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Comme les oies ont sauvé le Capitole…

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Georges Michel 7 janvier 2021 BOULEVARD VOLTAIRE

« Pendant qu’un profond silence enveloppait toutes choses, et que la nuit arrivait au milieu de sa course, votre verbe tout-puissant, Seigneur, a quitté le séjour royal des cieux » (Sagesse 18). Autrement dit, et de façon plus prosaïque : n’a pas pu s’empêcher de faire son cinéma !

Il n’était pas 3 heures du matin, heure française, ce 7 janvier 2021, lorsque Emmanuel Macronnous fit sa grande scène. Coiffé tout bien comme il faut, rasé de près malgré l’heure. En fond de tableau, le drapeau français – tout de même ! -, l’européen – c’est obligatoire – et la bannière étoilée des États-Unis d’Amérique, question de circonstance. L’heure est grave. Le Capitole a été attaqué par des séditieux pro-Trump. On ne minimisera pas cet événement qui fera sans doute date. Mais qui, franchement, a pu imaginer un seul instant que la grande démocratie, puisqu’il est convenu et convenable de la qualifier ainsi, qu’est la démocratie américaine a pu un seul instant être vraiment menacée ? Insultée mais menacée ?

Mais on aime tellement à se faire peur.

Alors, Emmanuel Macron, qui confond carrière et destin, est là pour porter secours à l’Amérique. En quelque sorte, l’Histoire, la grande Histoire, retiendra que la France aura été la première nation du monde libre à répondre à l’appel que personne ne lui a lancé.

On imagine la scène au Palais. Le Président encore au travail, ou à envoyer des SMS à ses conseillers, apprend la nouvelle. Enrobons de chambre la scène : Brigitte se pointe en nuisette dans le bureau privé où son homme s’épuise pour cette France qui ne le mérite pas : « Tu es au courant, Emmanuel ? » Et là, tout s’enchaîne très vite. On ameute l’aide de camp de service, quelques conseillers, la maquilleuse, les techniciens et quelques ratons laveurs. Même le chien Nemo est réveillé, le pauvre… « Il faut que je parle au monde. » C’est comme qui dirait son appel du 18 juin.

Et c’est parti. Deux minutes cinquante sept secondes pour l’Histoire. Pour une fois, il fait court. C’est bien. Mais vu l’heure, ça se comprend aussi et demain, pardon, tout à l’heure, y a école. « Quelques individus, violents, se sont introduits dans le temple séculaire de la démocratie américaine, le Capitole. » L’une des plus grandes puissances militaires du monde se mobilise nuitamment pour « quelques individus ». Mais c’est une question de symbole, on l’aura compris. Un petit silence et : « une femme a été tuée ». Le Président n’en dit pas plus. Parce qu’il n’en sait peut-être pas plus, à cette heure-là, mais pour l’insomniaque qui écoute en direct, comment ne pas comprendre que les séditieux sont responsables de cette mort. On sait, depuis, qu’elle a été tuée par la police.

Puis, le Président poursuit : « Quand, dans une des plus vieilles démocraties du monde, des partisans d’un président sortant remettent en cause, par les armes, les résultats légitimes d’une élection, c’est une idée universelle, celle d’un homme une voix, qui est battue en brèche… » Et d’évoquer La Fayette, Tocqueville. C’est bien ça, Emmanuel Macron vient au secours de la démocratie américaine. Washington, me voilà !

En même temps, l’occasion est trop belle pour régler son compte au président sortant. Souvenons-nous, at the peak moment des gilets jaunes, Donald Trump avait eu quelques tweets assassins. Ce qui avait fait réagir Jean-Yves Le Drian : « Je dis à Donald Trump, et le président de la République le lui a dit aussi : nous ne prenons pas partie dans les débats américains, laissez-nous vivre notre vie de nation. » On ne donne pas de leçons à Macron, mais Macron peut donner des leçons. Il n’empêche qu’un certain 8 décembre 2018, le temple de la démocratie française qu’est le palais de l’Élysée avait été transformé en bunker. On avait même envisagé une exfiltration du Président, car on n’en menait pas large alors.

Lorsqu’à la fin du règne de Charles X, le ministre des Affaires étrangères Polignac (1829-1830) avait juré qu’il sauverait la France, Talleyrand eut cette phrase définitive : « Oui, comme les oies ont sauvé le Capitole. » Vous l’aurez compris, Talleyrand parlait du Capitole de la Rome antique…

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