MEMORABILIA

Quand les Turcs envahissaient l’Europe

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GRAND RÉCIT – De la conquête de Constantinople (1453) au traité de Sèvres (1920), chronique de cet Empire ottoman qui, né en Asie, n’aura eu de  cesse d’étendre ses ambitions – politiques, religieuses et artistiques – jusqu’au cœur du continent européen.

Le 29 mai 1453, Mehmed II s’empare de Constantinople, dont la population chrétienne est massacrée. Il transforme la basilique Sainte-Sophie en mosquée après avoir profané son autel et récité la prière musulmane. Fine Art Images/Heritage Images/ChristopheL

Il y a cent ans, le 10 août 1920, le traité de Sèvres marquait le démantèlement de l’Empire ottoman. Les Turcs, engagés dès 1914 aux côtés des Puissances centrales, avaient repoussé Anglais et Français en 1916 lors de la bataille des Dardanelles, puis subi, en 1917, la révolte arabe attisée par les Britanniques. Après avoir perdu la Palestine, la Syrie et le Liban, ils avaient capitulé sans condition le 30 octobre 1918. Mehmed VI, le dernier sultan, avait dû assister, impuissant, à l’occupation d’Istanbul par les Alliés, ainsi qu’à la signature de ce traité de Sèvres qui, réduisant la Turquie au plateau anatolien, signifiait la mort de l’empire fondé plus de six siècles auparavant par ses aïeux. En 1922, Mustafa Kemal abolirait le sultanat, prélude à la proclamation, en 1923, de la République de Turquie.

Le tsar Nicolas Ier, s’adressant en 1853 à sir G. H. Seymour, l’ambassadeur britannique à Saint-Pétersbourg, avait qualifié l’Empire ottoman d’«homme malade de l’Europe». L’expression était restée. Longtemps, longtemps, pourtant les Européens avaient tremblé devant cet empire.

C’est au début du XIe siècle que les Turcs, partis de l’Asie centrale, apparaissent en Anatolie. En 1071, les Seldjoukides, une tribu turque islamisée, sortent victorieux de la bataille de Manzikert contre l’empereur byzantin Romain IV Diogène, succès qui leur permet de se fixer en Asie mineure. En 1176, l’empereur Manuel Ier Comnèneveut reprendre le terrain perdu cent ans plus tôt par Byzance, mais il est mis en déroute par les Turcs lors de la bataille de Myriokephalon. S’enracinant définitivement en Anatolie, les Seldjoukides fondent le sultanat de Roum, dénomination tirée de l’Empire romain d’Orient, dont les habitants chrétiens passent sous la coupe du sultan avec le statut de dhimmis. En 1204, le sac de Constantinople par les Occidentaux, lors de la quatrième croisade, affaiblit brutalement l’Empire byzantin, même si l’empereur Michel VIII reprend la ville soixante ans plus tard.

À la fin du XIIIe siècle, le sultanat seldjoukide est divisé par des conflits internes. Osman, le chef de clan d’un beylik (territoire) du nord de l’Anatolie, en profite pour prendre son indépendance, fort de la légitimité qu’il a acquise en combattant Byzance. Sans le savoir, il fonde une dynastie dont le nom dérivera du sien: les Ottomans. Au XIVesiècle, Orhan, le fils d’Osman, s’empare de Brousse et de Nicée (deux villes aujourd’hui situées en Turquie). Mais, en 1345, sollicités par Jean VI Cantacuzène qui cherche à s’emparer du trône impérial, les Ottomans traversent les Dardanelles et soumettent la Thrace au nom de l’empereur byzantin. Ils en profitent, toutefois, pour fonder à Gallipoli, en 1353, le premier établissement turc sur le continent européen.

La décisive bataille de Kosovo

À la fin du XIVe siècle, avec Murad Ier, les Ottomans poursuivent leur lente et sûre ascension. Le sultan crée les janissaires, un corps de fantassins d’élite qui sont recrutés parmi des chrétiens qui, enfants, ont été enlevés à leurs familles et convertis de force à l’islam, soit en tant que prisonniers de guerre, soit en application d’un décret obligeant les familles chrétiennes des territoires conquis par les Turcs à donner un de leurs fils sur cinq au sultan. Sous le règne de Murad Ier, les Ottomans attaquent les Balkans. Après avoir conquis la partie orientale de la Thrace et installé leur capitale, en 1365, à Andrinople (aujourd’hui Edirne, en Turquie d’Europe), ils pénètrent en Bulgarie. En 1389, Murad Ier est tué lors de la bataille de Kosovo, mais les Serbes ont été vaincus et ce peuple chrétien passe sous domination ottomane. En 1396, c’est au tour des Bulgares, battus à la bataille de Nicopolis (aujourd’hui Nikopol, en Bulgarie) de passer sous le joug des Turcs.

