MEMORABILIA

Marion Maréchal: “le mensonge est la marque de fabrique du président et du gouvernement”

Marion Maréchal à la “Convention de la droite”, en septembre 2019. Photo © Sameer Al-Doumy / AFP

Vaccin faussement obligatoire : pour Marion Maréchal, “le mensonge est la marque de fabrique du président et du gouvernement”

Par  Jules Torres. Publié le 23/12/2020 VALEURS ACTUELLES

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Marion Maréchal a lancé la fronde contre le projet de loi sur la gestion des urgences sanitaires déposé par le gouvernement lundi 21 décembre, puis reporté sine die par Olivier Véran. Auprès de Valeurs actuelles, la directrice de l’Issep fustige un texte liberticide qui oblige une vaccination de fait des Français. Entretien.

Valeurs actuelles. Vous avez alerté sur le projet de loi « instaurant un régime pérenne de gestion des urgences sanitaires », déposé en procédure accélérée par le gouvernement. Pourquoi ce texte vous choque ? 
Marion Maréchal.
 Avec le centre d’analyse et de prospective (CAP) de l’Issep, nous faisons une veille législative. Lundi soir, nous avons constaté que personne n’avait relevé ce projet de loi liberticide, qui, sans surprise, n’a eu aucune communication de la part du gouvernement, si ce n’est un petit entrefilet dans le compte-rendu du conseil des ministres. Ce projet de loi comporte plusieurs problèmes : le moment du dépôt, le choix de la procédure accélérée et surtout certaines propositions qui portent atteinte aux libertés fondamentales. Premièrement, que le gouvernement dépose un tel projet de loi un 21 décembre n’a rien d’innocent. L’idée est de torpiller les critiques éventuelles par les vacances de Noël, car les Français ont déjà la tête ailleurs. D’autant plus que ce projet de loi est déposé en procédure accélérée. Il n’y aura donc qu’une seule navette parlementaire et le temps accordé aux débats sera limité par le gouvernement. Sur un projet de loi aussi important, recourir à la procédure accélérée n’est pas un acte anodin vu les circonstances. 

Quelles propositions portent atteinte à nos libertés fondamentales ? 
Si ce texte passe, le gouvernement pourra décréter l’état de crise sanitaire – et non pas d’urgence sanitaire – par décret sans passer par le Parlement. On notera d’ailleurs que le terme d’« état de crise sanitaire » a un contour assez flou. Le gouvernement pourra donc unilatéralement prendre des mesures extrêmement liberticides, sur la liberté de circuler notamment. Ce projet de loi permet également, dans le cadre d’une gestion de crise, de pouvoir porter atteinte au secret médical et inscrit dans le droit un texte général qui permettrait de traiter toutes les épidémies en sortant du cas exceptionnel dans lequel nous sommes aujourd’hui. 

Pire encore, le gouvernement met en place un système qui organise la mise au ban de la société des non-vaccinés. Ils vont rendre obligatoire la vaccination de fait car les personnes non-vaccinées ne pourront plus prendre les transports en commun, prendre l’avion ou aller au restaurant quand ceux-ci seront ouverts. C’est une obligation dissimulée de vaccination. Dans un contexte de défiance générale à l’égard du gouvernement ou des vaccins, j’ai peur que cette mesure liberticide soit explosive. 

Emmanuel Macron avait pourtant affiirmé que ce vaccin ne serait pas obligatoire ? 
On voit bien qu’on est face à un mensonge éhonté du président de la République et du gouvernement. Oui, Emmanuel Macron s’était engagé à ce que le vaccin ne soit pas obligatoire. Le mensonge est la marque de fabrique du président et du gouvernement. C’est absolument indéniable. Ils en ont fait la démonstration à de multiples reprises au cours de cette crise avec des mensonges institutionnalisés. C’est d’autant plus malheureux qu’il y a aujourd’hui une défiance générale de la population à l’égard de ce gouvernement. Aujourd’hui, plus aucune autorité ne fait consensus. On ne fait plus confiance aux politiques, aux journalistes, aux juges et même plus aux médecins… 

De l’autre côté, le gouvernement ne fait confiance ni à la population, ni au Parlement. Dans son interview à Brut, Emmanuel Macron avait annoncé qu’il ne pourrait peut-être pas se représenter en 2022 parce qu’il devrait prendre des décisions plus dures, sans préciser lesquelles. Peut-être en voit-on les prémices avec ce projet de loi et cette vaccination obligatoire de fait. 

