MEMORABILIA

Bruno Retailleau: « La pensée d’Emmanuel Macron n’est pas complexe, elle est confuse »

Scroll down to content

Le président du groupe LR au Sénat a peu goûté l’entretien du chef de l’Etat à L’Express qu’il accuse de « tenir le rôle de prince-philosophe », au lieu d’agir.

Bruno Retailleau, le président du groupe LR au Sénat, a peu goûté l'entretien d'Emmanuel Macron à L'Express.

Bruno Retailleau, le président du groupe LR au Sénat, a peu goûté l’entretien d’Emmanuel Macron à L’Express.

afp.com/Sebastien SALOM-GOMISPar Bruno Retailleau

Publié le 26/12/2020 L’EXPRESS.

***************

Il y a des interviews qui valent cent discours. C’est le cas de celle donnée par le président de la République à L’Express. Après avoir été chef de guerre contre le virus, animateur de grands débats ou président jupitérien, Emmanuel Macron choisit cette fois de tenir le rôle de prince-philosophe. Se voulant tantôt freudien lorsqu’il glose sur la « belle névrose » de la France, tantôt cartésien quand il disserte sur le « doute existentiel » des Français, mais toujours terriblement sentencieux lorsqu’il déplore que dans sa formule des « Gaulois réfractaires », les esprits simples n’aient su saisir les subtilités de sa pensée complexe. 

LIRE AUSSI >> ENTRETIEN EVENEMENT. Ce que Macron n’a jamais dit des Français

Entre l’intelligence et la suffisance, il y a un pas que les plus grands de nos présidents s’abstinrent toujours de franchir. Ni Valéry Giscard d’Estaing, polytechnicien, ni Georges Pompidou, normalien, n’étalèrent une culture dont ils ne manquaient pas. Leur intelligence était une exigence pour une pensée limpide, un verbe clair. « Les choses capitales qui ont été dites à l’humanité ont toujours été des choses simples », affirmait Charles de Gaulle. Présenter le « Nous, Français » comme une « identité narrative, historique, culturelle, et une praxis pour aujourd’hui et pour demain », voilà une définition aussi oiseuse que pompeuse qu’à coup sûr, le fondateur de la Ve République aurait fort peu goûtée. La pensée d’Emmanuel Macron n’est pas complexe, elle est confuse car elle est le produit d’une confusion des genres : gouverner est une chose, philosopher en est une autre. 

Faux roi thaumaturge mais vrai prince de l’embrouille

Tout cela ne serait pas si grave, tout cela prêterait seulement à moquer ce curieux besoin, chez ce président, de faire des phrases, si cette politique du verbe n’était pas un substitut à la politique de l’action. Les vertiges de la verticalité auraient-ils à ce point étourdi le chef de l’Etat qu’il ait fini par se convaincre que ses seuls mots pourraient guérir les maux de la France ? Faux roi thaumaturge mais vrai prince de l’embrouille, la brillance des discours, chez Emmanuel Macron, ne vise en réalité qu’à masquer le terne des actes qui certes brillent, mais seulement par leur absence.  

« Nous sommes un pays qui se transforme », a-t-il réaffirmé. Mais qu’a réellement transformé l’auteur de Révolution au cours de ces quatre années ? L’hôpital et l’école continuent de s’écrouler, l’Etat de dévorer plus de la moitié de la richesse produite par les Français, l’insécurité n’en finit pas d’augmenter, sans parler des grandes réformes qui, comme sur les retraites, sont continuellement repoussées. Quant à « l’efficacité » dont il se revendique, les Français ont pu malheureusement la mesurer pendant cette crise sanitaire où tout aura manqué, des masques jusqu’aux sur blouses en passant par ce bon sens qu’une technocratie en roue libre a superbement ignoré. LIRE AUSSI >> Alain Minc : « Désormais, chacun sait où se situe Macron, c’est un chevènementiste européen »

Avoir si peu fait, faute d’avoir voulu trop dire. Voilà ce qui restera sans doute de cette présidence oxymore. Car Emmanuel Macron aura tout dit et surtout son contraire, de l’inexistence de la culture française à l’évocation de « l’insécurité culturelle ». Il aura tout osé, même les grands écarts les plus spectaculaires, passant de Jean-Pierre Chevènement à Rokhaya Diallo, sautant du patriotisme républicain à la dénonciation du « privilège blanc ». De la gauche à la droite. De la reconnaissance des communautés à la défense de la laïcité et de la France indépendante à la souveraineté européenne. Tout dire, tout oser pour, en définitive, espérer être tout. 

Ce quinquennat se sera beaucoup payé de mots sur le dos des Français

Car cette accumulation de contradictions possède sa cohérence. S’il est une chose qui frappe en effet dans cet entretien du président de la République, c’est sa dénonciation d’un relativisme qu’à travers son « en même temps », il n’aura cessé de théoriser. Emmanuel Macron fait semblant de repousser le « Tout se vaut », mais c’est pour mieux imposer un « Je les vaux tous », qui fait passer la ligne de partage entre le vrai et le faux à travers son unique personne. Ainsi, par Emmanuel Macron, on peut être tout à la fois pour la lutte contre le changement climatique et pour la fermeture des centrales nucléaires, pour la fierté française et pour la repentance nationale. 

Or en France, le président de la République est l’homme des grandes synthèses. Pas des grands mélanges. A force de tout mélanger, on ne distingue plus rien : ni cap, ni vision, ni méthode. Emmanuel Macron a littéralement ébloui les Français. Ce fut sa force et c’est notre faiblesse : la France, aveuglée désormais, tâtonne vers son avenir. 

LIRE AUSSI >> Entretien exclusif avec Macron : ce qui se cache derrière ses références

Aveuglée, mais aussi entravée. La pensée macronienne ne s’encombre plus de subtilités quand il s’agit de la liberté de ses concitoyens. Liberté d’expression et d’information avec la loi Avia et l’article 24 de la loi sur la sécurité globale, liberté de culte avec l’affaire de la jauge dans les églises, liberté d’entreprendre avec la fermeture des commerces, liberté d’enseignement scolaire avec le projet d’interdiction des écoles à domicile… Par un curieux paradoxe, le président qui vantait tant l’émancipation individuelle et pourfendait les démocraties illibérales aura bridé comme rarement l’esprit d’initiative et de responsabilité des Français. Hubris d’un jeune prodige parvenu au sommet dès quarante ans ? Autoritarisme d’un pouvoir dépassé par des événements qui, certes, sont démesurés ? Les Français jugeront dans une quinzaine de mois mais une chose est sûre : ce quinquennat se sera beaucoup payé de mots sur le dos des Français. 

La droite, quant à elle, devra tirer deux leçons de la grande illusion macronienne. Une leçon d’humilité tout d’abord. Contre la vanité de ceux qui se rêvent en figure providentielle, nous devons opposer l’authenticité, celle d’une droite fière de ses valeurs mais consciente, aussi, de ses erreurs. Souligner les échecs d’Emmanuel Macron ne suffira pas à faire oublier les manquements de la droite lorsqu’elle était aux responsabilités. Emmanuel Macron campe orgueilleusement la solitude splendide du pouvoir ? Nous devrons former une équipe car l’Etat de la France réclame les bras et l’intelligence d’un collectif. Une leçon de solidité, aussi, pour opposer à la nébuleuse macronienne des priorités fortes, cohérentes, mais peu nombreuses, afin d’agir vraiment pour clore le spectacle agité et désespérant de l’impuissance publique.  

*******************

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :