MEMORABILIA

Ivan Rioufol: «L’État doit entendre la révolte qui monte»

Ivan Rioufol, LE FIGARO, 7 janvier 2021

Les réalités: leur retour en force va bousculer l’année 2021. Elles portent en elles, potentiellement, de quoi faire valdinguer bien des idéologues et magiciens. Car il n’est pas saugrenu d’imaginer que ces faiseurs d’illusions, indifférents à la vie des gens ordinaires, aient bientôt des comptes à rendre à leurs victimes révoltées. En France, l’effondrement de l’État et le déclassement de la nation doivent beaucoup à cette oligarchie. Elle se partage les postes et dit le Bien depuis des décennies.

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Faut-il rappeler les derniers soubresauts du désastre? Derrière la façade Potemkine d’un pouvoir autosatisfait, le fiasco des vaccins anti-Covid vient s’ajouter à ceux des masques, des frontières, des tests. «L’État a tenu», s’était félicité Emmanuel Macron le 14 juin 2020. «Nous avons fait de bons choix au bon moment», a-t-il poursuivi lors de ses vœux du 31 décembre. Toutefois, l’emphase présidentielle ne peut plus masquer la débâcle.

La bonne nouvelle est que le virus a eu raison d’un État sénile, en surpoids administratif, atteint de comorbidités bureaucratiques. Un cabinet américain, McKinsay, a dû venir en aide dans la gestion des vaccins. La mauvaise nouvelle est que rien n’a été pensé pour régénérer un pouvoir agonisant et despotique. L’exécutif ne produit plus, au nom de la Santé sacralisée, que des normes angoissantes. Si elles ont réussi à paralyser en partie le pays, elles se révèlent incapables de souplesse. La lourdeur des procédures de vaccination n’appartient qu’à la France et à sa technocratie archaïque. Le président a laissé dire, dimanche, qu’il était furieux du constat. Mais c’est lui qui s’est institué chef de guerre. Il a présidé quarante Conseils de défense. Mardi, Olivier Véran a assuré sur RTL«Je pilote la gestion de cette crise depuis dix mois dans notre pays.» Qu’attend Macron pour sanctionner son impérieux ministre de la Santé?

Le modèle chinois, parce qu’il assure avoir vaincu le Covid, inspire des démocraties européennes fatiguées 

Il est peu probable que les Français se résignent à subir encore, sans broncher, les multiples interdits de la biopolitique. La vie ne peut se réduire à la survie, sous la protection maternante d’un État asphyxiant. Ce monde épuisé n’offre aucun idéal, sinon celui de l’asservissement hygiéniste et de l’enfermement nihiliste. Le modèle chinois, parce qu’il assure avoir vaincu le Covid, inspire des démocraties européennes fatiguées. Il contient pourtant tous les germes d’un totalitarisme sanitaire, construit sur la peur collective et les dénonciations individuelles. Les avocats du vaccin obligatoire peuvent aussi bien promouvoir les drones de surveillance, les sanctions contre les fêtards, la diabolisation des contradicteurs, la marginalisation des dissidents. L’Ordre sanitaire est devenu tyrannique, en restreignant les libertés d’aller et venir, de vivre sa vie, de commercer, d’enseigner, d’exercer son culte, de pratiquer la médecine, etc.

Ce monde-là, dénué de perspectives et d’espoir, ne tient que par un fil. D’autant que rien, dans le discours présidentiel, n’éclaire l’avenir. La proposition du chef de l’État d’installer un «collectif de citoyens» (35 personnes tirées au sortdès cette semaine) afin «d’associer plus largement» la population à la politique vaccinale est une insulte à la démocratie. Les Français ne peuvent se reconnaître dans ce machin: il met des gens en bouteille comme un décorateur le ferait d’une miniature. Macron a raison de s’inquiéter de la marginalisation du peuple. Mais le président n’arrive pas à lui parler simplement. Son auto-contentement n’a d’égal que sa propension à distiller chez les autres la haine de soi. Dans L’Express, il rappelle qu’il n’est pas «multiculturaliste», mais vante une «République plurielle». Il dénonce la «tyrannie victimaire», mais reconnaît «le privilège blanc». Sa pensée obscure n’apporte aucune lumière.

Décomposition

Les bâtisseurs de ruines ont fait leur temps. Les peuples sont en droit d’exiger l’autocritique de leurs dirigeants. La démocratie française a atteint un tel degré de décomposition qu’il faut craindre, pour 2021, d’autres possibles révoltes succédant à celles des «gilets jaunes». Un processus prérévolutionnaire est à l’œuvre dans la société. Il n’attend que son aboutissement. Le Système déraciné est dans le collimateur de l’histoire qui s’écrit. Mercredi, c’est la démocratie américaine qui a été un instant ébranlée, au cœur du Capitole (Washington), par un peuple aveuglé par la colère. La jeunesse française, sommée par les vieux soixante-huitards de se sacrifier au nom de leur propre santé, a toutes les raisons de s’estimer flouée. «On est prêts à mourir pour pouvoir vivre», expliquait l’organisateur d’une rave party clandestine, organisée à Lieuron (Ille-et-Vilaine) durant trois jours. Même l’évêque de Bayonne, Mgr Marc Aillet, a signé un subversif message de Noël aux citoyens: «Par tous les moyens légaux, unissez-vous pour défendre courageusement vos libertés fondamentales si menacées aujourd’hui.»

La tentation est grande pour le Pouvoir de maintenir une pression étatique et anxiogène, en prétextant un danger en fait marginal (le virus ne tue que 0,05 des gens, en majorité très âgés). Tocqueville avait prévenu: «Un peuple se soulève quand sa situation s’améliore, non quand elle empire.» La docilité apparente des citoyens tient à la propagande sécuritaire et à ses effets traumatiques. L’absence de contestations populaires significatives est comprise par les tenants du tout sanitaire comme un blanc-seing. Les restaurateurs et bistrotiers savent déjà qu’ils ne rouvriront pas le 20 janvier, à moins de passer outre. Plutôt que d’informer sur les soins préventifs et curatifs (vitamines D et C, zinc, ravintsara, hydroxychloroquine, ivermectine, etc.), le gouvernement a fait de la vaccination l’alpha et l’oméga de sa politique, alors même que Véran a admis une «possibilité de transmettre le virus après le vaccin». Tout ceci est explosif.

Omerta et gauche caviar

L’époque est frelatée. Elle en devient puante. Dans un livre sorti jeudi, Camille Kouchner, fille de Bernard Kouchner et d’Évelyne Pisier, dénonce les pratiques pédophiles et incestueuses de son beau-père, Olivier Duhamel (voir mon blog).

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Politologue et constitutionnaliste, Duhamel est l’incarnation de la gauche caviar, mondaine, intimidatrice. Or si celle-ci n’a jamais manqué de pourfendre l’Église pour ses crimes pédophiles, elle s’est gardée de dénoncer les turpitudes du médiatique pervers. Les nouvelles générations, héritières flouées, n’ont pas fini de demander des comptes.

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