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Covid : la stratégie vaccinale de l’UE compromise

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Les retards des livraisons de Pfizer et les problèmes au démarrage d’AstraZeneca mettent en échec les plans ambitieux de vaccination de masse. Le ton monte en Europe.

Ursula von der Leyen a appele la direction du groupe pharmaceutique AstraZeneca afin que les commandes de doses de vaccins soient honorees.
Ursula von der Leyen a appelé la direction du groupe pharmaceutique AstraZeneca afin que les commandes de doses de vaccins soient honorées.© JOHN THYS / AFP

Par Emmanuel Berretta. Publié le 25/01/2021 LE POINT

Les retards d’AstraZeneca dans une usine qui produit le vaccin ont mis à plat la stratégie vaccinale de l’Union européenne, déjà très impactée par les retards de livraisons du vaccin Pfizer-BioNTech. Ursula von der Leyen a appelé le PDG du groupe pharmaceutique AstraZeneca, Pascal Soriot, pour mettre la pression afin que les contrats soient honorés. Le groupe de suivi des États membres exige lui aussi des explications. Pour l’heure, la Commission exclut d’enclencher les pénalités et d’entamer une procédure judiciaire qui « prendrait des années ».

Pour marquer le mécontentement de l’Europe, la commissaire à la Santé, Stella Kyriakides, a déclaré « inacceptable » le nouveau calendrier revu à la baisse de livraisons des doses par AstraZeneca. Elle déclare avoir écrit à la compagnie au cours du week-end une lettre comportant des « questions importantes et sérieuses ». « Les réponses de la société n’ont pas été satisfaisantes à ce stade. C’est la raison pour laquelle une autre réunion est prévue ce soir », a-t-elle indiqué.

Coup de gueule

L’Italie est pour l’instant le seul État membre à avoir brandi la menace d’un procès contre Pfizer. « Il faut plutôt essayer de trouver des solutions », souffle-t-on à Bruxelles. La Commission maintient cependant les objectifs ambitieux de vaccination, à savoir 80 % du personnel soignant et des personnes de plus de 80 ans d’ici fin mars, soit 64 millions, puis 315 millions d’Européens d’ici fin août. Il avait été convenu de commencer à produire les doses du vaccin AstraZeneca avant même son homologation par l’Agence européenne du médicament, qui devrait intervenir avant la fin de semaine. Malheureusement, la chaîne de fabrication d’AstraZeneca n’est pas au niveau.

La mauvaise humeur des dirigeants européens est d’autant plus légitime que les 27 ont déjà payé des sommes importantes (2,7 milliards d’euros au total), via la Commission, pour que les lignes de production des groupes pharmaceutiques soient à la hauteur des doses promises… « L’Union européenne veut savoir quelles doses ont été produites jusqu’ici par AstraZeneca et où, et à qui elles ont été livrées », a souligné la commissaire Kyriakides, laissant percevoir la suspicion qui entoure le comportement d’AstraZeneca. D’autres pays en dehors de l’Union ont-ils été favorisés au détriment des Européens ?La Commissaire annonce la mise en place d’un contrôle des exportations vers les pays tiers, des vaccins anti-Covid-19 produits dans l’UE. Une notification préalable va être mise en place qui ne remettra pas en cause, pour autant, la solidarité internationale du mécanisme Covax.

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Le pied de nez du Royaume-Uni

En attendant, le Royaume-Uni prend le large avec 10 % de sa population vaccinée au 24 janvier quand la plupart des pays de l’UE se situent entre 0,8 et 3 % (des Pays-Bas au Danemark). Outre-Manche, le vaccin a pu bénéficier d’une autorisation rapide de mise sur le marché grâce à une procédure accélérée. Un joli pied de nez de Boris Johnson à l’Agence européenne du médicament qui affirme prendre le temps de toutes les vérifications afin de ne prendre aucun risque avec la santé des Européens.

À la suite du Conseil européen du jeudi 21 janvier, la Commission a mis à jour ses recommandations s’agissant des déplacements, fortement découragés au sein de l’Union européenne. Une nouvelle catégorie a été créée sur la carte de l’ECDC (mise à jour une fois par semaine) : les régions de couleur « rouge foncé » au sein desquelles les taux d’incidence dépassent les 500 cas pour 100 000 habitants au cours des 14 jours derniers jours. Dans ce cas, les voyageurs en provenance des régions « rouge foncé » devront subir un test 72 heures avant leur voyage et se soumettre à une quarantaine dans le pays de destination. Sont exemptés les missions essentielles (personnel soignant, diplomates, acheminement des vaccins), les travailleurs frontaliers et les routiers pour le transport de marchandises indispensables au bon fonctionnement du marché unique. La définition du « voyage essentiel » ne devrait pas évoluer et comprend aussi le regroupement familial, les funérailles, les mariages. Mais il faudra pouvoir prouver le motif du déplacement. Il ne s’agit ici que d’une recommandation qui doit encore être approuvée par les États membres. Il est conseillé de s’informer sur le site Re-open Europe avant tout déplacement au sein de l’UE.

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La Belgique n’attend pas

La Belgique n’a pas attendu pour décider seule d’interdire les voyages non essentiels. Le commissaire européen Didier Reynders a admis que les États membres ont le droit d’aller plus loin que les recommandations de la Commission, mais « il faudra que les mesures soient proportionnées et non discriminatoires ». Finalement, toute décision d’interdiction de déplacement peut être contestée devant les tribunaux, qui jugeront de la légalité de ces restrictions au regard des libertés fondamentales.

Le formulaire unifié de localisation des passagers (« PLF » en anglais pour Passenger Locator Form) qui devait être mise en œuvre en décembre n’est pas encore disponible. La Commission reconnaît qu’il prend du retard. « Nous rencontrons des problèmes de bases légales selon les États de manière à transmettre des données personnelles d’un État à l’autre en toute légalité », indique la Commission.

Chantage des pays baltes

Et, comme les ennuis volent en escadrille, le plan de relance est désormais victime du chantage des trois États baltes. L’Estonie, la Lituanie et la Lettonie menacent de ne pas adopter la décision « ressources propres » qui permettra à la Commission d’emprunter si les États membres ne garantissent pas le financement déjà convenu du projet de train à grande vitesse devant relier les Baltes au reste de l’UE. En juillet dernier, il avait été convenu de financer ce projet à hauteur de 1,4 milliard d’euros grâce au budget européen de long terme (2021-2027).

Les Baltes ont écrit le 18 janvier à Antonio Costa, le Premier ministre portugais, qui assure la présidence de l’UE, afin que celui-ci fasse pression sur le Parlement européen, la Commission et le Conseil. Le Parlement européen résiste, car la décision d’affecter des fonds à l’avance n’est pas conforme. Les trois États baltes en font une condition préalable au grand emprunt européen du plan de relance.

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