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Brexit : l’UE pas si forte face au Royaume-Uni

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FRONT POPULAIRE 26 décembre 2020.

ARTICLE. A mesure qu’approchait la date fatidique du 31 décembre, les chances de voir Boris Johnson et les négociateurs de l’UE parvenir à un accord se faisaient de plus en plus minces. Contre toute attente, les deux parties sont parvenues à un consensus sur la toute dernière ligne droite. Un accord loin d’être en défaveur du Royaume-Uni.

Brexit : l’UE pas si forte face au Royaume-Uni

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La rédaction. Publié le 26 décembre 2020

Ils n’y croyaient plus, mais pourtant, l’UE et le Royaume-Uni sont parvenus à un accord commercial pour l’après « Brexit ». Dans un document de 2 000 pages – dont une synthèse de 500 pages qui devrait être accessible ces prochains jours – sont détaillés les quelques points de négociations qui ont été dévoilés le 24 décembre par Boris Johnson, premier ministre britannique.

Tout d’abord, le Royaume-Uni a obtenu le libre-échange économique entre l’île et ses voisins européens. Ni droits de douane, ni quotas ! Un marché inédit, qui se rapproche d’après Boris Johnson, du controversé accord CETA, conclu entre l’UE et le Canada en 2016. “Nous avons complètement repris le contrôle sur chaque sujet ainsi que sur notre réglementation, sans entraves” clame fièrement le Premier ministre. Ce n’est pas tout à fait exact : les produits du Royaume-Uni devront respecter certaines règles. L’accord stipule que les entreprises du Royaume-Uni seront tenues de respecter des conditions de concurrences équitables avec l’UE. Elles passeront par une exigence forte en ce qui concerne la protection de l’environnement, la lutte contre le changement climatique, les droits sociaux, ou bien encore le droit du travail.

Pas question, donc, de faire du “dumping social”. L’Europe a souhaité garder la main mise en cas de non-respect des règles. Elle a voulu que les contentieux sur cet accord soient jugés par la Cour de justice de l’Union européenne. Que nenni, leur a répondu Boris Johnson : la Grande Bretagne aurait préféré le “no-deal”, plutôt que de conserver un lien juridique entre elle et les institutions de l’UE. L’accord étant basé sur le droit international, les deux parties ont finalement convenu de se tourner vers un arbitrage indépendant, comme il est d’usage dans le droit international, en cas de conflits.

Enfin, le nerf de la guerre a été tranché : la pêche. Ce point de détail en apparence anodin, ne représentant qu’1% du PIB du Royaume-Uni et de l’Europe, était devenu l’épicentre des tensions. Pour la France, il était hors de question de voir les bateaux européens se rabattre sur ses côtes en cas d’interdiction de pêche le long des rives anglaises. Pour Le Royaume-Uni, il était pareillement inenvisageable de partager ses eaux sans contreparties, dans un pays où les pêcheurs sont à majorité pro-Brexit.

L’accord prévoit que d’ici 2026, les pêcheurs de l’Union européenne reversent 25% de la somme des ventes de leurs prises issues du Royaume-Uni. Passé 2026, des quotas seront renégociés chaque année, ce qui devrait permettre, d’après le Premier ministre britannique, d’accroitre “de deux tiers le nombre de prises des pêcheurs britanniques dans les eaux du Royaume-Uni ». L’Union européenne bloquait pourtant sur cette idée d’une renégociation annuelle. Elle proposait une période de transition de trois ans, là où outre-manche, on était favorable à quatorze ans, loin, bien loin des cinq ans finalement validés.

Une négociation qui ne provoque pas d’effervescence chez les pêcheurs d’Albion. Ils en attendaient plus : “Je pense qu’il y aura beaucoup de pêcheurs déçus et frustrés à travers le pays, ce soir (…) Le secteur est amèrement déçu qu’il n’y ait pas de rupture plus forte avec le passé” explique Barrie Deas, le directeur de la Fédération nationale des pêcheurs anglais, n’hésitant pas à qualifier le marché conclu, “d’entourloupe” auprès de la BBC. Boris Johnson considère de son côté que l’accord est “raisonnable” et propose de l’accompagner d’un investissement de 100 millions de livres sterling destiné à la modernisation du secteur.

Désormais, le parlement britannique doit se réunir en urgence, le 30 décembre, pour voter l’accord, lequel sera ensuite soumis au Parlement européen. Au sein du Royaume-Uni, des dents grincent toujours, comme celles de l’Ecosse. Arguant “qu’aucun accord ne pourrait compenser ce que le Brexit nous enlève”, la Première ministre de cette nation constitutive du Royaume-Uni, Nicola Sturgeon, a profité de l’annonce de Boris Johnson pour appeler de ses vœux l’indépendance de cette région du Royaume-Uni, majoritairement pro UE (62% des votants s’étaient prononcés contre le Brexit).

A la suite du vote du Brexit, en 2016, un concert de réactions indignées s’était exprimé au sein de l’Union européenne. Il fallait faire payer la perfide Albion, la saigner aux  quatre veines économiques, et faire de son cas un exemple propre à dissuader quiconque exprimerait également des velléités de départ. Si la France a beau jeu de rappeler les “énormes concessions” du Royaume-Uni concernant la pêche, de l’autre côté de la manche, on se frotte les mains. Le Dailymail rapporte qu’au gouvernement, on considère avoir remporté 43% des « questions clés » des négociations, accepté 40% de compromis, et ne laisser que 17% de victoire à l’UE.

Pour démêler le vrai du faux, il faudra attendre de connaitre l’intégralité du texte, mais aussi et surtout, voir comment sera réglée la question de la place financière de Londres, traitée en parallèle de l’accord commercial conclu le 24 décembre. L’enjeu est crucial pour la city. D’ici là, force est de constater que le Royaume-Uni a obtenu largement gain de cause dans ces négociations. La grande machine de l’Union européenne n’a absolument pas broyé l’outrecuidante qui a osé la délaisser. N’en déplaise à ceux qui considèrent qu’hors de l’Europe, point de salut, cette étape du Brexit à un goût de victoire anglaise.

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