MEMORABILIA

JACQUES RENOUVIN, UN ROYALISTE DANS LA RÉSISTANCE

Scroll down to content

Dans la tourmente de 1940, seule une poignée de téméraires osera relever la tête, venant plutôt de la droite de l’échiquier politique.

***************

Au cours de l’histoire, à chaque période de crise, devant un pouvoir arbitraire, on constate que huit personnes sur dix se conforment passivement aux ordres et obéissent sans regimber. Dix pour cent adhèrent et collaborent avec enthousiasme à la politique mise en œuvre, et seulement dix pour cent s’y opposent farouchement. Et c’est à juste titre qu’Henri Amouroux a intitulé le deuxième tome de sa grande Histoire des Français sous l’Occupation, « Quarante millions de pétainistes ». Le 28 avril 1944, cinq semaines avant le débarquement en Normandie, le Maréchal est encore acclamé par des dizaines de milliers de Parisiens… qui, au mois d’août suivant, accueilleront avec la même ferveur le général de Gaulle.

« C’est la gauche qui a exploité la Résistance, mais ce sont des gens de droite qui l’ont créée ! » affirmera justement François de Grossouvre, éminence grise de Mitterrand, en 1987. De fait, beaucoup d’acteurs éminents du collaborationnisme – de Jacques Doriot à Marcel Déat, en passant par Pierre Clémentini ou René Château – viendront du socialisme et du communisme. A contrario, les premiers à se dresser contre la honte de la débâcle et de l’occupation seront souvent issus des milieux de la droite nationaliste.

Ce géant myope d’un mètre 92, à la large carrure, ira jusqu’à gifler l’ancien président du Conseil Pierre-Étienne Flandin, qui avait envoyé un télégramme de félicitations à Hitler au lendemain de Munich !

C’est le cas de Jacques Renouvin. Né en 1905, il adhère à l’Action française au cours de ses études de droit et devient Camelot du roi. Déçu par Maurras après l’échec du 6 février 1934, ce catholique fervent n’en continue pas moins d’afficher un patriotisme intransigeant et quelque peu tapageur. Ce géant myope d’un mètre 92, à la large carrure, ira jusqu’à gifler l’ancien président du Conseil Pierre-Étienne Flandin, qui avait envoyé un télégramme de félicitations à Hitler au lendemain de Munich !

Quand la guerre éclate, on lui propose, en sa qualité d’avocat, de siéger à un tribunal militaire avec le grade de capitaine. Il refuse et s’enrôle comme sergent dans les corps francs. Blessé le 16 juin 1940, il est fait prisonnier, mais s’évade pour rallier Montpellier. Là il entre en contact avec le mouvement « Liberté », lancé par trois professeurs d’université, Pierre- Henri Teitgen, François de Menthon et Alfred Coste-Floret. Il adhère aussitôt à cet embryon de résistance, dont il intensifie la propagande. Très vite, il décide de passer à l’action, en menant des coups de main spectaculaires contre des dignitaires vichystes. Parfaitement minutées, ces opérations punitives ne font que des dégâts matériels, mais démontrent une volonté farouche de lutter contre l’esprit de défaite.

Lire aussi : Julius Sacrovir, le dernier Gaulois réfractaire

Après novembre 1941 et la création du mouvement Combat, Jacques Renouvin reçoit d’Henri Frenay la mission d’en animer les Groupes francs. L’ancien avocat devient l’un des Français les plus recherchés par toutes les polices. Ce qui ne l’empêche pas de sillonner sans relâche la zone sud, afin de galvaniser les énergies. Ses « kermesses », coordonnées dans plusieurs villes à la même heure, jettent la consternation dans les rangs des partisans du régime en place. Ses commandos font sauter des lieux symboliques, comme les appartements de ministres et de collaborateurs notoires. En décembre 1941, ils sabotent les trains affrétés pour le congrès du PPF, le parti de Doriot. Longtemps, sous les pseudonymes de Bertrand, Paleyrac, Ricard, Joseph, Renouvin déjouera les filatures. Hélas, le 29 janvier 1943, vendu par un agent de liaison, il est arrêté en gare de Brivela- Gaillarde. Le même jour, sa fiancée Mireille Tronchon, qu’il a connue dans la clandestinité, est appréhendée à Tulle, enceinte de quatre mois.

Le couple, transféré à Paris, se mariera en détention, le 3 août suivant, après la naissance de leur fils, Bertrand, futur fondateur de la Nouvelle Action Royaliste. Si Mireille survivra jusqu’à la Libération, Jacques est finalement déporté à Mauthausen, en Haute-Autriche, l’un des camps les plus de concentration les plus impitoyables du IIIe Reich. Soumis à des traitements inhumains, il y périt d’épuisement, dès le 24 janvier 1944, à l’âge de 38 ans. Edmond Michelet saluera en lui « ce chevalier d’un autre âge, perdu en un siècle où la chevalerie est plutôt incomprise ».

A l’aube de la résistance de François-Marin Fleutot
Éditions du Cerf, 300 p., 24 €

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :