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À Sciences Po Paris, l’idéologie racialiste fait peu à peu son nid

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Pour mémoire: Olivier Duhamel, président de la Fondation Nationale des Sciences Politiques et Frédéric Mion, Directeur de l’IEP…

Artofus.

ENQUÊTE – Le prestigieux établissement connaît une montée croissante des pensées racialiste, décolonialiste et indigéniste. Conférences, travaux de recherche, revendications de modules de cours… De petits groupes, inspirés par des thèses américaines, constituent une minorité agissante qui inquiète de nombreux étudiants et des parlementaires.

Par Wally Bordas LE FIGARO

«Depuis quelques mois, nous avons franchi un cap très inquiétant.»Romain*, étudiant à Sciences Po Paris, ne cache pas son appréhension. Comme beaucoup de ses camarades, il constate une montée croissante des pensées racialiste, décolonialiste et indigéniste au sein de son établissement. «Avec le coronavirus, le seul lien que nous avons avec notre école, c’est sur internet. Et presque toutes les deux semaines, nous voyons une nouvelle polémique créée par l’un de ces groupuscules»,dénonce le jeune homme, qui préfère conserver son anonymat par peur de représailles. «Il y a un tel haro sur le sujet que l’on se demande même s’il n’est pas dangereux d’en parler, d’alerter les gens sur ce qui est en train de se passer», redoute-t-il.

Ces personnes passent leur vie à traquer qui est dominant et qui est dominé de manière totalement manichéenne. Anne-Sophie Nogaret, co-auteur avec Sami Biasoni du livre Français malgré eux. Racialistes, décolonialistes, indigénistes : ceux qui veulent déconstruire la France.

Les deux dernières controverses sur le sujet ont fait couler beaucoup d’encre. La première a eu lieu en août. En cette période estivale, Sciences Po publie sur son site et sur son compte Instagram une liste de lecture destinée à ses élèves. Parmi les dix livres recommandés dans la catégorie «antiracisme non-fiction», des ouvrages comme Comment devenir antiraciste, d’Ibrahim X. Kendi, Fragilité blanche, de Robin DiAngelo, Why I’m no Longer Talking to White People About Race(«Pourquoi je ne parle plus de la race aux gens de couleur blanche»), de Reni Eddo-Lodge, ou encore Me and White Supremacy («Moi et la supériorité blanche»), de Layla F. Saad. Une liste très éloquente qui suscite immédiatement la polémique: plusieurs organisations étudiantes, mais aussi quelques personnalités politiques, comme Julien Aubert (LR), la dénoncent sans ménagement.

Des groupes militants très organisés

Des ouvrages qui n’ont pas été sélectionnés par l’école mais par les internautes sur les réseaux sociaux de l’institution. «L’école s’est défendue en expliquant ce vote par la participation d’élèves anglo-saxons, d’où proviennent toutes ces théories. En réalité, elle sait très bien que les groupes militants, qui souhaitent faire passer leurs messages, sont très organisés pour ce genre de sondage. Ceux qui ont voté pour ces livres ont réussi un véritable coup politique», explique Sami Biasoni, auteur, avec Anne-Sophie Nogaret, du livre Français malgré eux. Racialistes, décolonialistes, indigénistes: ceux qui veulent déconstruire la France.

Plus récemment, en décembre, c’est à nouveau sur les réseaux sociaux que naît la discorde. Un groupe d’étudiants Beingblackatsciencespo (« Être noir à Sciences Po »), publie sur Instagram toute une série de revendications: il réclame la création de cours obligatoires pour les étudiants «à propos de l’intersectionnalité raciale, la théorie critique de la race et la pensée décoloniale». L’objectif? Permettre, notamment aux jeunes «non racisés» (les étudiants Blancs, NDLR), qui perpétuent selon eux le racisme au sein de l’école, «de se rendre compte de leur attitude raciste». Des modules qui donneraient également la possibilité aux étudiants «de comprendre la portée du colonialisme dans le curriculum». «Nous souhaitons inspirer un réel changement dans la façon dont l’école traite les sujets liés à la race. Nous voulons également inviter nos abonnés à réfléchir de manière critique sur les problèmes de racisme ancrés dans la société française, dus à l’histoire coloniale du pays et la construction sociale de la race qui en a résulté», expliquent les étudiants à l’origine de ce groupe, contactés par Le Figaro. Des revendications qui font immédiatement réagir dans la communauté étudiante de l’école. «Ces dérives sont hallucinantes, mais ce n’est pas la première fois que cela arrive. Ces dernières années, de plus en plus d’étudiants et d’enseignants défendent ce type d’idées», jure Antonin Ferreira, secrétaire général du groupe LR à Sciences Po Paris.

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Ces thèses, importées des États-Unis, infusent depuis quelques années dans nombre d’universités françaises. Et Sciences Po ne fait donc pas exception. «Le racialisme est la version actualisée de la pensée fasciste ou d’extrême droite: cette idéologie consiste à dire que la différence entre les individus est fondée sur leur race, leurs origines, leur couleur de peau. Aujourd’hui, ce sont les mouvements d’extrême gauche, très présents dans les établissements d’enseignement supérieur, qui se sont approprié cela car ils estiment ces thèses pertinentes pour penser les différences sociales entre individus. Pour eux, s’il y a des inégalités sociales, ce serait uniquement en raison des différences de races», explique Sami Biasoni. Ces argumentations «sont très dangereuses», juge Anne-Sophie Nogaret, sa co-auteur: «Ces personnes passent leur vie à traquer qui est dominant et qui est dominé de manière totalement manichéenne. Cela pousse les jeunes générations à avoir un discours exclusivement victimaire: il y a forcément un coupable et une victime. Soit on est d’accord avec eux, soit on est raciste.»

