MEMORABILIA

Affaire de Malicornay: “ Mon histoire fait prendre conscience du naufrage de l’Education nationale ” Matthieu Faucher.

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ENTRETIEN. Matthieu Faucher, professeur des écoles dans l’Indre, a été sanctionné par l’Éducation nationale en 2017 pour avoir fait étudier des extraits bibliques dans sa classe de CM1-CM2. La justice vient d’estimer qu’il n’a commis aucune faute professionnelle.

Matthieu Faucher : “ Mon histoire fait prendre conscience du naufrage de l’Education nationale ”

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La rédaction de FRONT POPULAIRE. Publié le 22 décembre 2020

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Front Populaire : Vous venez d’avoir le jugement de votre procès. Quel est-il ? vous satisfait-il ?

Matthieu Faucher : La Cour d’appel administrative de Bordeaux a estimé que la sanction qui m’avait visée en juin 2017 était illégale et serait donc purement et simplement annulée. Les juges ont estimé que je n’avais commis aucune faute professionnelle, que ma séquence composée d’extraits bibliques était pertinente, sans excès dans sa durée, adaptée à l’âge de mes élèves et surtout parfaitement conforme aux programmes de l’école primaire. En outre, il est établi que je n’ai en rien contrevenu à mes obligations de neutralité et de laïcité. Bref la Cour a intégralement balayé les accusations de l’ancien directeur académique de l’Indre, de la rectrice de l’académie Orléans-Tours et de M. le ministre lui-même, c’est pour eux une défaite totale. Mon seul regret est qu’il ait fallu presque quatre ans pour que la justice et la vérité éclatent enfin.

FP : Sanctionné par votre hiérarchie, vous avez quitté votre poste et vous effectuez depuis des remplacements. Que va-t-il se passer dorénavant pour vous ? Où allez-vous enseigner ?

M. Faucher : En théorie, ce jugement me rend immédiatement le poste dont on m’a privé à l’école de Malicornay (Indre). En pratique, ce sera plus compliqué : je ne veux en aucun cas perturber la sérénité retrouvée de l’école, de ses élèves et de l’enseignant actuellement en poste. Même si ce poste me revient de droit, l’école de Malicornay ne m’appartient pas, ses élèves encore moins et le village a déjà suffisamment souffert en 2017 d’une situation qui n’était pas de mon fait. La décision de revenir ne pourrait être prise que dans la concertation et avec beaucoup de précautions, prenons le temps… Pour l’heure, je continuerai à effectuer des remplacements dans le département et mes activités syndicales pour Action&Démocratie CFE-CGC occupent déjà une grande partie de mon temps, au service de mes collègues.

FP : Pensez-vous qu’il y aura un « avant » et un « après » ce jugement concernant l’enseignement culturel de textes religieux à l’école ? A titre personnel, allez-vous continuez ?

Matthieu Faucher : Je l’espère évidemment ! Je n’ai rien à retirer à ce que Jean-Michel Blanquer déclarait en 2018 au sujet de l’enseignement laïc du fait religieux, enseignement qui fait partie intégrante des programmes. Cet enseignement est non seulement autorisé mais aussi plus que jamais nécessaire. Je suis néanmoins conscient que c’est un sujet sensible et que la mort atroce de Samuel Paty risque d’accentuer encore le phénomène d’auto-censure chez les enseignants. Tout au moins, il serait heureux que le ministère prenne acte de la décision de la Cour d’appel de Bordeaux et fasse le nécessaire auprès de ses services afin qu’il n’y ait pas d’autre « affaire Malicornay », afin qu’il n’y ait pas d’autres enseignants poursuivis pour avoir voulu apporter à leurs élèves le bagage culturel auquel ces derniers ont droit. Car on ne peut hélas que le constater : la culture générale est de moins en moins encouragée, même dans les grandes écoles, perçue comme inutile voire -pire- « discriminante » ! Le résultat de cette folie est que les jeunes générations, déracinées, évoluent dans un monde dont ils ont perdu les clés !

FP : Que retenez-vous de cette histoire ? Que vous a-t-elle appris ?

M. Faucher : Je n’aurais jamais imaginé qu’une telle histoire pourrait m’arriver. Je mesure chaque jour la chance extraordinaire que j’ai eue d’être soutenu comme je l’ai été, face à ma hiérarchie. Je comprends désormais ce que peut ressentir n’importe quel enseignant, fonctionnaire, salarié, lorsqu’il est injustement attaqué et dégradé: seul, il est presque impossible de faire face à un tel rouleau compresseur. Les enseignants doivent retrouver le sens du collectif qui a largement disparu.

Cette histoire m’a contraint à « sortir » de ma classe, à prendre conscience du naufrage que vit l’Education nationale, du désespoir légitime de beaucoup de mes collègues, du fonctionnement inhumain de cette administration qui peut broyer des pions sans rencontrer, en interne du moins, le moindre contre-pouvoir. Plus personne ne devrait fermer les yeux.

Je n’étais pas meilleur que la plupart de mes collègues : à l’abri entre quatre murs, je croyais pouvoir lâchement ignorer la détresse de mes collègues des classes mitoyennes… La sérénité de mes quinze premières années de carrière est révolue, plus rien ne sera jamais comme avant.

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