Le Conseil d’Etat a rendu un verdict plus ou moins ambigu sur ce projet de loi, qu’en pensez-vous ?
C’est incroyable mais je ne suis pas surprise car le Conseil d’Etat est une juridiction qui, très souvent, est servile à l’égard du pouvoir alors qu’elle est censée être la garante des libertés fondamentales. Son positionnement est très idéologique. Quand il s’agit de défendre la liberté des migrants et tous les dispositifs qui permettent de faciliter l’immigration de masse, il n’y a aucun problème, mais quand il s’agit d’être présent pour préserver les libertés essentielles des Français, le Conseil d’Etat est absent. Malheureusement, je ne suis pas sûre qu’il faille en attendre plus du Conseil constitutionnel quand on connaît la présidence de cette juridiction…

Peut-on néanmoins comprendre que le gouvernement souhaite créer un outil législatif qui permettrait de ne pas imposer les contraintes d’un confinement prochain aux personnes qui seraient vaccinées ? 
Je vois bien que cet argument va souvent revenir, mais je n’y crois pas. Les Français ont de bonnes raisons de craindre ce vaccin, qui n’a pas été réalisé dans des conditions normales, il faut le rappeler. Le développement d’un vaccin dure normalement dix ans. Or, celui-ci a été développé en seulement huit mois. De plus, le Parlement européen a voté cet été un règlement dérogatoire qui permet aux laboratoires pharmaceutiques de se dispenser d’un certain nombre d’études. Et quand on connaît les casseroles que possèdent Pfizer, j’estime que les Français sont légitimes à s’inquiéter de ce vaccin.

Le gouvernement méprise-t-il les Français ? 
En tout cas, il passe son temps à se laver les mains et à rejeter la responsabilité de la situation sur le peuple français. C’est extraordinaire. Depuis huit mois, il y a une succession de mensonges, d’incohérences, d’incuries sur la manière de gérer cette crise qui n’est elle-même que le résultat des décisions prises par le passé. Et notamment par certaines personnalités de ce gouvernement comme Jean Castex et Olivier Véran, qui ont été des acteurs de la déstructuration de l’hôpital public. Ces gens sont coresponsables de la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui et se retrouvent à prendre des décisions que je trouve incohérentes et disproportionnées. 

On parle souvent des conséquences du non-confinement, mais peut-on parler des conséquences du confinement ? Il y aura des conséquences sociales et économiques dramatiques. Je rappelle que la crise sanitaire a fait basculer plus d’un million de Français dans la pauvreté. Les conséquences sanitaires seront aussi catastrophiques. Des médecins indiquent que les gens ne viennent plus les consulter pour autre chose que les symptômes du Covid. Par incidence indirecte, il y aura des milliers de morts d’autres maladies. Le gouvernement continue à s’entêter en ne voulant pas faire de protection ciblée… On a même interdit la prescription de certains médicaments comme l’hydroxychloroquine. C’est inédit dans l’Histoire. Les médecins connaissent leurs patients. Il n’y a pas de remède miracle, mais on sait que certaines molécules calment les symptômes. 

Craignez-vous que l’état d’urgence sanitaire s’immisce dans le droit commun comme l’a été celui sur le terrorisme ? 
C’est le même phénomène. Sous François Hollande, nous avions un état d’urgence dans le cadre de la lutte contre le terrorisme qui était lié à l’urgence. Celui-ci était encadré par des circonstances très particulières et sous contrôle du Parlement, mais a été transposé dans le droit commun. Nous vivons, avec l’état d’urgence sanitaire – ou l’état de crise sanitaire – , la même chose. On veut mettre dans le droit commun une loi d’exception pour la gestion des crises. Mais ici, le Parlement n’a aucun contrôle dessus. Le gouvernement pourra décréter cet état de crise sanitaire sans son aval. J’ai le sentiment que le gouvernement ne veut plus vivre le parcours du combattant qu’il avait vécu au moment de la prorogation de l’état d’urgence sanitaire quand les parlementaires avaient bataillé pour obtenir une proportionnalité entre l’objectif de préservation de la santé publique et l’atteinte aux libertés. Ils ne veulent plus s’encombrer des débats au parlement et de l’opposition. Mais quand on touche aux libertés fondamentales, la moindre des choses est d’obtenir un consensus. 

