MEMORABILIA

Éric Zemmour: «La France qui craint le grand réchauffement contre celle qui a peur du grand déclassement»

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CHRONIQUELe choix des priorités n’est jamais innocent politiquement.

Par Eric Zemmour. LE FIGARO, 18 décembre 2020

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D’abord, on dit bien joué. C’est ainsi en France: le citoyen est aussi aficionado ; il apprécie les coups politiques comme un beau dribble en football. Et le coup du référendum est celui qui classe un président de la République: on se souvient de celui de Chirac sur le quinquennat, ou pour les plus anciens celui de Pompidou sur l’entrée de la Grande-Bretagne dans l’Europe. On se souvient même du référendum sur le référendum, comble de la subtilité manœuvrière de François Mitterrand, pour se sortir du guêpier de l’école libre. Le référendum sur l’écologie annoncé par Emmanuel Macron est de cette trempe: manœuvre tactique pour désarmer l’adversaire (les Verts et toute la gauche qui s’y est convertie), l’obliger à soutenir le président ou se renier. Et coincer un Sénat de droite contraint de donner son approbation.

Et puis, l’effet tactique se dissipe. L’aficionado laisse la place au citoyen. Et le citoyen au constitutionnaliste amateur. Arrêtons de triturer l’œuvre magistrale du général de Gaulle et de Michel Debré. Ne faisons pas du texte sacré ce que nous avons déjà fait de la loi: un bavardage, un ramassis de vœux pieux. Une Constitution doit être courte, disait Napoléon. Courte et obscure, renchérissait Talleyrand.

Menace djihadiste

L’écologie est-elle ce sujet fondamental qui nécessite de convoquer le peuple? Comme les institutions en 1958 et 1962, l’Algérie en 1961, l’Europe en 1992? En pleine crise sanitaire et confinements à répétition? Alors que rôde la menace djihadiste qui peut tuer n’importe où en France? Alors même que d’innombrables quartiers islamisés se détachent du reste du pays pour vivre selon d’autres mœurs et d’autres lois? Alors que la crise sanitaire va provoquer une crise économique et sociale d’envergure? Alors que l’immigration s’est depuis longtemps transformée en invasion, comme l’avait dit dès 1991 le président Valéry Giscard d’Estaing? Sauver la planète, c’est louable, mais sauver la France, c’est mieux. Plus à notre portée, en tout cas.

Le choix des priorités n’est jamais innocent politiquement. Aux dernières municipales, les Verts ont réalisé leur percée dans les métropoles. C’est son électorat de la présidentielle que Macron veut récupérer. On se souvient que les «gilets jaunes» s’étaient d’abord révoltés contre une taxe écologique. Il y a deux France, comme nous l’a appris Christophe Guilluy: celle des métropoles, qui se préoccupe d’écologie ; celle de la «périphérie», qui se préoccupe de social et d’immigration. La première craint le grand réchauffement ; la seconde, le grand déclassement et le grand remplacement. Le référendum sur l’écologie parlera à la première. C’est un référendum sur l’immigration qu’attend la seconde, alors même que le peuple français n’a jamais été consulté sur cette question qui est en train de bouleverser son identité.

Avec son référendum, Macron va coaguler ces deux France. Pas sûr que la sienne soit majoritaire. Un référendum, ça se gagne, mais ça se perd aussi: de Gaulle en 1969 et Chirac en 2005 s’en sont aperçus. Macron peut jouer et perdre. À la veille de la présidentielle! C’est ce que François Mauriac appelait «la maladresse des demi-habiles».

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