d’argent, dans le cadre de transactions réalisées par Hunter Biden et ses associés en Chine, selon plusieurs médias américains. Des assignations à comparaître ont été envoyées mardi, dont une pour le fils du président élu, souligne l’agence Associated Press, précisant que les enquêteurs avaient attendu la fin des élections pour ne pas interférer dans le processus électoral.  

Biden fragilisé

Une affaire qui fait tache pour Joe Biden, dont la prise de fonctions le 20 janvier se déroulera au même moment qu’une enquête du ministère de la Justice sur son fils. Ce qui pourrait par ailleurs sérieusement compliquer la nomination du prochain procureur général des États-Unis, dont le département de la Justice doit pouvoir travailler indépendamment des intérêts personnels du président.  

« Le prochain ministre de la Justice sera chargé de superviser l’enquête du procureur du Delaware sur Hunter Biden. Donc il faudra un personnage irréprochable sur le plan éthique pour occuper ce poste ultrasensible », note la politologue spécialiste des États-Unis, Marie-Christine Bonzom. « Cette personne sera par ailleurs soumise à un examen extrêmement minutieux du Sénat, dont l’un des rôles est de confirmer les nominations du président. En effet, les sénateurs devront s’assurer qu’il n’y aura pas d’entrave à l’enquête ou de mutation du procureur du Delaware », ajoute-t-elle.  

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Dans une interview à CNN la semaine dernière, Joe Biden avait tenu à rappeler son attachement à ce principe de séparation entre le département de la Justice et la Maison-Blanche. « Je ne vais pas leur dire ce qu’ils doivent faire et ce qu’ils n’ont pas à faire. Je ne vais pas dire d’aller poursuivre A, B ou C », expliquait-il à la chaîne d’information. « Ce n’est pas mon rôle. Ce n’est pas mon ministère de la Justice, c’est le ministère de la Justice du peuple. Donc, les personnes ou la personne que je choisis pour diriger ce ministère seront des personnes qui auront la capacité indépendante de décider qui sera poursuivi ou non. »  

Reste que cette nouvelle révélation impliquant son fils ne devrait pas faciliter son entrée à la Maison-Blanche. « Cela fait des années que Joe Biden traîne les casseroles d’Hunter. Cette enquête fédérale qui touche à l’éthique et à la déontologie de la famille Biden va le fragiliser dès le début de son mandat », estime Marie-Christine Bonzom. Dans un entretien au New Yorker publié en 2019, Hunter Biden avait déjà présenté ses excuses à son père concernant ses écarts, après avoir abordé des sujets comme son combat contre l’alcoolisme et la toxicomanie, ou sa relation compliquée avec les femmes.  

Du pain bénit pour Trump 

Quoi qu’il en soit, Donald Trump n’a pas manqué d’utiliser cette enquête fédérale au profit de sa contestation des résultats de l’élection. Dans la soirée de mercredi le milliardaire a tweeté une citation d’une chroniqueuse du New York Post affirmant que « 10% des électeurs auraient changé leur vote s’ils avaient eu connaissance [de l’enquête sur] Hunter Biden ». Pendant la campagne présidentielle, le locataire de la Maison-Blanche avait déjà multiplié les attaques sur ce thème, allant jusqu’à présenter la famille Biden comme « une entreprise criminelle ».  https://platform.twitter.com/embed/index.html?dnt=false&embedId=twitter-widget-0&frame=false&hideCard=false&hideThread=false&id=1336847458836631553&lang=fr&origin=https%3A%2F%2Fwww.lexpress.fr%2Factualite%2Fmonde%2Famerique-nord%2Fetats-unis-l-affaire-hunter-biden-le-boulet-de-son-pere-joe_2140582.html&siteScreenName=lexpress&theme=light&widgetsVersion=ed20a2b%3A1601588405575&width=550px

Ses accusations de corruption se basaient notamment sur des articles du New York Post censés contenir la preuve d’une intervention de Joe Biden en faveur de son fils, du temps de sa vice-présidence. Le journal conservateur, qui s’était procuré une copie du disque dur de l’ordinateur de Hunter Biden, avait ainsi mis en ligne des e-mails datés de 2015, dans lesquels un membre de la direction de l’entreprise gazière Burisma s’exprimait en ces termes : « Cher Hunter, merci de votre invitation à Washington et de cette occasion de rencontrer votre père. » La preuve pour Donald Trump que Joe Biden avait abusé de ses anciennes fonctions pour aider le business de son fils.  

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Cette affaire ukrainienne avait déjà été au coeur du procès en destitution visant le président américain entre fin 2019 et début 2020. Le locataire de la Maison-Blanche avait été accusé d’avoir fait pression sur l’Ukraine afin que le pays enquête sur Joe Biden et les activités commerciales de son fils. Mais malgré les multiples enquêtes conduites à l’époque, rien n’avait jamais accrédité la thèse de Donald Trump sur un abus de pouvoir de Joe Biden.  Sur le même sujet

Dans le camp trumpiste, on voit en tout cas dans cette affaire l’occasion de prendre sa revanche. « Pourquoi les Fake News Media, le FBI et le DOJ n’ont-ils pas rapporté l’affaire Biden AVANT les élections ? Eh bien, c’est OK, nous avons quand même gagné l’élection – 75 000 000 VOTES !!! », s’est encore indigné Donald Trump sur Twitter ce vendredi, à l’instar de ses nombreux partisans. Ces derniers peuvent effectivement se frotter les mains, selon Blandine Chélini-Pont, professeure d’histoire contemporaine à l’Université Aix-Marseille, spécialiste des États-Unis. « Ce rebondissement leur offre un argument de plus pour alimenter la rhétorique qu’ils développent depuis des mois. C’est-à-dire que Joe Biden et sa famille sont corrompus », souligne-t-elle. Une publicité dont se serait sans doute bien passé Joe Biden, un mois et demi avant son investiture.  

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