MEMORABILIA

L’affaire Fillon, un coup d’Etat judiciaire ? Régis de Castelnau.

BONNES FEUILLES

Régis de Castelnau publie « Une Justice politique: Des années Chirac au système Macron, histoire d’un dévoiement » aux éditions de L’Artilleur. A l’heure où les questions judiciaires occupent un espace médiatique toujours plus important, toutes les études démontrent pourtant que l’opinion publique se défie désormais de la Justice. Cette défiance prend d’abord racine dans la perte flagrante par la magistrature de sa neutralité au profit d’un exercice politique de sa mission. Extrait 2/2. 

Régis de Castelnau, ATLANTICO, 17 janvier 2021.

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Parler aujourd’hui de l’affaire Fillon impose un préalable : sortir des débats et des discussions qui n’ont plus lieu d’être pour savoir si le candidat choisi par la primaire de la droite pour la représenter à l’élection présidentielle de 2017 a été victime ou non d’une opération politico-judiciaire concertée, afin de l’affaiblir pour l’écarter de l’accès à la présidence de la République qui lui était promis. Cette question est aujourd’hui tranchée, la réponse relevant de l’évidence, et tous ceux qui prétendent que tout s’est passé régulièrement, que la justice n’a fait que son travail et de façon impartiale, que les procédures se sont déroulées normalement, sont soit d’une mauvaise foi pyramidale, soit vivent au fond d’une caverne.

La raison des états d’âme d’Éliane Houlette en 2020

C’est la raison pour laquelle il faut revenir sur les états d’âme d’Éliane Houlette, patronne du PNF au printemps 2017, qui, avec une certaine ingénuité, avouait sous serment devant une commission de l’Assemblée nationale en juin 2020 que le pouvoir politique était intervenu directement et indirectement à tout moment dans la procédure déclenchée contre François Fillon au mois de février 2017.

Citons le texte de Marc Leplongeon publié dans Le Point  : « Et l’ancienne procureure de livrer son expérience personnelle dans l’affaire Fillon. Si Éliane Houlette a affirmé que la pression des journalistes était difficile à gérer – “Mais bon, ça, on peut s’en dégager, moi, je n’avais pas de contacts avec eux et je ne lisais plus les journaux” –, c’est surtout la “pression du parquet général” qui l’a marquée. Les demandes incessantes pour qu’elle fasse remonter les informations le plus vite possible sur les derniers actes d’investigation, des demandes qui lui étaient parfois adressées pour “les actes de la veille”, et qu’elle devait synthétiser “avant 11 heures le lendemain […] Les demandes de précisions, de chronologie générale – tout ça à deux ou trois jours d’intervalle –, les demandes d’éléments sur les auditions, les demandes de notes des conseils des mis en cause… Les rapports que j’ai adressés, je les ai relus avant cette audition [devant la commission de l’Assemblée nationale, NDLR]. Il y a des rapports qui étaient circonstanciés, qui faisaient dix pages, précis, clairs, voilà”, soutient la magistrate. Qui ajoute : “On ne peut que se poser des questions [sur ce qui est fait de ces informations, NDLR]. C’est un contrôle très étroit…” »

Relevons en souriant que la magistrate commence par prétendre qu’elle ne lit plus les journaux, ce qui est assez savoureux. Parce que, Le Canard enchaîné lançant l’affaire Fillon est publié le matin du mercredi 25 janvier 2017 provoquant quelques heures plus tard l’ouverture d’une enquête préliminaire par son propre parquet. Ce qui déclenche l’action publique, ce n’est donc pas une plainte, ou un signalement conformément à l’article 40 du Code de procédure pénale : c’est un article du journal satirique que la patronne du parquet prétend ne pas lire.

Pourquoi ces soudains tourments, et cette volonté de se justifier ? Peut-être parce que plus personne ne doute aujourd’hui des objectifs de l’opération judiciaire du printemps 2017. Mais il s’agit d’une opération aussi fondée sur des violations graves et répétées de la loi pénale permettant d’alimenter la campagne visant à disqualifier François Fillon, et c’est sur le PNF que pèsent les plus lourds soupçons.

