MEMORABILIA
Menaces, intimidations, outrances... Qu'est-ce que la Ligue de Défense Noire Africaine ?
Depuis sa création en 2017, la Ligue de Défense Noire Africaine collectionne les outrances et les actions coup de poing. 
© Manon Caveribère / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Menaces, intimidations, outrances… Qu’est-ce que la Ligue de Défense Noire Africaine ?

Par Vincent Geny

Publié le 04/01/2021 MARIANNE

Alors que la France déplore le décès de deux militaires, survenu le samedi 2 janvier 2021 au Mali, les activistes de la Ligue de Défense Noire Africaine affirment ne pas « regretter la mort » de ces soldats, les qualifiant de « terroristes militaires français ». Un groupuscule qui collectionne les excès depuis 2018.

La France est à nouveau endeuillée avec la mort de deux militaires de la force antidjihadiste française Barkhane au Mali le samedi 2 janvier 2021. Leur véhicule a été « l’objet d’une attaque à l’engin explosif improvisé lors d’une mission de renseignement » a précisé l’Élysée. Florence Parly, ministre des armées, rendra hommage ce mardi 5 janvier aux deux militaires du premier régiment de chasseurs ainsi qu’à un troisième, blessé.

Un groupuscule refuse de partager cette émotion : la Ligue de Défense Noire Africaine (LDNA) qui a assumé dans un tweet « ne pas regretter la mort de ces militaires qui n’auraient pas dû protéger au Mali les intérêts économiques de la bourgeoisie criminelle française menée par Bolloré ».

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« Afrodescendants révolutionnaires »

Fondée en 2017, et active depuis 2018, la LDNA est une association qui se définit comme un « mouvement révolutionnaire pour la défense des droits des Afrodescendants et des Africains ». Elle mélange idéologie antiraciste, panafricaine et anticoloniale tout en faisant des opérations coup de poing contre tous ceux qui participeraient, selon elle, au racisme anti-noir.

Le fondateur, Egountchi Behanzin, de son vrai nom Sylvain Afoua, se revendique « activiste politique, anti-negrophobie, panafricain et révolutionnaire ». Son nom d’emprunt, loin d’être choisi au hasard, est celui du roi du Dahomey (ancien royaume africain devenu protectorat français en 1894), célèbre pour avoir longtemps lutté contre les armées coloniales.

L’année 2020 fut particulièrement chargée pour le groupuscule. Une manifestation illégale contre le racisme et les violences policières est organisée devant l’ambassade américaine à Paris le 6 juin, en écho à la mort de George Floyd. Devant plus d’un millier de personnes, l’activiste panafricain s’en prend à la France, estimant qu’il s’agit d’un « état totalitaire, terroriste, esclavagiste et colonialiste ! L’État français exploite son propre peuple, alors vous imaginez ce qu’ils font en Afrique » le ton est donné et fait réagir le Rassemblement National qui appelle à dissoudre le groupuscule.

Quelques jours plus tôt, le 30 mai, le leader de la LDNA avait déjà affirmé que « La France de Clodion le Chevelu, de Jeanne d’Arc, de Philippe Pétain ou de Charles de Gaulle n’est plus. Aujourd’hui c’est la France de la LDNA » appelant au passage au « renommage des rues, places et lycées » tout en incitant à retirer les statues de figures historiques jugées racistes. Pour lui, Montesquieu, Napoléon ou encore Charles de Gaulle devraient être dans un « musée des mauvais hommes ».

Obsédés de la race

Les membres de la LDNA sont aussi adeptes de la censure. Le 25 mars 2019, accompagnés d’autres associations qui luttent contre le racisme anti-noir, ils se sont réunis devant la Sorbonne pour réclamer l’annulation de la représentation des Suppliantes, pièce de théâtre du tragédien grec Eschyle. La présidence de l’université expliquait que les « comédiennes et comédiens ont été empêchés de force de rentrer se préparer et le public a été tenu dehors par des individus accusant la mise en scène de racialisme ».