Le sultan Bayezid Ier conquit de nombreux territoires en Europe et en Asie. Bridgeman Images

Le sultan est alors Bayezid (Bajazet) Ier, qui étend l’État ottoman en Anatolie, termine de conquérir la Serbie et la Thessalie, puis entreprend le siège de Constantinople. La capitale byzantine, cependant, est sauvée par l’irruption des Mongols de Tamerlan sur les arrières des Ottomans. Vaincu et fait prisonnier lors de la bataille d’Ankara, en 1402, Bayezid meurt en captivité. Mais Tamerlan, après avoir atteint Brousse, retourne vers l’Asie après avoir pillé le territoire ottoman.

Et Sainte-Sophie devint une mosquée…

Une vingtaine d’années plus tard, un autre sultan, Murad II, assiège de nouveau Constantinople. S’il échoue à prendre la ville, il contraint l’empereur à lui payer un tribut. Murad II, par ailleurs, s’empare en 1430 de Thessalonique, ville du nord de la Grèce que détenaient les Vénitiens. En 1440, il met le siège devant Belgrade, mais la ville résiste. Ladislas III Jagellon, roi de Pologne et de Hongrie, organise une croisade contre les Turcs avec le soutien du pape Eugène IV, mais il est vaincu, en 1444, par les troupes de Murad II, à la bataille de Varna (aujourd’hui en Bulgarie). Le sultan annexe encore la Morée (le Péloponnèse grec), puis écrase les Hongrois lors de la deuxième bataille de Kosovo, en 1448. À cette date, l’ensemble des Balkans est sous contrôle ottoman.

Il appartiendra au fils de Murad II, Mehmed II, d’en finir avec l’Empire byzantin, alors circonscrit à la ville de Constantinople. En avril 1453, le jeune sultan assiège la cité dont les murailles sont bombardées, tandis que la flotte ottomane attaque par le Bosphore et la mer de Marmara, et pénètre aussi dans le chenal de la Corne d’Or. Le 29 mai 1453, la petite garnison de la capitale byzantine cède: des dizaines de milliers de soldats turcs investissent la ville dans laquelle l’empereur Constantin XI, réfugié dans la basilique Sainte-Sophie, meurt les armes à la main. Après trois jours de massacre, la prière musulmane retentit dans Sainte-Sophie, transformée en mosquée. Si lettrés et savants ont pu fuir, emportant avec eux les trésors de la culture grecque, les habitants qui ont survécu sont réduits en esclavage. Dans tout l’Occident, la chute de Constantinople constitue un choc, puisque c’est une ville à la fois grecque, romaine et chrétienne qui tombe aux mains des Barbares. Soudain, les Européens mesurent pleinement que les Turcs forment une grande puissance du monde de leur époque.

En 1458, Mehmed II s’installe à Constantinople. Renommée Istanbul, la cité devient la capitale de ce qu’il faut bien appeler l’Empire ottoman. Car, après s’être emparé de la Bosnie et de l’Albanie, le sultan conquiert l’Anatolie orientale jusqu’à l’Euphrate, met la main sur Trébizonde, principauté grecque qui s’était maintenue après la chute de l’Empire byzantin, puis occupe Athènes et les places génoises et vénitiennes de la mer Égée. Il enlève enfin la Crimée aux Génois, et prend pied en Italie en installant un comptoir à Otrante.

Au tournant du XVe et du XVIe siècle, Matthias Corvin, roi de Hongrie, contient la poussée ottomane sur le continent européen. Mais sur mer, les Turcs remportent une victoire contre les Vénitiens lors de la première bataille de Lépante, en Grèce, en 1499. Là encore, c’est un choc pour les Européens qui comprennent que les Turcs peuvent être également des marins redoutables.