Alors pourquoi ne pas essayer de les esquiver en pointant les collègues du parquet général dont on laisse entendre qu’ils auraient alimenté en informations le pouvoir politique en place ? Lequel pouvait ainsi les transmettre directement ou indirectement à la presse pour alimenter les lynchages médiatiques. Et notamment aux célèbres Davet et Lhomme, confidents officiels du Président de l’époque qui les rencontrait assidûment.

Dans des propos toujours rapportés par Le Point, Éliane Houlette pose ensuite le problème de l’ouverture de l’information judiciaire confiée au juge d’instruction du pôle financier, Serge Tournaire, fournisseur attitré de mises en examen à Nicolas Sarkozy :

« Éliane Houlette évoque également une réunion lors de laquelle on lui aurait demandé d’ouvrir une information judiciaire contre François Fillon, alors que les investigations avaient jusque-là lieu dans le cadre d’une enquête préliminaire. Selon nos informations, cette réunion s’est tenue le 15 février 2017 à Paris. “J’ai été convoquée au parquet général – j’y suis allée avec trois de mes collègues, d’ailleurs – parce que le choix procédural que j’avais adopté ne convenait pas. On m’engageait [sic] à changer de voie procédurale, c’est-à-dire à ouvrir une information judiciaire. J’ai reçu une dépêche du procureur général en ce sens”, a-t-elle dit devant la représentation nationale. […] Si Éliane Houlette assure avoir d’abord résisté – “Ce sera quand je l’aurai décidé et quand j’aurai des éléments pour le faire” –, elle avoue avoir finalement été elle-même rapidement convaincue qu’il fallait ouvrir une information judiciaire, ce qu’elle fera le 24 février 2017. »

Que voilà une noble attitude ! Traduction : je n’étais pas d’accord pour ouvrir une information judiciaire mais finalement je l’ai fait quand même. Eh oui, en février 2017, alors que François Fillon était encore en tête dans les sondages, il était nécessaire, à moins de trois mois du scrutin présidentiel, de faire quelque chose. Et comme celui-ci avait stupidement déclaré le lendemain de l’annonce de l’ouverture de l’enquête préliminaire que s’il était mis en examen, il ne se présenterait pas, il fallait saisir une perche aussi aimablement tendue : « ouvrons une information judiciaire, confions-la à un magistrat instructeur de confiance, et le tour sera joué ! » devait-on penser dans certains cénacles.

Ainsi Mme Houlette accuse le parquet général d’avoir fait pression pour l’ouverture de cette information, mais comme il semble qu’elle y ait quand même cédé et que ce n’est pas très glorieux, elle habille ça en disant « avoir été elle-même rapidement convaincue qu’il fallait ouvrir une information judiciaire ».

L’ancienne patronne du PNF ne semble nourrir aucun complexe pour dire à ce moment-là, au sujet des pressions, l’exact contraire de ce qu’elle avait affirmé dans une interview à Marianne lors de son départ le 20 juin 2019 titrée : « Je n’ai jamais subi aucune pression ».

Un tel revirement, avec ces déclarations en forme d’aveu accompagnées d’accusations précises à l’égard de la procureure générale Catherine Champrenault, est manifestement dicté par la volonté de se dédouaner de sa responsabilité dans une opération politique qu’il n’est plus possible de nier. Ses attitudes face aux autres mises en cause dont elle sera ensuite l’objet le démontrent, elle n’a aucune envie de jouer le rôle de bouc émissaire.

Un examen de la chronologie de « l’affaire Fillon » permettra de mesurer à quel point, s’il s’agissait d’une initiative à caractère politique, les hauts magistrats ont accepté sans réticence d’y participer.

Extrait du livre de Régis de Castelnau, « Une Justice politique : Des années Chirac au système Macron, histoire d’un dévoiement », publié aux éditions L’Artilleur.

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