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Brexit : les 7 paris gagnants de Boris Johnson

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ANALYSE. Ses prédécesseurs s’étaient cassé les dents sur la question de l’Europe. En signant un accord, Johnson a vaincu la malédiction… au bout du suspense.

De notre correspondant à Londres, Marc Roche. Publié le 24/12/2020 | Le Point.fr 

Le Premier ministre britannique Boris Johnson devant le 10 Downing Street, le 26 novembre 2020.
Le Premier ministre britannique Boris Johnson devant le 10 Downing Street, le 26 novembre 2020. © TOLGA AKMEN / AFP

Au 10 Downing Street, les portraits des Premiers ministres britanniques sont accrochés dans le grand escalier. En passant devant les photographies en noir et blanc de ses prédécesseurs, Boris Johnsonpeut avoir le sourire ces prochains jours. Celui qui a traversé tant de déserts a finalement vaincu la terrible malédiction qui a frappé tous les récents chefs du gouvernement conservateurs : l’Europe. En annonçant finalement un accord entre Londres et Bruxelles sur la relation future, il fait mieux que Macmillan, May ou même Thatcher, Major et Cameron… Des prédécesseurs qui ont tous été victimes de la discorde idéologique au sein du mouvement tory entre pro et anti-européens.

Eurosceptique de toujours, architecte de la victoire du « Leave » lors du référendum du 23 juin 2016, Boris Johnson a triomphé du destin. Le Royaume-Uni quittera bel et bien l’Union européenne au 1er janvier avec un accord commercial à la clé. Comment « Bojo » est-il parvenu, tel un magicien, à faire sortir de son chapeau in extremis cet agrément après avoir joué la montre ? Vu de Londres, sept facteurs expliquent, pour l’essentiel, comment il s’est joué du fatum, le destin fatal des héros dans les tragédies grecques.

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1- L’union de la droite autour du Brexit

À l’issue de sa victoire dans la course au leadership du Parti conservateur, le 23 juillet 2019, Johnson est confronté à un Parlement sans majorité. Au lieu de réunir toutes les composantes du parti et de s’entourer de fortes personnalités au gouvernement dans un souci d’unité, le nouveau Premier ministre élimine brutalement les europhiles. Pas question d’une coalition, comme l’avaient fait David Cameron (avec les libéraux-démocrates) et Theresa May (avec les protestants nord-irlandais). Les ministères régaliens sont tous confiés à des brexiteurs pur sucre.

2- La guerre contre les corps constitués

Sous la direction de son éminence grise, Dominic Cummings, l’équipe de conseillers du « 10 » est totalement dominée par les europhobes. Après le triomphe électoral du 12 décembre 2019, Johnson décide de croiser le fer avec les corps constitués, en particulier avec la haute administration et les médias, en vertu d’une philosophie simple : la brutalité a le bénéfice de la clarté.

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3- L’indécision fait place aux prises de position précises et volontaires

Fini, les clowneries d’antan ! Johnson, réputé pour son irrésolution, est désormais guidé par une seule promesse, « Let’s get Brexit done » (« Réalisons le Brexit »). À cette fin, le Premier ministre conclut un accord avec Bruxelles, certes bien plus préjudiciable aux intérêts britanniques que celui signé par Theresa May, mais qui a le mérite de mettre fin au psychodrame du Brexit. Pourvu de la plus grande majorité parlementaire depuis 1983, il se permet même de refuser toute prolongation de la période de transition, malgré le calendrier serré.

4- La faiblesse de l’opposition.

Pour imposer le Brexit, Johnson a la chance d’être confronté à une opposition travailliste profondément divisée sur la question européenne. Il attire le leader du Labour, Jeremy Corbyn, aveuglé par les sondages, dans un piège en le persuadant d’accepter des élections anticipées. Il agit de même avec la dirigeante indépendantiste écossaise Nicola Sturgeon, sûre d’accroître sa majorité au nord du mur d’Hadrien, comme avec les libéraux-démocrates europhiles. Tous mordent la poussière. Les « remainers » sont ramenés à la portion congrue.

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5- Le Covid

La gestion chaotique du Covid, le bilan des morts le plus élevé de l’UE et les retombées économiques désastreuses de la pandémie ont permis d’occulter le coût du Brexit et l’impréparation des milieux d’affaires comme de l’administration. La mise au point d’un vaccin par l’université d’Oxford et Astra Zeneca lui a permis de défendre son grand dessein post-Brexit visant à transformer l’économie britannique en une vaste plateforme fécondée par la matière grise.

6- Court-circuiter la France

Incapable de casser l’unité des vingt-sept, Johnson s’est efforcé de court-circuiter la France jugée intransigeante en négociant en coulisse avec la chancelière Angela Merkel et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. À ses yeux, Emmanuel Macron surestime la force que représentent les partisans d’un deuxième référendum. Or, marginalisés après le scrutin législatif, les « remainers » sont incapables de résister au rouleau compresseur brexiteur.

7- Au centre, toute !

Carrie Symonds, l’ambitieuse fiancée de Boris Johnson, a joué un rôle clé pour sortir de l’ornière la négociation en cours sur la relation future entre l’UE et le Royaume-Uni. En obtenant la tête de Cummings, la « First Girlfriend » a contraint son compagnon à adopter une stratégie centriste et modérée. L’agenda international a aidé l’influenceuse du « 10 ». En 2021, le Royaume-Uni doit présider le G7 et accueillir la conférence Cop26 sur le changement climatique, un thème qui lui est cher.

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Cette gestion johnsonienne des négociations du Brexit aura finalement été couronnée de succès et illustre la revanche du politique sur l’économique. Une fois n’est pas coutume…

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