MEMORABILIA

L’éditorial du Figaro Magazine: «Impeachment numérique»

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Le bannissement de Donald Trump des réseaux sociaux, devenus une puissance politique hors de tout contrôle, inquiète Guillaume Roquette, directeur de la rédaction.

Par Guillame Roquette. 15 janvier 2021. FIGARO MAGAZINE

En fermant les comptes de Donald Trump, Twitter et Facebook ont réussi l’impeachment que le Parti démocrate tente encore d’imposer au président sortant. Ils ont fait taire une parole qui ne leur convenait plus. Et tant pis si cette censure s’exerce envers le chef d’État démocratiquement élu du plus grand pays du monde libre.

On rétorquera peut-être qu’ils ont agi en défenseurs de la démocratie. Mais alors, pourquoi Twitter ne ferme-t-il pas le compte de l’ayatollah Khamenei ou celui de l’ancien premier ministre malaisien qui affirmait récemment que les musulmans étaient en droit de tuer des millions de Français? La vérité est que les géants du numérique sont devenus une puissance politique hors de tout contrôle.

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Et qu’on ne vienne pas dire qu’ils sont des outils de communication privés, libres d’édicter leurs conditions contractuelles et de décider ce que l’on peut dire ou pas sur leurs plates-formes. Ce serait oublier leur rôle absolument vital pour quiconque souhaite s’adresser au plus grand nombre: il est devenu impossible pour un responsable politique d’exister sans eux.

Par leurs performances et leurs moyens financiers quasi illimités, Twitter et Facebook ont écrasé tout le monde, acquérant un monopole de fait sur l’information de milliards de cerveaux. Tel est le paradoxe du monde digital: il devait démultiplier le champ démocratique en permettant à tout individu muni d’un smartphone de parler librement à la planète entière, mais, par un mouvement de concentration sans précédent dans l’histoire économique mondiale, il a conféré un pouvoir exorbitant à une poignée de multimilliardaires qui ne rendent de comptes à personne, et surtout pas aux électeurs.

Est-il encore possible de reprendre le contrôle? Commençons par écarter le scénario d’un retour à davantage de pluralisme par l’émergence de nouveaux acteurs. Ensemble, les Gafam pèsent désormais près de 8000 milliards de dollars en Bourse, trois fois le PIB annuel de la France! Ils sont assez puissants pour empêcher l’émergence de n’importe quel concurrent. De plus, par leur savoir-faire technologique (dans l’intelligence artificielle en particulier), les réseaux sociaux ont créé chez leurs utilisateurs une addiction qui n’est pas près de cesser (l’auteur de ces lignes, comme 300 millions de personnes dans le monde, reconnaît volontiers ne plus pouvoir se passer de Twitter).

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La seule solution pour éviter que les Gafam n’imposent leur «orthodoxie idéologique» (selon l’expression du politologue Dominique Reynié dans Le Figaro) serait de leur imposer des règles. Ne plus les laisser décider arbitrairement qui peut ou non s’exprimer chez eux.

La Pologne veut ainsi sanctionner financièrement les réseaux sociaux qui censureraient des propos non condamnables par les lois de ce pays, mais elle aura bien du mal à y parvenir seule, tant le rapport de force est disproportionné. L’Europe doit agir collectivement, comme elle a commencé à le faire sous l’égide de la Commission. Entre les États et les réseaux, le bras de fer ne fait que commencer.

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