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Citoyens tirés au sort, recours à des consultants privés: le naufrage de l’Etat français.

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Emmanuel Macron Elysée gouvernement gestion crise sanitaire

Citoyens tirés au sort, recours à des consultants privés : qui osera tirer en 2022 les conclusions nécessaires du naufrage de l’Etat français mis en lumière par le quinquennat Macron ? 

Après le comité citoyen chargé de contrôler la vaccination, des consultants du groupe MacKinsey vont accompagner le gouvernement. Le tout dans le pays qui consacre 56% de sa richesse aux dépenses publiques… 

Avec Pierre Bentata, Edouard Husson ATLANTICO, 7 janvier 2021.

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Atlantico. fr : Après le comité citoyen chargé de contrôler le processus de vaccination, le gouvernement a recours à des consultants du groupe McKinsey pour l’accompagner dans sa stratégie vaccinale. Comment expliquer que l’Etat ait besoin d’une telle aide extérieure ? Est-ce une défaillance des troupes, du commandement ou les deux ? 

Pierre Bentata : Cette défaillance est avant tout stratégique. Elle est la preuve que le gouvernement n’avait véritablement pas préparé la campagne vaccinale. Les raisons qui peuvent amener à un tel fiasco sont inconnues pour le moment mais on pourrait croire que le gouvernement a joué la montre face aux inconnues du vaccin. Mais finalement ils se sont retrouvés pris à leur propre piège car face aux autres pays le gouvernement a du réagir vite. Dès lors, ils se sont retrouvés contraints de demander une aide extérieure. 

Le problème vient du haut du gouvernement mais la lenteur de réactivité est tout d’abord structurelle. 

Edouard Husson : Nombreux sont ceux qui ont vraiment cru qu’Emmanuel Macron représentait l’avènement d’un monde nouveau, d’une nouvelle façon de faire de la politique. Or Emmanuel Macron, c’est le monde ancien dans toute son ampleur. Ce si jeune président né en 1977 accompagne en fait l’hiver de la pensée soixante-huitarde. La pensée 1968, ce n’est pas seulement le dévergondage sexuel qui, quelquefois, tourne très mal. C’est aussi, dans la grande tradition marxienne portée par « la Nouvelle Gauche », les « Maos », les trotskistes, le « dépérissement de l’Etat ». C’est le « Nouveau Management Public », l’engouement pour la privatisation des gains et la socialisation des pertes. Et c’est bien entendu le recours aux grandes sociétés de conseil.  Ce qu’il faut reprocher à Emmanuel Macron, c’est de ne pas rompre avec une pratique courante chez ses prédécesseurs.  Car tous les gouvernements depuis 25 ans font appel à McKinsey, Deloitte, le BCG, EY et bien d’autres cabinets encore. Il faudrait un jour demander un audit des dépenses ainsi engagées. Pensez que toute la digitalisation de l’Etat s’est faite ainsi, avec des prestataires externes, qui ont en plus construit un système différent par ministère.  Les grands cabinets participent pleinement à cette économie de connivence.  Ce qui est nouveau, c’est le fait que cela sorte dans la presse. Macron est à la fois un imposteur: il ne cesse de mettre du vin vieux dans des outres neuves; et un révélateur des pratiques anciennes qu’il disait pourtant avoir abandonnées. 

Les Français devraient-ils se tourner vers de vraies solutions libérales pour éviter d’appeler des pompiers à la rescousse ? Dans l’histoire politique du pays avons-nous fait appel à des intervenants extérieurs pour suppléer les gouvernants ?  

Pierre Bentata : Si les Français étaient moins idéologues et terrifiés par le mot libéralisme et les entreprises privées, nous aurions dû faire appel à ces dernières. La solution la plus efficace et évidente aujourd’hui pour résoudre les problèmes de logistique serait de faire appel à Amazon. Néanmoins, cela serait un aveu d’échec terrible dans un moment où la France est dans une période de régulation des GAFA. Ce que nous avons de plus efficace en France ce sont les entreprises privées. Dans une moindre mesure, nous aurions pu faire appel à des spécialistes moins connotés comme La Poste qui a déjà un réseau et la compétence. 

