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Éric Zemmour: «Comment la Grande-Bretagne a pris l’Union européenne à son propre jeu»

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CHRONIQUE – En définitive, la Grande-Bretagne aura accès au grand marché européen sans droit de douane, mais le droit britannique ne sera pas soumis au droit européen.

Par Eric Zemmour LE FIGARO 8 janvier 2021

Quatre ans pour divorcer et séparer la Grande-Bretagne de l’Union européenne! C’est long et court à la fois pour un événement aussi considérable. On peut balayer le sujet avec ironie, dire que le Royaume-Uni n’ayant jamais été vraiment dans l’Union, elle n’en sera jamais vraiment dehors. En fait, les Britanniques ont toujours eu la même attitude depuis leur entrée en 1973 dans ce qui s’appelait encore le Marché commun: favorables à l’aspect économique du projet européen, ils refusent avec obstination son aspect politique. C’est d’ailleurs pour cette raison – on l’a oublié – que Georges Pompidou avait accepté leur arrivée – après les deux refus du général de Gaulle: avoir un soutien de poids dans la résistance aux conceptions fédéralistes et donc antigaullistes des milieux bruxellois.

Le Brexit n’est que l’ultime manifestation de cet ancien jeu. Les Anglais voulaient continuer à commercer librement avec le reste du continent, mais ils voulaient se débarrasser de la tutelle des directives de la Commission, des arrêts de la Cour de justice et de la liberté des personnes au sein de l’Union (alors même qu’ils n’ont jamais ratifié les accords de Schengen!). La Commission de Bruxelles, emmenée par son négociateur en chef Michel Barnier, souhaitait, comme de bien entendu, l’inverse: pas d’accès de la Grande-Bretagne au marché européen si elle ne se soumet pas au droit européen et à la jurisprudence de la Cour de justice européenne.

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Résultat des courses: la Grande-Bretagne aura accès au grand marché européen sans droit de douane, mais le droit britannique ne sera pas soumis au droit européen. Tout le reste est nuances, compromis, hypothèses. Mais le principe demeure.

Idéologie libre-échangiste

La Commission de Bruxelles a été dépassée par sa propre idéologie libre-échangiste. Elle voulait punir le Royaume-Uni, mais son logiciel a été le plus fort. Un logiciel qui lui avait été enseigné, dans les années 1980, par les Anglais eux-mêmes. Elle craignait le dumping social et fiscal d’outre-Manche, mais c’est le traité de Maastricht qui a organisé le dumping social (Pologne, Roumanie) et fiscal (Irlande, Hongrie). C’est comme si la Commission négociait avec elle-même. Les Anglais roués ont su en profiter.

La Grande-Bretagne a déjà répliqué la plupart des accords de libre-échange que l’Union a signés avec de nombreux pays (77) du monde. Ni mieux ni moins bien. La force de négociation de l’Union tant vantée, c’est du vent! Dans un univers protectionniste, l’appartenance à une grande zone de libre-échange est un avantage économique qui mérite certains sacrifices en matière de souveraineté. Mais dans un monde de libre-échange où il n’y a quasiment plus de droits de douane, l’avantage se réduit à pas grand-chose. Il ne reste que les pertes de souveraineté et les inconvénients. L’Union s’est voulue depuis quarante ans le cheval de Troie de la mondialisation. Elle a ainsi détruit elle-même son principal avantage comparatif. C’est l’ultime cadeau que lui ont fait les Britanniques: éventer ce secret bien gardé. Perfide Albion.

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