MEMORABILIA

Le golfe de Guinée: la mer «la plus dangereuse du monde»…

Scroll down to content

 Réservé aux abonnés

INFOGRAPHIE – La quasi-totalité des kidnappings en mer, en 2020, ont eu lieu dans le golfe de Guinée, selon le dernier rapport du Bureau maritime international.

Par Nicolas Barotte LE FIGARO 25 janvier 2021

Un vaisseau anti-piraterie des Forces Navales Béninoises patrouille dans la baie du Bénin. jason florio/Corbis via Getty Images

La crise du coronavirus n’a pas ralenti les pirates. «À défaut d’atténuer l’engagement des pirates et des brigands dans leurs activités illicites, la crise sanitaire aura contribué à son maintien, un peu partout dans le monde, en venant accentuer les difficultés socio-économiques», prévient l’amiral Pierre Vandier, le chef d’état-major de la Marine, dans le dernier rapport du Mica Center (Maritime Information Cooperation & Awareness Center) publié début janvier. Institué en 2016 par la Marine nationale, le Mica Center contribue «à l’analyse de la situation sécuritaire maritime mondiale» et s’adresse aux armateurs, aux compagnies et à tous les acteurs du secteur maritime. Alors que 90 % du volume des marchandises du commerce mondial passe par la mer, les armées insistent sur la «maritimisation» des tensions et de menaces.

À LIRE AUSSI :Comment la France lutte contre la piraterie dans le monde entier

En 2020, 375 événements de piraterie et de brigandage ont été recensés dans le monde, soit un peu plus qu’en 2019 (360), un peu moins qu’en 2018 (380) et beaucoup moins qu’en 2011 (668 événements), année où la piraterie mondiale fut au plus haut. Alors, la situation au large de la Corne de l’Afrique avait conduit au lancement de l’opération «Atalante». Aujourd’hui, les pirates ont délaissé ces mers. Les détroits de Malacca ou de Singapour demeurent des régions de brigandage. Le golfe de Guinée est désormais «la zone maritime la plus dangereuse du monde», souligne le rapport.

La tendance est à l’œuvre depuis plusieurs années. Elle se confirme avec un niveau de violence important. Le rapport dénombre 114 événements tels que des enlèvements, des attaques, des approches hostiles et même des détournements. En 2020, 21 navires ont été piratés et 142 marins kidnappés, la durée moyenne de leur détention ayant été de 30 jours. La quasi-totalité des kidnappings en mer, en 2020, ont eu lieu dans le golfe de Guinée, selon le dernier rapport du Bureau maritime international. 80 % des attaquants sont équipés d’armes de poing, prévient l’IMB, en s’alarmant d’«une augmentation des capacités» des pirates. «Dans le golfe de Guinée, les attaquants disposent d’armes blanches et de pistolets. Ils visent les équipages de tout type de navire. Chacun est vulnérable», a souligné le directeur de l’IMB, Michael Howlett.

«Les approches maritimes du Nigeria, qui représentaient jusqu’à présent plus de la moitié des événements, ont enregistré une baisse significative d’incidents, lesquels se sont dilués dans une zone s’étendant du Ghana à la Guinée équatoriale», écrivent les auteurs du Mica Center. 42 incidents ont été dénombrés au large du Nigeria, 16 au large du Ghana, 13 au large du Bénin, 11 au large de l’Angola. Cette évolution s’explique, selon le rapport, en partie par l’action des autorités nigérianes, «qui ont mené des opérations de sûreté sur leur littoral et qui ont par ailleurs renforcé leur système judiciaire pour permettre de traduire les pirates en justice». La pandémie a aussi probablement perturbé l’organisation des ports de la région, offrant de nouvelles opportunités aux pirates. Des sociétés militaires privées ont commencé à développer des activités de protection dans la région.

Poussée des mouvements islamistes

La surveillance du golfe de Guinée est aussi une priorité pour l’armée française. La zone est stratégique compte tenu des flux d’approvisionnement qui y transitent, notamment d’uranium en provenance du Nigeria. Une importante communauté française, de l’ordre de 80.000 ressortissants, vit dans les pays côtiers. Mais la région est devenue «extrêmement crisogène», selon un haut gradé. Chaque élection est donc suivie de près. La poussée des mouvements islamistes venus du Sahel inquiète. Les trafics illicites qui traversent la zone alimentent financièrement les groupes terroristes. Enfin, la pêche illégale, ajoutée au pillage des ressources par les chalutiers chinois au large, accentue la pression sur les ressources halieutiques. Alors que les prix s’effondrent, les populations côtières sont prises dans une spirale négative qui pousse à la piraterie ou aux migrations.

Depuis 1990, la France déploie quasiment en permanence un bâtiment de la Marine dans le golfe de Guinée dans le cadre de l’opération «Corymbe», pour garantir les intérêts français et participer au processus de Yaoundé. Lancé en 2013, celui-ci vise à renforcer la sécurité maritime au large de l’Afrique de l’Ouest. Mi-janvier, le patrouilleur de haute mer (PHM) Commandant-Birot se trouvait par exemple en opération sur place. Il a notamment effectué avec la Marine ivoirienne des missions de surveillance de la pêche illégale. Intercepter des pirates est rare. Mais la présence se veut dissuasive.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :