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2020, un désastre français. Mais comment éviter sa réédition en 2021 ?

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© JOEL SAGET / AFP RETOUR D’EXPÉRIENCE

Eviter un nouveau désatre en 2021 ? Avec la même équipe ? On peut toujours rêver…Artofus.

Beaucoup répètent que le gouvernement français a beaucoup tâtonné ou commis d’erreurs face à la pandémie du coronavirus mais que la situation est à peu près également mauvaise partout. Un examen plus précis des faits montre pourtant une spécificité française dans l’échec. Comment en traiter les racines ? 

Edouard Husson et Loïk Le Floch-Prigent. ATLANTICO 2 janvier 2021

Atlantico : Chaque année, l’État consacre une grande part du PIB à la santé et à son fonctionnement pourtant en pleine crise sanitaire la machine s’est grippée. Comparé au nombre de morts par millions d’habitants, l’investissement a-t-il été suffisant ? 

Edouard Husson : En fait, il faut remonter à la révolution néolibérale des années 1980-90. La France n’a jamais pris le tournant de la réduction des dépenses publiques et elle n’a pas profité de ce qui se passait dans le monde pour véritablement réduire la taille de la fonction publique. On m’objectera la RGPP mise en place par Sarkozy. Mais ce fut une trop rapide parenthèse.

François Hollande ayant succédé à Nicolas Sarkozy, il est retombé dans la manie de créer des emplois publics pour compenser le manque de compétitivité français. Et puis, c’est aussi durant les dix ans où la droite était encore au pouvoir (2002/2012) que des choix désastreux ont été faits, comme celui des ARS ou des EHPAD.

La vague du « Nouveau Management Public » a signifié de véritables économies dans les pays de culture anglo-saxonne. En France, cela a signifié la création d’une couche bureaucratique supplémentaire pour « rationaliser » une activité publique jugée trop coûteuse. C’est ainsi que la France dépense autant que l’Allemagne pour son système hospitalier public. Mais là où l’Allemagne investit 25% dans l’administration de l’hôpital, ce qui est déjà énorme, la France y engloutit 34%. On a pu constater tout au long de l’année 2020 combien ce choix était mauvais. Ce n’est pas être provocateur de dire que nous n’avons pas eu de crise du Covid-19 mais une crise de l’administration de la santé publique. Et ceci d’autant plus que les Agences régionales de santé ont reçu l’ordre, de la part d’une haute fonction publique de la santé en plein conflit d’intérêt, d’interdire certaines prescriptions par les médecins libéraux. il y a eu aussi le vieux conflit français entre hôpital public et privé, qui a encore aggravé la situation. Il faut y insister: la crise sanitaire que nous avons traversée est largement due à l’hypertrophie des administrations de la santé, des maisons de retraite et aux dysfonctionnements qu’elles ont produits. On a flanqué par terre l’ensemble de l’économie française, par deux confinements, uniquement parce qu’un problème ancien, celui du mauvais management de la santé publique, est devenu trop visible. On avait les mêmes problèmes d’engorgement les années précédentes mais ils étaient moins visibles.   

Loïk Le Floch-Prigent : Nous avons effectivement le record des dépenses sanitaires par habitant et nous avons pu constater lors de la crise sanitaire que nous n’avons pas été performants. Plutôt que nous interroger collectivement sur ce premier échec, nous nous sommes lancés dans des polémiques stupides en essayant de désigner des coupables, certains allant même jusqu’à saisir la justice ! L‘incapacité à accueillir sereinement un diagnostic et à effectuer ce que l’on appelle un « retour d’expérience » pour éviter de répéter nos erreurs nous amène depuis à multiplier les difficultés liées à la pandémie. La machine s’est grippée, des masques aux respirateurs, des tests aux vaccins. Puisqu’ailleurs on réussit mieux avec un investissement inférieur, le mal qui nous atteint est caractéristique d’un manque d’efficacité. On recherchera facilement dans les commentaires les rares de ceux qui essaient d’analyser nos faiblesses structurelles et qui auraient pu nous aider à modifier notre fonctionnement, mais les travaux à engager sont d’une telle ampleur que le système en place essaie de réformer à la marge les comportements et n’arrive qu’à renforcer le nombre et l’ampleur des dysfonctionnements.

On peut faire l’inventaire de toutes les décisions qui conduisent au désastre actuel : 35 heures à l’hôpital, numerus clausus dans les professions de la santé, par exemple, mais l’essentiel tient à la dérive des dépenses de santé, à la générosité de l’Etat Providence et à la nécessité pour tous les Gouvernements qui se succèdent de feindre de contrôler en réduisant : d’un côté un peuple qui considère qu’on lui doit le meilleur pour le soigner, et de l’autre un Etat qui ne veut pas voir exploser les dépenses. Ainsi, pendant que des déserts médicaux se multipliaient dans les campagnes et les petites villes, que petits hôpitaux et maternités disparaissaient, la médecine des « urgences » dans les métropoles débordait, le mécontentement se généralisait, en particulier chez les soignants, beaucoup s’estimant à la fois exploités et précarisés.

La crise sanitaire a conduit la profession médicale à s’exprimer longuement devant les Français grâce à la présence de nombre d’entre eux sur les chaines de télévision. Ils ont montré abondamment leurs divergences d’appréciation sur tous les sujets, sauf sur un, chiffres à l’appui, la sur-administration qui les empêcherait de remplir leur rôle essentiel, celui de soigner les malades ! Que ce soient les hospitaliers, les cliniques privées ou les médecins libéraux, ils ont tous dénoncé la paperasserie, les contrôles, les inquisitions, les gaspillages dans les décisions prises. Le temps passé à répondre à des âneries leur apparait tous disproportionné, comme le nombre, l’autorité et la qualification  du personnel de contrôle sans contact avec les malades.

C’est donc bien notre modèle sanitaire qui a été mis en échec et les gens de terrain, les praticiens, par centaines de milliers, par-delà leurs différences d’appréciation sur la pandémie ont tous demandé que l’on accepte de s’interroger sur ses dérives : investissons moins en investissant mieux ! 

Quelles sont les racines spécifiquement françaises de cet échec ? Comment traiter les symptômes bureaucratique, de centralisation et d’égalitarisme qui nous mènent à la dérive ? 

Edouard Husson : Il y a des traits français: nous assistons depuis quinze ans à un détournement de la digitalisation de l’Etat dans le sens d’un retour du centralisme. Au fond, les administrations centrales avaient subi la décentralisation depuis les années 1980. La digitalisation des services publics a été une formidable occasion de recentraliser. Et cela a été fait de manière d’autant plus désastreuse que par ailleurs le « nouveau management public » introduisait l’idée d’une pseudo-concurrence: on a pris des prestataires différents pour la digitalisation de chaque ministère !

Les administrations centrales sont devenues complètement opaques. Et elles rendent encore moins de compte qu’avant. En fait, c’est tout le système qui s’est dérèglé. La Cour des Comptes ne fait plus son travail puisqu’elle passe la moitié de son temps à juger en opportunité des politiques publiques – une idée désastreuse introduite par Philippe Séguin – ce qui affaiblit considérablement la portée de ses rapports.

Cela dit, il n’y a pas que des caractéristiques françaises dans la crise sanitaire de 2020. Une grande partie de l’échec vient aussi de la mondialisation de la bureaucratie. Les organisations internationales (Commission Européenne, OMS etc…) ont pesé dans le mauvais sens. Le lobbying de Gilead pour placer le redemsivir a eu d’autant plus de poids que la Commission européenne en a acheté massivement. La méthode absurde du confinement généralisé a d’abord été appuyée par l’OMS, sous influence chinoise. La propension au renforcement des grandes bureaucraties internationales a l’effet pervers de conforter la technocratie française  dans ses biais. J’imagine très bien, d’ailleurs, qu’Olivier Véran soit récompensé de ses échecs par une promotion à la Commission Européenne ou à l’OMS. 

