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« Pas de procès d’intention à Pfizer » : le Medef donne un totem d’immunité à Big Pharma…

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"Pas de procès d'intention à Pfizer" : le Medef donne un totem d'immunité à Big Pharma
Capture d’écran BFMTV

Vaccins

Par Louis Nadau

Publié le 25/01/2021. MARIANNE

A entendre Geoffroy Roux de Bézieux, invité ce 25 janvier sur BFMTV, il serait malvenu de mettre devant leurs responsabilités des entreprises pharmaceutiques dont deux des plus éminentes, Pfizer et AstraZeneca, ont annoncé des retards de livraisons de doses de vaccins. Et ce, alors même que ces entreprises reçoivent des financements publics massifs.

Prière de ne pas déranger. Ce lundi 25 janvier, le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, invitait sur BFMTV à ne « pas faire de procès d’intention à Pfizer, AstraZeneca ou à Moderna s’ils sont un peu en retard  sur quelques semaines« . Selon le représentant du patronat, les entreprises pharmaceutiques ont adopté un esprit de « mobilisation collective » pour lutter en faveur de la « cause mondiale » qu’est l’éradication du Covid-19. De sorte qu’il serait malvenu de mettre devant leurs responsabilités des entreprises pharmaceutiques dont deux des plus éminentes, Pfizer et AstraZeneca, ont annoncé à une semaine d’intervalle des retards de livraisons pour les doses commandées par l’Union européenne.

En parallèle, sur France Inter, la présidente du collège de la Haute Autorité de Santé, Dominique Le Guludec, appelait elle aussi ceux que ces délais agaceraient à relativiser : « Ce n’est pas une pénurie, on le savait depuis le début qu’on n’aurait pas de quoi vacciner toute notre population. Le monde entier doit se vacciner. C’est une pénurie relative, qu’on avait prévue depuis le début, parce que c’est juste impossible d’avoir les doses pour tout le monde« , a-t-elle expliqué.https://333e73e2a9792b61a58843dadf4d8654.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-37/html/container.html

A LIRE AUSSI : Allonger les délais entre les doses, interchanger les vaccins : une bonne idée ?

Le patron du laboratoire britannique AstraZeneca, le Français Pascal Soriot, s’est même payé le luxe de critiquer, depuis le Forum économique mondial de Davos, le manque de collaboration des gouvernements contre la pandémie. Cela « aurait pu être un moment du type 4 juillet, ou fête de l’indépendance (aux Etats-Unis, ndlr.) mais malheureusement cela n’a pas été le cas parce qu’il y a eu un peu de comportement de ‘moi d’abord’« , a-t-il déclaré, alors que son entreprise vient d’annoncer un retard de livraison dû à la « baisse de rendement » d’un site de fabrication.

« TALENT ET AGILITÉ »

Big Pharma en parangon de vertu : on aura tout vu. « On peut comprendre que certains problèmes logistiques entraînent un retard, mais essayer de nous faire avaler que les entreprises pharmaceutiques œuvrent d’abord pour le bien commun, non« , s’agace Nathalie Coutinet, économiste de la santé et enseignante à l’Université Paris 13. « Ce n’est d’ailleurs pas l’intérêt de Pfizer de ne pas vendre son vaccin, surtout pendant que leur monopole dure. A leur place, j’essaierais de vendre le plus possible« , remarque la coauteure du livre L’économie du médicament. « Pfizer ou Moderna ont clairement indiqué dès le départ que leur but était lucratif, ce qui ne serait pas un problème en soi s’ils ne s’agissait pas d’entreprises financiarisées, qui vivent et se sont construites sur le dos des organismes de remboursement. Il faut rappeler que c’est parce qu’il y a des systèmes d’assurance maladie que l’industrie pharmaceutique a pu se développer.« 

Faut-il donc, comme Geoffroy Roux de Bézieux, célébrer « le talent et l’agilité » des entreprises ayant réussi à développer un vaccin dans un laps de temps si court ? On peut saluer la prouesse scientifique, sans toutefois oublier, comme l’explique Nathalie Coutinet, que « c’est un financement public massif qui a permis à Pfizer et à ses concurrents de trouver des vaccins si rapidement« . C’est par exemple le cas d’AstraZeneca, dont la recherche en partenariat avec Oxford a notamment été financée par les dons de la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (Cepi). L’Union européenne a en outre signé un chèque de 2,15 milliards d’euros pour financer la fabrication de vaccins, en dehors du coût d’achat de ces derniers.

« PAS ABSOLUMENT ANORMAUX »

Bien que la ministre déléguée à l’Industrie, Agnés Pannier-Runacher, ait assuré que les retards de livraison annoncés inopinément par Pfizer et AstraZeneca ne remettaient pas en cause le plan de vaccination français, le montant de la facture autorise le contribuable à tiquer en entendant le patron du Medef expliquer que les problèmes de production ne sont « pas absolument anormaux« . La commissaire européenne à la Santé, Stella Kyriakides, ne l’entend d’ailleurs pas tout à fait de cette oreille : elle rappelait ainsi à AstraZeneca que l’augmentation des capacités de production était « l’un des principes importants du contrat » passé avec le laboratoire.

La publication accidentelle sur Twitter, mi-décembre, des prix des six vaccins anti-Covid-19 pré-achetés par l’Union européenne – bourde de la secrétaire d’État belge au Budget, Eva de Bleecker -, permet d’avoir une idée de l’addition que devra régler l’UE pour les doses elles-mêmes : au moins 9,3 milliards d’euros pour les 600 millions du vaccin Pfizer, pas moins de 2,4 milliards d’euros pour les 160 millions de doses de Moderna, et 8 milliards d’euros, sans compter les frais de distribution, pour les 400 millions de doses d’AstraZeneca. « C’est complètement aberrant : le financement public sert au développement de vaccins qu’il doit ensuite acheter, parce que c’est la santé et qu’il n’y a pas le choix« , soupire Nathalie Coutinet. On attendra donc un peu avant de jeter des fleurs à Pfizer.

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