Sur terre, l’expansion ottomane se poursuit, mais vers l’Orient. Entre 1516 et 1517, Selim Ier, qui rêve de réunir sous son autorité tous les peuples musulmans, enlève la Syrie et l’Égypte aux Mamelouks, ce qui équivaut à doubler l’étendue de l’Empire ottoman. Étant maître de l’Égypte, Selim Ier est reconnu comme le protecteur de La Mecque et de Médine, les deux villes saintes de l’islam, et endosse le titre califal dont les Mamelouks avaient hérité des Abbassides. Désormais, les Ottomans sont à la fois sultans, titre de souveraineté temporelle assorti d’une dimension sacrée, et califes, dignité religieuse et temporelle de chef des croyants. Peu après, les Turcs s’implantent indirectement en Afrique du Nord: proclamé sultan d’Alger en 1519, le corsaire Khayr ad-Din Barberousse demande à Selim Ier de reconnaître son pouvoir et de lui accorder sa tutelle et une aide militaire, qu’il obtient l’année suivante. Jusqu’au débarquement des Français, en 1830, la régence d’Alger sera une dépendance de l’Empire ottoman. En 1534, en outre, Barberousse prend Tunis. Et, en 1551, les Ottomans s’empareront de Tripoli.

Alliance franco-turque contre Charles Quint

C’est sous le règne de Soliman Ier le Magnifique que l’État ottoman atteint son apogée. Le sultan prend Belgrade (1521) et Rhodes (arrachée aux Vénitiens en 1522), écrase les Magyars lors de la première bataille de Mohács (Hongrie), au cours de laquelle Louis II Jagellon, roi de Hongrie et de Bohême, périt noyé (1526), échoue devant Vienne (1529), prend Bagdad aux Perses (1534), signe la paix avec les Vénitiens qui lui abandonnent définitivement le Péloponnèse (1540), annexe enfin Buda (Budapest) et le centre de la Hongrie (1541). À la mort de Soliman, en 1566, l’Empire ottoman recouvre l’Anatolie, l’Arménie, une partie de la Géorgie et de l’Azerbaïdjan, le Kurdistan, la Mésopotamie, la Syrie et le Hedjaz, l’Égypte et les États barbaresques d’Alger, de Tunis et de Tripoli. La flotte du sultan contrôle la majeure partie des côtes méditerranéennes et met en péril les navires qui naviguent sous pavillon chrétien. Sur le continent européen, la péninsule balkanique et la Grèce, les provinces danubiennes, la Transylvanie, la Hongrie orientale et la Crimée sont sous domination ottomane. Cependant, l’Europe chrétienne n’est plus unie face aux Turcs: en 1536, le roi de France François Ier, en quête d’une alliance de revers contre Charles Quint, a fait alliance avec Soliman, obtenant pour les Français un régime commercial privilégié dans l’Empire ottoman, ainsi qu’un rôle de protection des populations catholiques du Moyen-Orient qui vivent sous la tutelle turque.

Jean-Marc ZAORSKI/Gamma

Chef temporel et chef spirituel, le souverain ottoman dispose d’un pouvoir absolu. Si le sultanat est héréditaire, sa transmission, du fait de la polygamie entraînant la multiplicité des épouses et des descendants, est complexe: le droit turc ignorant la primogéniture, tout descendant mâle par les hommes – oncles, frères, fils et petits-fils, neveux ou petits-neveux – peut concourir pour le trône, ce qui provoque des rivalités et des drames sanglants à chaque succession.

Des élites coupées du peuple

Le gouvernement est dirigé par le grand vizir, nommé par le sultan et souvent choisi parmi les janissaires. Le palais où siège le gouvernement, à Istanbul, est doté d’une porte d’entrée monumentale qui laissera son nom par métonymie, dans le langage diplomatique, à la puissance ottomane: la Sublime-Porte. Assisté de quatre vizirs, le grand vizir préside le Conseil impérial, le Divan, dont font partie le gouverneur d’Anatolie, celui de la Roumélie (la partie des Balkans sous domination ottomane), le grand amiral de la flotte et l’agha, le chef des janissaires. L’Empire ottoman est divisé en provinces (sandjaks), toutes dotées d’un gouverneur (bey ou pacha) nommé par le sultan et relevant de lui. La grande faiblesse de ce système, qui se révélera plus tard, est que la classe dirigeante et la haute administration ne sont pas issues de la population. Elles se constituent d’individus qui se sont mis au service du sultan parce qu’ils avaient tout à y gagner sur le plan personnel: aventuriers, renégats chrétiens, anciens esclaves affranchis. Quand viendront les temps démocratiques et le réveil des nations, au XIXesiècle, les élites ottomanes seront totalement coupées du peuple.

Si l’islam est la religion de l’État, les territoires les plus récemment conquis disposent d’une certaine autonomie qui leur permet de conserver leur langue, leur culture et même leur foi dans le cadre des millets, qui représentent les communautés non musulmanes – chrétiens orthodoxes, catholiques, Arméniens, juifs – auprès des autorités. Les millets possèdent des tribunaux séparés qui statuent en matière de droit personnel, et leurs membres sont soumis à des impôts que les musulmans ne doivent pas payer, selon le principe en vigueur dans l’aire islamique. Il est donc impossible de réduire la politique religieuse de l’Empire ottoman à un modèle unique: selon les époques et les territoires, il aura manifesté une forme de coexistence relativement libérale ou alors l’intolérance et la violence extrême à l’égard des minorités religieuses.

À la suite de la prise de Chypre, possession vénitienne, par les Turcs, en 1570, le pape Pie V constitue la Sainte Ligue, une alliance d’États chrétiens prêts à former une force maritime destinée à combattre la Sublime Porte. Après plusieurs mois de tractations, la coalition réunit la République de Venise, l’Espagne, les États pontificaux, la République de Gênes, le duché de Savoie et l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. La France, toujours alliée à la Porte, et qui sort, à ce moment, de la troisième guerre de Religion, ne s’associe pas à cette entreprise. Le 7 octobre 1571, la flotte de la Ligue, dont le commandement a été confié à don Juan d’Autriche, demi-frère du roi d’Espagne Philippe II, anéantit la flotte turque lors de la seconde (et célèbre) bataille de Lépante. Cette victoire chrétienne aura un retentissement considérable, même en France, mais n’entame pas fondamentalement la puissance ottomane sur mer: don Juan d’Autriche s’empare de Tunis en 1573, mais les Turcs reprennent la ville un an plus tard.

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En Europe centrale, les Habsbourg, rempart de la chrétienté, mènent entre le XVIIe et le XVIIIe siècle une série de guerres contre les Turcs, conflits au cours desquels se forge l’identité autrichienne de l’ère baroque. En 1664, les Impériaux infligent une sévère défaite aux Ottomans lors la bataille du Saint-Gotthard, en Hongrie, avec cette fois le concours d’un contingent français envoyé par Louis XIV. En 1683, les Turcs assiègent Vienne une seconde fois, de nouveau en vain. Les Habsbourg reprennent Buda en 1686, puis battent les Turcs, en 1687, lors de la deuxième bataille de Mohács, affrontement qui porte un coup d’arrêt définitif à l’expansion ottomane dans le bassin danubien. En 1697, le prince Eugène de Savoie, génial stratège entré au service de l’Autriche, remporte une immense victoire à Zenta, en Hongrie, succès qui contraint la Porte à signer la paix de Karlowitz en 1699 et à abandonner la Hongrie et la Transylvanie aux Habsbourg. Au traité de Passarowitz, en 1718, l’Empire ottoman doit céder le Banat et la Serbie septentrionale, y compris Belgrade, aux Autrichiens, qui devront toutefois les restituer, à l’exception du Banat, au traité de Belgrade de 1739. Ce n’est qu’en 1791 que prendront fin les hostilités entre les Habsbourg et la Turquie.

Mais, à la fin du XVIIIe siècle, aux adversaires traditionnels de la Turquie s’en ajoute un nouveau, qui est en passe de devenir le principal: la Russie. Car l’empire des Romanov, qui se considère comme l’héritier moral et spirituel de Byzance, veut déboucher vers les mers chaudes et les Détroits, point de rencontre avec le monde ottoman et théâtre d’une confrontation que le XIXe siècle appellera «la question d’Orient». Entre 1768 et 1829, quatre guerres russo-turques se déroulent dans une zone englobant la Bessarabie, la mer Noire, la Crimée et la Géorgie. Au traité de Kutchuk-Kaïnardji (aujourd’hui en Bulgarie), en 1774, la Russie devient la protectrice des chrétiens orthodoxes de l’Empire ottoman et remplace la Turquie comme puissance suzeraine en Crimée, prélude à l’annexion de la péninsule par Catherine II en 1783.

Le début de la fin

Au XIXe siècle, la monarchie ottomane est une institution épuisée, avec des sultans décadents, une administration indolente et corrompue, et un corps de janissaires devenu une caste héréditaire sans efficacité militaire. En 1807, ceux-ci assassinent le jeune sultan Selim III, qui tente de réformer son empire et son armée. Vingt ans plus tard, le sultan Mahmud II, qui lui aussi veut moderniser l’État ottoman, organise au préalable, instruit par l’exemple, le massacre des janissaires.

Le démembrement de l’empire, toutefois, a commencé. En 1804, sous la houlette d’un éleveur de cochons nommé George Petrovic, dit Georges le Noir (Karageorges), des paysans, des notables et des prêtres se sont réunis et ont soulevé la Serbie du sud contre l’occupant, libérant même Belgrade pour quelques années. En 1821, les Grecs se sont révoltés et ont proclamé leur indépendance. Le sultan Mahmud II a demandé l’aide des Égyptiens, qui ont reconquis la Morée (le Péloponnèse) en massacrant la population grecque. Les Européens, soumis à la pression de leurs opinions publiques favorables aux Grecs, ont décidé d’intervenir, mais pour des raisons différentes. En 1827, une flotte anglo-franco-russe impose une défaite aux navires ottomans dans la baie de Navarin, dans le Péloponnèse. La France, de son côté, envoie un corps expéditionnaire terrestre en Morée en 1828, avant que la Russie déclare la guerre à la Porte. Au traité d’Andrinople, en 1829, la Turquie reconnaît l’indépendance de la Grèce ainsi que l’autonomie de la Serbie, de la Moldavie et de la Valachie.

Alors que l’État ottoman est sous le coup de la perte de ces territoires, et s’apprête à perdre la guerre de Crimée, malgré l’alliance russe, contre les Français et les Anglais (1853-1856), le sultan Abdülmecid Ier, qui règne au cours des années 1840 et 1850, publie une charte inaugurant un train de réformes, le tanzimat, inspirées du modèle occidental: égalité civile sans distinction de religion, égalité devant la loi, liberté des cultes, création du service militaire. Le mouvement se poursuivra après Abdülmecid Ier avec l’institution d’un code pénal (1868) et la promulgation d’une Constitution (1876).

Un empire contre l’Europe, tout contre…

Mais l’Empire ottoman se trouve sur une pente descendante dont il ne parvient pas à s’extraire. Au traité de Berlin, en 1878, Abdülhamid II, au terme d’une nouvelle guerre russo-turque, doit reconnaître l’indépendance de la Roumanie, de la Serbie et du Monténégro, tandis qu’une partie de la Bulgarie reste vassale de la Porte mais que l’autre devient autonome, et accédera à la pleine indépendance en 1908. En 1881, les Français occupent la Tunisie, dont ils font un protectorat. En 1882, les Anglais débarquent en Égypte et placent son gouvernement sous tutelle. Près de trente ans plus tard, en 1908, l’Autriche-Hongrie annexera la Bosnie-Herzégovine.

Section de soldats turcs durant la première guerre des Balkans. Albert Harlingue/Roger-Viollet

Apparu dans les années 1880, le courant nationaliste des Jeunes-Turcs attire ceux qui veulent sortir l’Empire ottoman de son obsolescence. En 1909, les Jeunes-Turcs déposent le sultan Abdülhamid II et le remplacent par son frère Mehmed V, qui est toutefois dénué de tout pouvoir. En 1912-1913, l’État ottoman subit l’humiliation d’une défaite dans les deux guerres balkaniques, au terme desquelles la Turquie d’Europe est réduite à Istanbul. Les nationalistes s’appliquent à renforcer le caractère turc et musulman de l’Empire. Celui-ci a conduit en 1894-1896 à un massacre des Arméniens, qui se réitérera en 1915. Pour moderniser leur armée, les Jeunes-Turcs se tournent vers l’Allemagne. En 1914, cet engrenage les entraîne aux côtés du Reich et de l’Autriche-Hongrie dans la Première Guerre mondiale. Outre l’usure du sultanat, c’est ce conflit, par sa durée et par son coût humain et matériel, qui précipitera la chute de l’État ottoman. Né de la rencontre de la foi musulmane avec l’idée impériale héritée de Rome et de Byzance, cet empire aura été un des grands acteurs de l’Histoire. Contre l’Europe, mais tout contre.

Le 10 août 1920 est signé à Sèvres, le traité actant la défaite et le démembrement de l’Empire ottoman allié aux Empires centraux vaincus. Il ne sera pourtant jamais ratifié ni appliqué. Bridgeman Images

Sources: Histoire des Turcs, de Jean-Paul Roux, Fayard, 2000 ; Le Turban et la Stambouline. L’Empire ottoman et l’Europe, XIVe – XXe siècle, affrontement et fascination réciproques, de Jean-François Solnon, Perrin, 2009 ; Dictionnaire de l’Empire ottoman, de François Georgeon, Nicolas Vatin et Gilles Veinstein (dir.), Fayard, 2015.

 

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