Loïk Le Floch-Prigent : Plutôt que de faire le diagnostic des dérives des dépenses de santé avec les professionnels, nous avons cherché d’emblée avec l’aide de financiers à réduire les prescripteurs et les prestations ! Moins de médecins, moins de dépenses ; moins de prescriptions, moins de dépenses ; moins de médicaments remboursés, moins de dépenses ; moins d’hôpitaux, moins de dépenses… Une solution assez classique dans le monde de l’entreprise lorsque s’annonce le dépôt de bilan, mais c’était ignorer deux éléments essentiels : la politique sanitaire n’est pas réductible à une analyse aussi sommaire, mais surtout les acteurs principaux  devenaient des bureaucrates et des technocrates. Tandis que l’on diminuait les praticiens et qu’étaient contrôlés le coût et la durée de leurs actes, que la durée des hospitalisations faisait l’objet de normes et règlements, l’administration financière mettait au pas un secteur entier qui avait une haute idée de sa mission liée au serment d’Hippocrate : soigner et souvent guérir ses semblables.

Tout service universel a un coût et nécessite un mélange de bons techniciens et de bons gestionnaires, le corps médical n’est pas exempt de querelles d’egos et de rivalités pouvant conduire à des erreurs d’investissements, mais à l’époque où s’est abattu sur la politique sanitaire le zèle des bureaucrates incompétents, notre système faisait alors  plutôt envie que pitié. La volonté égalitaire d’une couverture universelle va conduire une grande partie des malades du monde à venir se soigner gratuitement chez nous, bel acte de générosité mais peu anticipateur des dérives budgétaires. La centralisation abusive des décisions sanitaires va accélérer à la fois la précarisation des praticiens et leur mécontentement, tandis que les réflexes bureaucratiques prenaient la relève du dévouement habituel de ceux qui veulent soigner et soulager.

Pourtant, certains comme Michel Rocard avertissaient que nous ne pouvions pas accueillir toute la misère du monde !  Les régimes ottomans et soviétiques ont connu les mêmes dérives bureaucratiques et les mêmes échecs, et on comprend mal comment l’esprit français a pu nourrir cette tendance irrépressible à une dérive aussi inquiétante, mais l’esprit critique dont il a hérité ne semble plus fonctionner que pour lancer des anathèmes et exprimer des jalousies, à condamner les comportements originaux, à combattre l’innovation, à égaliser par le bas les parcours de chacun, à préférer le conformisme et la pensée unique au débat. Certains y verront l’enarchisation rampante de la société française depuis cinquante ans, c’est néanmoins plus une conséquence qu’une cause, une école peut symboliser un déclin, pas en devenir l’explication. En traduisant nos valeurs de fraternité en solidarité universelle et d’égalité en égalitarisme, nous avons fini par oublier la première, la liberté, en privilégiant les contraintes issues de dépenses dépassant nos moyens réels, nous nous sommes écrasés contre le mur des dénis de réalités.  

Comment faire pour que cela ne se reproduise pas en 2021 ?

Edouard Husson : Tout est à refaire et cela ne se passera pas en un an. Emmanuel Macron est le premier de ces hauts fonctionnaires rendus incompétents par leur formation à la mode du « nouveau management public » version gauloise. Et son discours de voeux pour l’année 2021 ne laissait pas de place au doute ni à l’introspection. De plus d’anciens membres du gouvernement sont l’objet de procédures judiciaires, ce qui va conduire l’actuel gouvernement à encore plus de prudence. Il ne faut pas oublier que Jean Castex est le concepteur des ARS. Comment voulez-vous qu’il remette en cause ce qu’il a lui-même imaginé. On ne travaille pas pour l’année 2021 mais sur du plus long terme. Il est probable que la meilleure façon de sortir des blocages de l’Etat, c’est de mettre en place régulièrement ce que Nicolas Sarkozy avait fait pour le Grand emprunt : un Commissaire général aux Investissements d’avenir directement sous l’autorité du Premier ministre et ayant autorité sur les administrations des ministères concernés par les politiques publiques visées. Un Commissaire général au Covid-19 aurait pu, par exemple, impliquer le Ministère de la Défense et son système de santé militaire; il aurait pu obliger à fermer les frontières pour empêcher l’afflux de porteurs du virus (et surtout de ses formes mutantes), etc. Bien entendu, cela veut dire qu’il y a une vision politique au sommet. Ce n’est pas le cas. Et cela changera au plus tôt en 2022.   

