MEMORABILIA

Comment Pékin tente d’amadouer la nouvelle administration américaine…

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DÉCRYPTAGE – La Chine a radicalement changé de ton, jeudi, pour saluer l’inauguration de Joe Biden, en lui tendant la main.

Voilà tout de même un domaine dans lequel les Démocrates semblent admettre queTrump n’avait peut-être pas tort. Il y en aura d’autres… Artofus

Par Sébastien Falletti 21 janvier 2021. LE FIGARO

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«Bon débarras!» Pékin n’a pas pris de gants pour saluer le départ de Mike Pompeo, le secrétaire d’État de Donald Trump, dans un éditorial au vitriol de l’agence officielle Xinhua. La porte-parole du ministère des Affaires étrangère Hua Chunying l’a comparé à un «clown de l’apocalypse», lui imposant une interdiction de territoire chinois ainsi qu’à 27 officiels de l’Administration sortante.

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Ce cadeau d’adieu réplique aux ultimes assauts de Pompeo, qui a accusé la Chine de «génocide» au Xinjiang et organisé un appel vidéo entre la présidente de Taïwan, Tsai Ing-wen, et l’ambassadrice américaine auprès de l’ONU, Kelly Craft. Deux chiffons rouges agités à la barbe du régime communiste et jetés dans les pattes de la nouvelle Administration démocrate.

La Chine a radicalement changé de ton, jeudi, pour saluer l’inauguration de Joe Biden, en lui tendant la main. «Le président Biden a insisté sur le mot “unité” à plusieurs reprises dans son discours. C’est exactement ce dont nous avons besoin actuellement dans la relation sino-américaine», a déclaré Hua.

Et d’appeler les deux premières puissances mondiales à «prendre leur courage à deux mains pour s’entendre mutuellement». Pékin a salué le retour de Washington vers le multilatéralisme, et l’accord de Paris, pour lutter contre le changement climatique. Après quatre ans de confrontation qui ont entraîné la relation bilatérale au plus bas depuis l’ère maoïste, marquée par une guerre commerciale, et des tensions toujours plus vives en mer de Chine du Sud, et au large de Taïwan, Pékin dramatise l’enjeu.

La Chine est sans illusion face à Biden, mais elle veut stabiliser la relation pour assurer des progrès sur le front commercial. Et prévenir le risque d’un affrontement directShi Yinhong, professeur à l’Université Renmin, à Pékin.

La Chine et les États-Unis ont «l’obligation» de coopérer afin que «les anges bienveillants» l’emportent sur «les forces du mal» a prévenu Hua, alors qu’un climat de nouvelle guerre froide menace en Asie.

Cet appel signale la volonté du président Xi Jinping de tourner la page Trump, marquée par d’imprévisibles coups de butoir, et de retrouver une forme de normalité dans la relation avec Washington. Une urgence alors que le dirigeant le plus autoritaire depuis Mao recherche la stabilité pour pleinement relancer une économie gravement touchée par l’épidémie de Covid l’an passé, avec l’espoir de pleinement rebondir en 2021, à l’occasion du centenaire du Parti, étape majeure dans la renaissance chinoise qui doit être achevée avant 2049. «La Chine est sans illusion face à Biden, mais elle veut stabiliser la relation pour assurer des progrès sur le front commercial. Et prévenir le risque d’un affrontement direct», juge Shi Yinhong, professeur à l’Université Renmin, à Pékin.

Vers un bras de fer au long cours

Les stratèges rouges savent que l’Administration démocrate s’est convertie à une ligne ferme face à Pékin et sera accaparée par la pandémie pendant encore de longs mois. «Dans ce contexte tendu, un sommet ne pourra avoir lieu rapidement», juge Chen Qi, expert à l’Université Tsinghua. En coulisses, Pékin a pris langue avec la nouvelle équipe en cours de constitution à Washington testant la possibilité d’une rencontre avec le conseiller d’État, Yang Jiechi, le plus haut responsable du Politburo, en matière diplomatique.

Fort de sa maîtrise du Covid, le régime appelle la nouvelle équipe à solder l’héritage Trump et à faire le premier pas en vue d’améliorer des relations d’égal à égal, en abandonnant la croisade idéologique de Pompeo. «Si l’Administration Biden veut se complaire dans une diplomatie de la démocratie, elle ferait mieux de d’abord nettoyer son désordre chez elle, pour ne pas devenir un objet de dérision», prévient dans le China Daily, Zhang Zhixin, du China Institute of Contemporary International Relations, pointant le chaos politique et épidémique aux États-Unis.

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Ces mises en garde n’ont pas intimidé Anthony Blinken, le secrétaire d’État américain désigné, qui a jugé que Trump «avait eu raison» d’adopter une «ligne dure face à la Chine» et promis de garder ce cap, mais en changeant de «tactique», lors de son audition de confirmation devant le Sénat, mettant l’accent sur les alliances. Et de reprendre à son compte les accusations de «génocide» portées par Pompeo sur le dossier du Xinjiang, qui menace déjà d’enflammer la relation bilatérale.

Le round d’observation pourrait être de courte durée face à une Administration démocrate qui devrait se montrer plus ferme sur les questions des droits de l’homme, du Xinjiang à Hongkong. Derrière le ton conciliant affiché en tribune, Pékin se prépare à un bras de fer au long cours, pugnace, et affiche sa confiance décomplexée, face à une Amérique jugée affaiblie, persuadé que le vent de l’Histoire souffle en sa faveur.

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