En cause, l’utilisation de masques couleur cuivre pour représenter les Danaïdes, des femmes qui viennent d’Égypte. Des accessoires qui, selon Philippe Brunet, metteur en scène, correspondent aux pratiques antiques mais pour la LDNA et le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) s’apparentent à un blackface. Au final, la représentation s’est tenue deux mois plus tard, sans heurts.

Mais en avril, nouvelle pièce dans la machine. Une manifestation est organisée à la Villette, cette fois pour réclamer l’interdiction d’une exposition sur Toutânkhamon prévue à la Grande Halle. Pour les activistes, le célèbre pharaon ainsi que tous les habitants de l’Égypte antique étaient noirs et les archéologues européens cachent ce secret depuis des siècles.

Émilien Missuma, militant de la LDNA, affirme auprès de Radio-Canadaqu’il s’agit ni plus ni moins que d’une « falsification de l’histoire africaine, le blanchiment de l’histoire, et dans cette dynamique-là, il y a le blanchiment de la civilisation égyptienne ». Et tant pis si les historiens récusent ces accusations complotistes.

Intimidation, antisémitisme et appel au meurtre raciste

Ces activistes ont aussi eu affaire à la justice. Deux membres de la LDNA, dont Egountchi Behanzin, ont été condamnés le 25 novembre 2019 à six mois de prison pour acte d’intimidation – et l’un des deux également pour « menace de mort ». Deux mois auparavant, ils avaient pris à partie Patrick Balkany pour une affaire concernant une habitante de Levallois.

Le magazine Valeurs Actuelles a également affronté leurs méthodes après la publication d’une fiction où la députée d’origine africaine Danièle Obono (France Insoumise) était représentée des chaînes aux pieds, prise dans l’esclavage inter-africain.

En réaction, le 29 août 2020, Egountchi Behanzin et un membre de la LDNA se sont infiltrés dans les locaux du journal, vide. Alors dans l’illégalité, le chef du groupuscule répond au journal d’extrême droite sur Twitter qui parle de l’événement et s’étonne de ne pas avoir « le droit de pousser la porte de leurs locaux si on n’est pas un homme rose ?! C’est par ce genre de réflexions ataviques que l’on reconnaît les héritiers intellectuels des esclavagistes enfarinés du 18e siècle ». Trois jours plus tard, les militants se mobilisent devant les locaux de Valeurs Actuelles et s’entretiennent avec Geoffroy Lejeune, directeur de la rédaction.

L’échange tourne court lorsque Egountchi Behanzin demande si la rédaction serait « capable de prendre un député de confession juive à l’Assemblée nationale et de le projeter dans des camps de concentration ? ». Une obsession : la LDNA a déjà été épinglée par le site ConspiracyWatch pour ses propos sur les juifs. En janvier 2019, le compte Twitter du mouvement a notamment affirmé que « le respect n’est pas dû qu’au juif ».

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Au-delà de cet antisémitisme larvé et des attaques contre la France « totalitaire, terroriste, esclavagiste et colonialiste » les militants de la LDNA vont parfois un peu plus loin.

Choqués par des heurts en Afrique du Sud qui ont fait 10 morts sur fond de tensions avec des migrants en partie Nigérians, les activistes se sont rendus devant l’ambassade parisienne du pays pour appeler à arrêter la xénophobie, mais uniquement entre Africains.

En effet, un participant, applaudi par le reste des manifestants, s’est adressé à ses homologues africains, leur expliquant que « si vous voulez être xénophobe, d’accord. Commencez par tuer les Blancs, commencez par tuer les Chinois, commencez par tuer les Indiens. Ne tuez pas vos frères nous avons la même couleur. »

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À LIRE AUSSI : Thuram, Rokhaya Diallo, Ligue de défense noire africaine : d’où vient le racisme des « antiracistes » ?

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