Que pensez de la volonté du gouvernement de passer outre le Parlement ?
Le Parlement a disparu mais le problème est qu’il va disparaître de plus en plus. Aujourd’hui, l’exécutif cherche à contourner cette institution. Il y a malgré tout le Sénat, tenu par les Républicains, qui oblige les navettes. On comprend ce choix car la majorité est fragile. Ils n’ont pas envie de se mettre en difficulté. Il ne faut pas oublier que la plupart des élus expérimentés de la majorité sont des anciens socialistes. Comment vont-ils accepter cette remise en cause des libertés ? Tout ça est d’autant plus pervers que dans le même temps on nous annonce un grand référendum gadget sur l’environnement pour se donner un posture de grand démocrate qui recourt au peuple. Quand on voit en parallèle ce qui est fait dans la méthode et dans le fond, on voit bien que c’est une manière de s’acheter une bonne réputation à peu de frais. 

Ce projet de loi est-il la goutte de trop en matière d’atteinte aux libertés sous le quinquennat d’Emmanuel Macron ?
Le gouvernement, depuis le départ, a quand même tendance à porter atteinte, de manière incorrecte et disproportionnée, à de très nombreuses libertés fondamentales. Ce n’est pas la première fois. On le voit dans la lutte contre le terrorisme islamiste où l’exécutif porte atteinte à la liberté de culte et à la liberté d’association. Parfois de manière justifiée eu égard à l’ordre public, mais parfois de manière complètement disproportionnée, je le répète. Il suffit de regarder la question de la liberté de l’enseignement, avec une école à la maison qui devient un régime dérogatoire et n’est plus un régime de déclaration mais d’autorisation avec des contrôles importants sur les écoles privées hors contrat, alors même que le problème de la radicalisation passe principalement par l’école publique. On se rappelle aussi de la loi Avia, quand le gouvernement avait tenté d’organiser une véritable censure par les réseaux sociaux. Une censure déléguée aux réseaux sociaux eux-mêmes ! Depuis que ce gouvernement est aux affaires, il n’y a pas une liberté à laquelle ils n’ont pas touché ! Je suis assez gênée par ce manque de précaution et de discernement. Normalement, on ne touche aux libertés fondamentales qu’avec une main tremblante et toujours de manière proportionnée avec l’ordre public. Mais aujourd’hui, cet équilibre est rompu. 

La question de ce vaccin devenu de fait obligatoire va être un catalyseur de recomposition politique. Les Français vont se sentir concernés dans leur quotidien. Quand vous avez déjà une situation sociale compliquée, où vous ne touchez que 84 % de votre salaire, c’est considérable. Le gouvernement risque politiquement d’être ébranlé, à condition que l’opposition politique se réveille. 

Comment faire pour que le peuple retrouve le goût de la liberté ? 
Je pense au contraire que les Français l’ont toujours, mais qu’ils n’arrivent pas à traduire ce mécontentement. Quand vous vous levez le matin, que votre société est au bord du gouffre, que vous n’arrivez pas à joindre les deux bouts, c’est compliqué de se mobiliser politiquement. Il n’y a pas eu de moments intermédiaires pour qu’ils s’expriment. Je ne soupçonne pas du tout les Français d’avoir abandonné leurs libertés fondamentales.

Le gouvernement a reporté sine die le projet de loi le 22 décembre, comment l’analysez-vous ?
Je pense que le gouvernement n’imaginait pas une telle levée de bouclier un 22 décembre. Il espérait sûrement que les vacances de Noël cassent l’élan de la contestation. Ce report est une bonne chose mais ce n’est qu’un report, il faudra donc rester vigilant car le gouvernement espère sûrement réussir à préparer les esprits.

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