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Les bruits et les odeurs de la campagne bientôt sanctuarisés par la loi…

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ARTICLE. Le patrimoine sensoriel des campagnes françaises devrait bientôt être sanctuarisé par une loi. Le Sénat vient de donner son accord au projet, lequel vise à protéger les bruits et les odeurs caractéristiques de la ruralité. Une coquetterie en apparence, qui cache pourtant une réelle problématique judiciaire.

Les bruits et les odeurs de la campagne bientôt sanctuarisés par la loi

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La rédaction de FRONT POPULAIRE . Publié le 23 janvier 2021

Ils sont la terreur des habitants des campagnes. Ils y débarquent une valise pleine de fantasmes à la main. Eux, ce sont les citadins des métropoles, qui partent chercher un monde meilleur, moins stressant et plus authentique qu’une vie entourée de béton et de bitume. L’esprit bordé d’idéaux, ils se heurtent parfois à la réalité de ces villages du cœur de la France. Au bruit des moteurs des voitures citadines, succède celui des tracteurs. Aux senteurs néfastes des pots d’échappement, celles du purin et du fumier. Et le rêve se mue parfois en cauchemar.

Comme celui qu’a vécu Maurice. En septembre 2019, au terme d’une polémique de plusieurs mois, Maurice fut autorisé par la justice à chanter. Maurice habitait Saint-Pierre-d’Oléron et sa voix matinale irritait un couple d’agriculteurs retraités qui possédait une résidence secondaire sur l’île. Le couple lui aurait bien tordu le cou, à cet opportun qui se la jouait Pavarotti le matin. Mais on ne tord pas le cou à un symbole de la France. Car Maurice était un coq. Et un coq, qui plus est dans la campagne, ça chante, c’est ainsi. Grâce à ce procès, notre ami volatile connut un petit moment de gloire médiatique au cours duquel se jouait sa vie et mit en lumière la problématique du bruit dans la ruralité.

Inspiré par ce cas, Bruno Dionis du Séjour, maire de Gajac, près de Bordeaux, a demandé en mai 2019 aux parlementaires d’inscrire le son de la campagne, au patrimoine mondial immatériel de l’Unesco. Il a été entendu car le 11 septembre de la même année, le député de Lozère, Pierre Morel-Á-l’Huissier (LR) a déposé un texte de loi intitulé : « Proposition de loi visant à définir et protéger le patrimoine sensoriel des campagnes françaises”. Dans le texte, un plaidoyer pour la reconnaissance des sons et odeurs caractéristiques des milieux naturels, marins ou terrestres comme appartenant à notre patrimoine commun.

Le rapporteur du texte, analysé le 13 janvier au Sénat, est parti d’une analyse prônant le bon sens : “la ruralité n’est pas un territoire silencieux”. Si l’on oppose souvent la ville à la campagne, c’est souvent pour vanter le calme de cette dernière. Mais le son y existe aussi, il est juste différent. Les cris des animaux, le vrombissement des tracteurs, le tintement des cloches des églises… tous ces sons rythment la vie de la campagne, parfois même la nuit, quand, pour protéger les insectes pollinisateurs, les agriculteurs traitent les champs à la lueur déclinante de la lune.

La mesure peut paraître cocasse de prime abord. A-t-on vraiment loisir, en temps de crise qui plus est, de s’occuper de ce qui paraît bien futile ? A cette question, le Sénat répond par l’affirmative. Le patrimoine immatériel est déjà défini par l’UNESCO mais cette dernière n’y inclut que ce qui est du ressort de l’activité humaine. Au-delà de l’aspect symbolique, c’est aussi devenu une nécessité juridique. Car Maurice n’est pas le seul à être pointé du doigt pour les désagréments qu’il cause.

S’il n’y a pas d’augmentation manifeste des plaintes similaires, qui restent finalement du ressort de l’épiphénomène, elles existent bel et bien malgré tout et les juges doivent eux même identifier ce qui est du ressort du bon sens ou pas. Ils nous offrent ainsi parfois des jugements atypiques et délicieux comme celui de la Cour d’appel de Paris, 13 juin 2019 : “les époux D. P. produisent plusieurs attestations et constats d’huissier de justice d’où il résulte qu’à des heures matinales, réservées d’ordinaire à un repos bien mérité, le volatile des époux G. coquerique toutes les dix ou vingt secondes avec une régularité, une vaillance et une persévérance qui seraient dignes d’admiration en toute circonstance “.

A défaut d’une augmentation des cas de ce type dans les tribunaux, les élus locaux remarquent une progression manifeste des demandes de médiations. Une loi ne paraît donc pas inopportune car, comme le pointent les sénateurs, “la ruralité est regardée par certains habitants des territoires urbains, notamment des métropoles, avec un intérêt renouvelé, notamment en raison du confinement et de l’explosion du télétravail”. Il ne faudrait pas qu’un repeuplement – par ailleurs souhaitable – des campagnes se fasse au détriment de son ADN.

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