Et les controverses ayant éclaté récemment ne seraient que la partie émergée de l’iceberg. Selon de nombreux étudiants, de plus en plus de petits groupes militants se créent autour de ces sujets dans la prestigieuse école de la capitale«Il y a toute une galaxie d’associations, pas toujours reconnues comme telles par l’école, qui se revendiquent de la mouvance intersectionnelle et décoloniale. Certains syndicats, comme Solidaires Étudiants, les soutiennent souvent», estime Côme Gojkovic, responsable du syndicat UNI à Sciences Po. «L’association Salaam Sciences Po, qui organise des événements autour de la culture musulmane, a plusieurs fois fait intervenir des invités impliqués dans la mouvance indigéniste», cite également en exemple Antonin Ferreira.

Comment voulez-vous travailler avec des gens qui vous disent que, parce que vous êtes Blanc, vous n’avez pas le droit de participer à la discussion ? Thomas Le Corre, président de la section Unef à Sciences Po

Même Thomas Le Corre, le président de la section Unef (Union nationale des étudiants de France) à Sciences Po a constaté ces dérives. «Comme nous, ces groupes d’étudiants dénoncent les discriminations qui peuvent exister dans notre établissement. Nous avons donc essayé de collaborer avec eux dans le passé, mais ce n’est pas possible. Comment voulez-vous travailler avec des gens qui vous disent que, parce que vous êtes Blanc, vous n’avez pas le droit de participer à la discussion, que vous ne pouvez pas comprendre ce que vivent les Noirs ou les personnes maghrébines?» interroge-t-il.

Romain, qui assiste de manière assidue aux conférences organisées par des associations de Sciences Po, rapporte que certaines d’entre elles sont parfois perturbées par ces militants. «Je ne comprends pas, dès qu’une personnalité est invitée pour donner son avis, cela ne convient pas à tel ou tel groupe et il y a des pressions pour que l’événement soit annulé», dénonce-t-il.

Le cas s’est notamment produit en 2019 lors d’une conférence d’Alain Finkielkraut au cours de laquelle un groupe militant, nommé Sciences Po en lutte – Institut Clément Méric, a insulté et chahuté l’académicien lors de son arrivée à l’école. L’événement a toutefois eu lieu grâce à l’intervention des forces de l’ordre. «C’était hallucinant, une petite flopée d’étudiants voulait lui bloquer l’entrée et lui hurlait “facho”, “raciste”, “ordure”. Et ce n’est pas un cas isolé, un paquet de conférences ont été annulées à cause de ce genre de pression. À tel point que, maintenant, il y a une sorte d’autocensure des associations organisant des conférences, qui préfèrent inviter des personnalités plus lisses, souvent de gauche»,assure Antonin Ferreira, qui est également élu étudiant au conseil de l’Institut.

«Mollement pour, car progressistes»

S’il y a indéniablement une minorité agissante d’élèves qui pousse pour faire émerger ces thèses, une grande partie des étudiants de l’école, pourtant, ne s’y intéresse pas plus que cela. «La majorité de mes camarades n’en a pas grand-chose à faire, même s’ils sont finalement mollement pour, car progressistes. Ils préfèrent rester passifs mais s’agacent en silence que le débat n’ait pas lieu de manière saine et apaisée mais de façon toujours aussi acide», estime une étudiante.

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En réalité, cela ferait déjà plusieurs années que la grande école parisienne aurait laissé entrer ces thèses en son sein. «Sciences Po Paris était une grande école typiquement française jusqu’aux années 2000. C’est Richard Descoings, directeur de 1996 jusqu’à sa mort, en avril 2012, qui l’a transformée en espèce de campus international sur le modèle américain, avec tout ce que cela a de positif et de négatif», explique Barbara Lefebvre, professeur d’histoire-géographie et co-auteur desTerritoires perdus de la République.

Une partie du corps enseignant se serait depuis petit à petit impliquée sur ces thématiques. «Beaucoup de chercheurs et de doctorants de l’école sont engagés sur ces questions. Ils publient des thèses ou des articles de recherche sur les sujets racialistes et, plus généralement, sur tout ce qui a trait aux discriminations», indique Thomas Le Corre (Unef). Ce que confirme Côme Gojkovic (UNI): «Il n’est pas rare que certains enseignants en sociologie abordent leurs cours sous un angle racialiste en se basant sur la science sociale américaine. Une minorité qui rencontre un écho grandissant.»

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Contactée par Le Figaro, Sciences Po n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet. Un silence qui s’explique par une «peur d’offenser certains étudiants», selon Barbara Lefebvre qui pense que «l’administration de l’école ne souhaite pas entrer dans ce genre de débat par crainte de se faire traiter d’anti-progrès ou de raciste».

Une situation qui inquiète le député LR Julien Aubert. Au point de demander, avec son collègue Damien Abad, l’ouverture d’une mission d’information sur les dérives idéologiques dans les universités. Une requête pour l’instant restée lettre morte. «Il faut faire quelque chose!,martèle le parlementaire. Il est très alarmant qu’une partie de l’argent public puisse être utilisée pour financer ce type de mouvements qui n’ont pas grand-chose de républicain.»

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One Reply to “À Sciences Po Paris, l’idéologie racialiste fait peu à peu son nid”

  1. Réjouissant moyen de contourner le frustrant « Réservé aux abonnés » du Figaro : la lecture de votre blog ! Mais, clin d’oeil mis à part, le sujet est grave et pointe la lâcheté, voire la complaisance de moult instances dirigeantes des universités et plus généralement de l’Education. Sans que cela relève le niveau d’exigence « scolaire », bien au contraire ; voir par exemple le classement des écoliers français en maths et le « bradage » du baccalauréat.

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