MEMORABILIA

Sahara – Le coup de poker du roi du Maroc…


ÉDITO. Mohammed VI a obtenu de Washington un fabuleux cadeau diplomatique qui conforte son royaume fragilisé par la crise sanitaire et sociale.

Par Luc de Barochez Publié le 15/12/2020  | Le Point.fr 

 Son père en rêvait, lui l’a fait. En arrachant aux États-Unis la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, le roi Mohammed VI a obtenu un présent inestimable. La décision du président Donald Trump conforte l’intégrité territoriale du royaume chérifien. Elle lui apporte un avantage décisif dans la lutte d’influence qui l’oppose à Alger pour la suprématie au Maghreb.

Le souverain a accepté en contrepartie de renouer les relations diplomatiques avec Israël qui étaient gelées depuis la seconde intifada il y a vingt ans. Après les Émirats arabes unis, le Bahreïn et le Soudan, le Maroc est le quatrième État arabe en quatre mois à normaliser ses liens avec Jérusalem sous l’impulsion du président américain sortant. Peu nombreux étaient ceux qui auraient parié sur une telle performance !

Dans le cas du Maroc, il est vrai que l’intimité avec Israël a des racines profondes. Plus d’un Israélien juif sur dix est d’ascendance marocaine. Les deux pays entretiennent depuis des décennies d’étroites relations sécuritaires. Le Mossad aida par exemple le père de « M6 », le roi Hassan II, à éliminer l’opposant marocain Mehdi Ben Barka en 1965, à Paris. Le nouvel accord prévoit notamment des vols commerciaux directs avec Tel-Aviv et le développement des relations d’affaires. Cela augure de retombées touristiques et économiques qui seront bien utiles au royaume en ces temps de récession due au Covid. Il en est de même pour les 3 milliards de dollars d’investissements promis par les Américains.

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Vu de Rabat cependant, l’essentiel du nouvel accord se résume au feu vert de Washington à l’annexion de l’ancien protectorat espagnol, désertique mais riche en phosphates et, grâce à son immense façade sur l’Atlantique, en ressources de pêche. Depuis le cessez-le-feu qui a conclu la guerre de 1975-1991, le Maroc contrôle l’essentiel du territoire. Les Forces armées royales ont construit un mur de sable sur plus de 2 500 kilomètres de longueur et installé des champs de mines pour décourager les incursions du Front Polisario, un mouvement d’inspiration communiste, soutenu par l’Algérie et Cuba, qui revendique une « indépendance » devenue bien chimérique.

L’axe Jérusalem-Rabat prend à revers le Polisario et contrarie Alger, qui a instrumentalisé de longue date la revendication sahraouie pour affaiblir son voisin occidental. Le régime algérien a commis l’erreur de laisser le Hezbollah s’implanter ces dernières années dans les camps de réfugiés sahraouis sur son territoire. Les Libanais y ont formé et armé des militants indépendantistes. L’intrusion de cette milice supplétive de l’Iran dans le jeu maghrébin a poussé le Maroc à rompre en 2018 ses relations avec Téhéran. Et à compter plus que jamais sur Washington pour crever l’abcès.

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Mohammed VI court un risque en acceptant une normalisation avec Israël en l’absence de tout progrès sur la question palestinienne. « Commandeur des croyants », descendant en droite ligne du Prophète et héritier d’un royaume qui remonte au VIIIe siècle, le souverain met en jeu non seulement son prestige dans le monde musulman, mais aussi son autorité sur ses sujets. Dans l’Arab Opinion Index 2019-2020, un vaste sondage réalisé dans 13 pays arabes, 88 % des Marocains se disaient opposés à la reprise de relations avec l’État juif. Seuls 4 % y étaient favorables.

En liant la question controversée d’Israël à celle, beaucoup plus consensuelle au Maroc, du Sahara occidental, le souverain a coupé l’herbe sous le pied du Parti de la justice et du développement, d’idéologie islamiste, à l’approche des élections législatives prévues en 2021. Cette formation avait emporté les scrutins de 2011 puis de 2016, mais son bilan au gouvernement est maigre. L’économie marocaine est dans un état piteux, au terme d’une année noire. La crise sanitaire a réduit à néant le tourisme, vital pour le pays. La sécheresse a sinistré l’agriculture. Le chômage a explosé. Les finances publiques sont de plus en plus déficitaires.

En conséquence, les tensions sociales latentes ces dernières années devraient s’aiguiser. Une nouvelle intervention du FMI, qui a déjà apporté 3 milliards de dollars cette année, n’est pas exclue, avec conditions à la clé.

Enfin, l’humiliation indirectement infligée à l’Algérie sur le Sahara occidental ouvre une période lourde d’incertitudes au Maghreb. Le coup diplomatique concocté avec Washington a donné au Palais une bouffée d’oxygène. Mais Mohammed VI doit tenir la barre dans un environnement qui s’annonce de plus en plus houleux.

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