Loïk Le Floch-Prigent : Que faire alors pour conjurer le sort funeste qui transforme toutes nos actions actuelles en désastres ? Nous reprendre en mains et mettre fin à la dérive bureaucratique de notre pays. On a pris la motivation budgétaire pour communiquer sur la nécessité de diminuer le train de vie de l’Etat, mais on ne l’a jamais traduit en actes, finissant toujours par diminuer des effectifs des lampistes et quelques dépenses dérisoires tandis que l’actualité récente de la pandémie a amené à casser la tire-lire. Il est cependant urgent de mettre de l’ordre et de ramener à 40% les dépenses collectives, diminuer les impôts, retrouver notre compétitivité, notre culture entrepreneuriale et respecter nos savoir-faire. Ces décisions indispensables doivent passer par une frugalité retrouvée à la tête de l’Etat, car le pourrissement vient toujours du sommet, comme dans les entreprises avec les sièges sociaux. La multiplication des organismes administratifs dits « indépendants », des « Agences », des « Autorités » puis des « Hautes Autorités », des « Commissariats » puis des « Hauts Commissariats », suivis par des instances régionales supposées être des démultiplications de l’action a fini par figer, ossifier, densifier un fonctionnement bureaucratique du pays qui ne peut plus respirer.

Revenir aux missions régaliennes de l’Etat, à la responsabilité effective de ceux qui sont désignés, sans protection judiciaire et médiatique de toutes ces instances s’appuyant sur des comités « Théodule » est devenu un impératif pour le pays. Si l’on prend ce qui nous est arrivé dans l’épreuve sanitaire que nous traversons, nous trouvons tous les maux qui nous poussent dans le précipice. On menace les décideurs d’une épreuve judiciaire tandis que des comités énoncent des conseils et que des Agences régionales multiplient les avertissements. Le ministre « assume » une situation dont il n’a plus aucun contrôle, la bureaucratie ayant protégé ses arrières en multipliant les formules de parapluies et bretelles comme à son accoutumée. On nomme ainsi un éminent professeur Monsieur Vaccins et le tour est joué ! Or le problème devant nous est celui d’une vaccination de masse, et donc d’une organisation logistique considérable qui a toujours été réussie grâce à des professionnels, à des gens de terrain que l’on peut trouver sur l’ensemble du territoire national, mais pas dans les bureaux. Tant que l’on ne reviendra pas à la conception et à l’exécution des tâches par les gens dont c’est le métier (connaissances et expérience), on ne peut pas s’en sortir, mais pour cela il faut se débarrasser de toutes les superstructures inopérantes et castratrices dont nous avons inondé le pays.

Les « Gilets Jaunes » ne disaient pas autre chose au départ, les révoltés de la vaccination le disent aujourd’hui, en attendant les défenseurs de l’environnement qui hurlent contre les khmers verts constructeurs d’éoliennes, les automobilistes traqués, les industriels poursuivis, toutes les forces vives qui font la richesse et la prospérité nationales qui se trouvent bloqués puis punis par une administration pléthorique qui a remplacé le bon sens et l’efficacité par le suivi religieux de textes régissant dans les plus petits détails la vie de chacun.

C’est donc un carcan bâti depuis des années qu’il faut faire sauter : pour y arriver il faut l’autorité émanant du peuple souverain, malheureusement celui-ci appelle à l’aide de façon désordonnée et donc contradictoire, tenté aussi bien par l’abstention que par le vote extrémiste. Même très démonétisé et affaibli, le pouvoir actuel pouvant revendiquer sa légitimité devrait préparer la voie d’une débureaucratisation du pays en prenant à bras le corps au moins un ou deux sujets qui bloquent : l’accélération de la vaccination, l’islamisme radical, la révolte populaire contre les éoliennes… et non pas la politique vis-à-vis du climat où nous sommes déjà parmi les meilleurs élèves du monde !

L’Etat doit prouver son efficacité en se débarrassant de sa bureaucratie mortifère pour prouver à tous que c’est possible, qu’il y a encore de l’espoir, que l’on peut encore dans notre pays faire fonctionner des gens responsables, compétents et attachés au bien commun, et c’est ainsi aussi que la France entrepreneuriale et industrielle se redressera car c’est la mère de la prospérité retrouvée.

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