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Coronavirus: le pouvoir chinois entrave une mission de l’OMS

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La thèse selon laquelle le Covid-19 serait sorti d’un laboratoire de Wuhan ressurgit.

Par Isabelle Lasserre 8 janvier 2021. LE FIGARO

Un an après l’éruption du Covid-19 à Wuhan, elle arrivait déjà après la bataille, une fois la plupart des indices volatilisés. Mais les autorités chinoises ont jugé que le risque était suffisamment important pour bloquer la mission de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et empêcher ses dix enquêteurs de se rendre sur place pour mener des investigations sur l’origine du virus. Même si, assure Pékin «les négociations se poursuivent», plusieurs membres de l’équipe n’ont pas reçu leurs visas.

«La recherche de la source est très compliquée. Pour assurer le bon déroulement des travaux du groupe international d’experts en Chine, les procédures nécessaires doivent être respectées et des arrangements spécifiques doivent être pris», a affirmé le ministère des Affaires étrangères dans une justification très politique.

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Avant de bloquer la mission de l’OMS, le régime chinois s’était déjà assuré d’en limiter la marge de manœuvre en exigeant de coopter les scientifiques et en leur imposant de se baser, pour les analyses des données, sur les enquêtes déjà effectuées par Pékin. La Chine a par ailleurs maintenu l’ambiguïté sur la possibilité pour les enquêteurs de l’OMS de se rendre à Wuhan. Tedros Adhanom Ghebreyesus, élu en 2017 à la tête de l’organisation avec le soutien de Pékin et réputé pour pencher du côté des thèses chinoises, s’est déclaré «très déçu».

À VOIR AUSSI – Origine du virus: «C’est frustrant et décevant», regrette l’OMS en route vers la Chine sans les autorisations nécessaires pour enquêterOrigine du virus: «C’est frustrant et décevant», regrette l’OMS en route vers la Chine sans les autorisations nécessaires pour enquêter PartagerPauseUnmuteCurrent Time 0:32/Duration 1:30Loaded: 99.60% Picture-in-PictureFullscreen

Origine du virus: «C?est frustrant et décevant», regrette l?OMS en route vers la Chine sans les autorisations nécessaires pour enquêter – Regarder sur Figaro Live

«Quelque chose à cacher»

Ce jeu de cache-cache et de tracasseries administratives fait penser à celui qu’avait mené l’Iran avec les inspecteurs internationaux de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui devaient enquêter sur le programme nucléaire de la République islamique. Pendant plusieurs années, les autorités, qui voulaient dissimuler leurs activités illicites, avaient bloqué l’accès des enquêteurs à plusieurs sites. Comme le dit le spécialiste de l’Institut Montaigne François Godement dans un tweet, «il devrait maintenant être évident que si la Chine refuse une enquête de l’OMS, même très peu dangereuse, et dirigée par un scientifique qui s’est opposé à toutes les hypothèses d’un accident de laboratoire, c’est parce qu’elle a quelque chose à cacher».

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Et aussi à protéger… Depuis un an, la Chine a consacré tous ses efforts à faire oublier qu’elle est à l’origine de la pandémie. Les autorités n’ont cessé de réécrire l’histoire pour se disculper de toute responsabilité. Pour convaincre qu’elle n’est pas à l’origine du virus, la Chine est même allée jusqu’à affirmer qu’il avait été importé dans le pays par de la nourriture congelée venant de l’étranger. Plus récemment, le ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, a affirmé que «la pandémie a probablement été causée par des éruptions séparées dans de multiples endroits dans le monde». Le gouvernement chinois, qui présente aussi le pays comme un modèle dans la gestion de la crise sanitaire, tente de faire oublier le fait qu’il a tardé à reconnaître l’apparition du virus en suggérant qu’il est venu d’ailleurs.

Les Chinois s’en sortent les doigts dans le nez ! Si ça avait été l’Iran ou la Russie, on n’aurait jamais laissé passer !Valérie Niquet, spécialiste de l’Asie à la Fondation pour la recherche stratégique

Les efforts révisionnistes du gouvernement chinois portent leurs fruits en Occident. «Tout le monde oublie qu’ils sont indirectement responsables de la mort de 1,8 million de personnes! On n’en parle plus! Les Chinois s’en sortent les doigts dans le nez! Si ça avait été l’Iran ou la Russie, on n’aurait jamais laissé passer!», commente Valérie Niquet, spécialiste de l’Asie à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

«Exercice Potemkine»

La visite de l’OMS est d’autant plus sensible pour le gouvernement chinois que la théorie selon laquelle le Covid se serait échappé d’un laboratoire ressurgit. Le rebond est venu de Matthew Pottinger, vice-conseiller à la sécurité nationale, l’influent «M. Chine» de Donald Trump (qui a démissionné mercredi après l’assaut du Capitole, NDLR).S’exprimant par Zoom devant des élus américains et étrangers, il a affirmé, citant les derniers rapports des services de renseignement, «qu’un nombre croissant de preuves désignaient l’Institut de virologie de Wuhan comme la source la plus crédible du virus».

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Selon l’ancien leader des conservateurs britanniques Iain Duncan Smith, qui a participé à la réunion et est cité dans le Daily Mail, les informations émaneraient d’un ancien scientifique du laboratoire chinois réfugié aux États-Unis. Certains membres de la mission de l’OMS, que Matthew Pottinger compare à un «exercice Potemkine», ont eux aussi suggéré, en chuchotant, qu’une erreur de manipulation dans un laboratoire de Wuhan n’était pas exclue. Le sujet est jugé suffisamment inquiétant par le pouvoir chinois pour qu’il condamne, fin décembre, la journaliste citoyenne Zhang Zhan, qui avait couvert la mise en quarantaine de Wuhan, à quatre ans de prison.

Il n’y a aucune raison que n’apparaisse pas à nouveau, dans un an ou dans deux ans, un nouveau virusValérie Niquet, spécialiste de l’Asie à la Fondation pour la recherche stratégique

Mais, pour Valérie Niquet, l’essentiel est ailleurs. «Le système n’a pas changé. Il est toujours aussi corrompu. Aucun contrôle de propreté n’est exercé dans les marchés, où les Chinois continuent à vendre n’importe quels animaux pour gagner un peu d’argent. Les leçons n’ont pas été tirées. Il n’y a donc aucune raison que ça ne recommence pas et que n’apparaisse pas à nouveau, dans un an ou dans deux ans, un nouveau virus.»

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