MEMORABILIA

«Le référendum, l’arbre qui cache la forêt»

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Il a osé! Emmanuel Macron veut sortir l’arme du référendum dans les derniers mois de son quinquennat pour inscrire la préservation de l’environnement dans l’article 1er de la Constitution. De prime abord, la réforme paraît pavée de bonnes intentions: qui, par les temps qui courent, peut s’afficher en ennemi de la protection de la nature? Le problème est que celle-ci figure déjà dans le préambule de la loi fondamentale depuis 2005. Dès lors, l’objectif du chef de l’État, qui ferait là d’une pierre deux coups, saute aux yeux: son image se verdirait avantageusement et ses adversaires seraient piégés en vue de la campagne présidentielle. Il est évident que la réalité sera pourtant moins simple.

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Politiquement, la manœuvre est risquée pour son auteur. Les Français répondent rarement à la question qui leur est soumise. Ils préfèrent juger celui qui la pose. Entre pandémie et crise sociale, dans quelle disposition d’esprit seront-ils à l’endroit d’Emmanuel Macron le jour J? Ils seront nombreux, à droite comme à gauche, à fourbir l’artillerie lourde pour persuader l’électorat de l’imposture. En cas d’échec, Emmanuel Macron trouverait certes là une bonne raison de ne pas se représenter, comme il l’a récemment suggéré. N’empêche, au petit jeu du quitte ou double, on n’a pas de mal à deviner de quel côté penche la balance élyséenne.

Économiquement et juridiquement, l’initiative est, qui plus est, dangereuse. Elle est l’arbre de l’écologie qui cache une forêt de périls en perspective. Dans l’hypothèse d’une victoire, il faut redouter la portée d’un tel référendum. Le droit d’entreprendre, celui de travailler et bien d’autres encore pourraient être remis en question dès lors que «la République garantit la préservation de la biodiversité et de l’environnement»? Qui en décidera? Le Conseil constitutionnel, qui soumettrait la société à une obligation immédiate de résultat?

Il était prévisible que le ver se cacherait dans le fruit de la Convention citoyenne sur le climat voulue par Emmanuel Macron. En cédant à la mode de la démocratie participative, le chef de l’État a mis le doigt dans un engrenage incontrôlable. «Le tout, dans l’audace, c’est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin», disait Cocteau.

YVES THRÉARD, LE FIGARO, 15 décembre 2020.

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