Ce qui est très puissant dans les réseaux privés reste leur capacité à couvrir le territoire car ils ne sont pas centralisés. Aujourd’hui, de nombreux élus locaux se plaignent de la centralisation du système qui empêche d’avoir une chaîne logistique. 

On a toujours eu besoin de l’aide du privé. Le dernier exemple en date, avant la pénurie des vaccins, est la pénurie de masques ou de gel hydroalcoolique. Ceux qui ont sauvé notre système de santé sont bien les entreprises privées, l’aide de Décathlon, LVMH, des propriétaires d’imprimantes 3D a été précieuse. Le secteur est venu à la rescousse. 

Quand on voit les récentes enquêtes d’opinion, les Français ne sont malheureusement pas prêts à demander l’aide du privé. Quand la plupart des médias annoncent que la crise est liée à une crise du capitalisme, puis du libéralisme, les citoyens ne sont pas aiguillés vers le privé. Le fait que le gouvernement ne se dirige pas vers ces solutions pour des raisons électoralistes se comprend.

Edouard Husson : Qu’appelle-t-on libéral? Au début du quinquennat, on nous expliquait que le président serait libéral. Le problème auquel nous sommes confrontés est le fait qu’une génération de technocrates sans  aucune culture générale est arrivé au pouvoir dans la voiture-balai de la mondialisation heureuse. Macron et sa génération sont des enfants sacrifiés par le collège unique, nourris du prêt-à-penser des années néo-libérales. Ils ont grandi dans le monde où Francis Fukuyama avait décrété « la fin de l’histoire ». Ils ont absorbé à grandes gorgées la pensée post-nationale. Pour eux, l’Etat dénationalisé est appelé à s’agréger au Léviathan d’une immense bureaucratie internationale en réseau. Le plus urgent est de recommencer à traiter les grandes questions dans le cadre de la nation démocratique, de débrancher l’Etat de ses connexions transnationales. Cela implique aussi de renoncer à travailler avec McKinsey et tous ces cabinets qui travaillent indifféremment avec tous les gouvernements, en faisant appliquer les mêmes recettes sans égard à la culture ni à la nationalité.   

Si les Français ne font pas appel à une solution libérale, vers quelles solutions pourraient-ils être amenés à se tourner ? Quels en sont les risques ?

Pierre Bentata : Si on ne fait pas appel au privé, la meilleure solution logistique reste l’armée. Il est tout à fait possible que les Français voient d’un meilleur oeil que l’armée prenne cela en charge. Cela entre dans la continuité des enquêtes d’opinion que l’on a aujourd’hui. On le voit avec le général de Villiers qui capitalise 20% d’intention de votes s’il se présentait. 

Les fiascos à répétition depuis le début de la crise confirment que nous avons un gouvernement très fort mais en même temps très faible. En justifiant ses défaillances sur un problème d’autorité auprès des Français, il montre que nos compatriotes penseront avant tout à l’armée pour régler les problèmes. 

Les risques sont importants à cela car avoir des dirigeants politiques qui sont des militaires n’a jamais fait ses preuves. Si la dérive est autoritaire, cela laisse moins de place pour le privé hors ce qui fait la prospérité d’un pays c’est l’initiative privée et le fonctionnement du marché. 

Edouard Husson : Le libéralisme peut être la pire des choses lorsqu’il se met aux service des intérêts supranationaux. Il peut être la meilleure des choses s’il se déploie dans le cadre de la souveraineté nationale. Nous avons beaucoup à apprendre de Margaret Thatcher à condition de la voir pour la patriote qu’elle était, ayant horreur du « néolibéralisme » à la sauce bruxelloise. La France a éminemment besoin de libéralisme au sens d’une baisse de la fiscalité, d’une vraie simplification des conditions d’embauche et de licenciement, d’une libération des forces entrepreneuriales. La France a besoin aussi de libéralisme politique: rendre au parlement le rôle que lui attribue la Constitution de la Vè République, beaucoup plus parlementaire que ce qu’on croit et que la pratique du président Macron. Il nous faut moins d’administration centrale, moins de fonction publique territoriale, beaucoup plus de décentralisation et de démocratie locale.  Cela ne comporte pas de risque majeur, par comparaison avec le fait de continuer une politique où des cénacles très loin du terrain prennent des décisions uniformes pour des territoires et des sociétés différentes les unes des autres. 

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