MEMORABILIA

Peggy Sastre – Les oubliés de la Convention citoyenne sur le climat (« le brassage de vent »)

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CHRONIQUE. Malgré le climat de discorde, Emmanuel Macron vante cette « expérience démocratique inédite ». Pourtant, rien n’est moins sûr.

Peggy Sastre. LE POINT, 18 décembre 2020.

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Il a fait une grosse colère. Le 4 décembre, lors d’une interview accordée à Brut vendue comme « sans filtre », le président Emmanuel Macron a laissé dégorger son indignation après des questions sur le devenir de la Convention citoyenne sur le climat. Il n’avait, a-t-il martelé en joignant le geste à la parole, pas de « leçons à recevoir » de ceux qui estiment les propositions détricotées, que l’heure serait au renoncement après les trop belles promesses. « Il n’y a jamais eu dans aucun pays au monde un gouvernement, des parlementaires, qui se sont autant engagés avec des citoyens », a encore insisté notre bon Jupiter. Il a tout à fait raison. Mais faut-il pour autant y voir et glorifier une « expérience démocratique inédite » ? Rien n’est moins sûr.

Déjà, pour qu’il y ait « expérience démocratique » digne de ce nom, il est nécessaire qu’un gouvernement, des parlementaires s’engagent avec des citoyens incarnant un minimum de représentation populaire. S’il a été rabâché que les membres de la Convention avaient été « tirés au sort », contrairement par exemple à un jury d’assises où la participation est obligatoire sous peine d’assez lourdes amendes, la participation effective à la Convention citoyenne sur le climat s’est en réalité faite sur une base volontaire. Certes, les membres étaient tirés au sort, mais ils ont tous eu le droit de refuser la convocation et de se désister. Un volontariat de fait qui a créé un biais de sélection, et ce dès le départ et qu’importe le battage sur l’inclusivité de la manœuvre vu qu’il est estimé qu’entre la moitié et les deux tiers des personnes tirées au sort ont préféré ne pas donner suite.

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Qui sont ces démissionnaires ? L’hypothèse la plus évidente, c’est qu’il s’agit de gens qui ne s’intéressaient pas à l’écologie et/ou qui n’estimaient pas avoir de temps à y consacrer. Un détail qui a plus que son importance, car si la Convention prétendait exprimer la mentalité des citoyens français sur les questions écologiques, alors il fallait aussiprendre en compte ceux qui s’en moquent complètement. Soit les grands absents de cette prétendue « expérience démocratique inédite ».

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Il en va donc d’un décalage d’envergure entre le projet et le livrable, comme on dit dans la start-up nation. La Convention n’a pas représenté ce qu’elle était censée représenter. On était loin d’un tirage aléatoire susceptible d’approximer la population française, mais bien en plein dans une sélection de volontaires disposés à consacrer pas mal de temps à des questions énergie-climat… et donc plus que probablement animés par un biais de sympathie, voire de militance pour les sujets écologistes.

Trop d’ambition

Un autre reproche à faire à la Convention citoyenne concerne son ambition caractéristique d’un « qui trop embrasse mal étreint. » Pour filer l’analogie judiciaire, contrairement à un jury d’assises où les jurés n’ont qu’une question des plus simples à considérer – au-delà de tout doute raisonnable, l’accusé est-il coupable ? –, mais doivent quand même y répondre après avoir écouté une masse bigarrée d’intervenants – police, avocats, procureur, experts mandatés par la cour etc. –, les membres de la Convention citoyenne ont été mis face à une question énorme – que faut-il faire pour le climat ? – qui mobilise depuis des décennies des milliers de chercheurs ayant produit des milliers de rapports d’un niveau de spécialisation extrême.

Même en se référant aux jurys citoyens comme l’Irlande a pu en organiser, les sujets abordés y furent là aussi relativement simples – la légalisation du mariage homosexuel et de l’avortement – et les membres confrontés à un tas d’experts divers et variés avant d’avoir à donner leur avis. L’exemple irlandais, Macron ne cesse de le citer en prétendant qu’on aurait fait mieux. Sauf que non, demander à des quidams d’émettre des propositions susceptibles d’acquérir valeur de loi – et donc, de contrainte – sur une problématique qu’on ne s’est même pas donné la peine de circonscrire, ce n’est pas « faire mieux », c’est se disperser et prendre le risque, en procédant d’une manière aussi totalement aberrante, de partir dans tous les sens. En général, ce genre d’expéditions ne peuvent avoir qu’une seule issue à peu près positive : le brassage de vent.

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