MEMORABILIA

Pékin teste la détermination de Joe Biden dans le ciel de Taïwan

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ANALYSE – Des avions chinois se sont approchés ce week-end de l’île soutenue par l’Administration américaine.

Par Sébastien Falletti. 25 janvier 2021. LE FIGARO

Correspondant en Asie

La silhouette grise allongée des bombardiers stratégiques HK6 plane sur le détroit de Taïwan, comme un avertissement à Joe Biden. Huit de ces mastodontes de l’Armée populaire de libération (APL), capables d’emporter des armes nucléaires, ont pénétré dans l’espace aérien de l’île démocratique, samedi, à l’orée du mandat du nouveau président américain.

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Ces avions inspirés des Tupolev soviétiques de la guerre froide, mais remis à niveau pour la guerre technologique du XXIe siècle à grand renfort d’électronique, ont franchi la ligne médiane symbolique qui divise le détroit de Taïwan, accompagnés de quatre chasseurs Shenyang J-16 et d’un avion de chasse anti-sous-marin Y8. La formation est restée à distance des côtes mais a survolé les parages des îles Pratas, en mer de Chine du Sud. Elle a ignoré les avertissements des militaires taïwanais, qui ont mis en alerte leurs missiles de défense antiaérienne. Cette démonstration de force s’est poursuivie dimanche avec le déploiement de quinze avions au sud-ouest de l’ancienne Formose, lançant un avertissement transparent à la nouvelle Administration démocrate quelques jours après son arrivée aux affaires. «Ceux qui heurtent sérieusement les intérêts nationaux de la Chine paieront pour leurs fautes», prévient le Quotidien du peuple, appelant l’équipe Biden à abandonner les «erreurs stratégiques fondamentales» de sa devancière.

Après avoir tendu la main jeudi au nouvel hôte de la Maison-Blanche, appelant à la «coopération», le régime communiste montre ses muscles pour dissuader Washington de poursuivre la stratégie d’appui renforcé à Taipei menée l’an passé par l’équipe Trump. En 2020, l’APL a mené un record de 380 sorties aériennes dans l’espace taïwanais, mais n’avait jamais dépêché autant d’avions le même jour. Washington doit traiter le dossier taïwanais de «façon précautionneuse» sous peine de «nuire»aux relations bilatérales, a prévenu Pékin jeudi.

Bras de fer

Le géant communiste considère cette île volcanique de 23 millions d’habitants comme partie intégrante de son territoire, et le président Xi Jinping a agité le spectre d’une invasion militaire en évoquant une «réunification» par la force, pour accomplir l’œuvre inachevée de Mao en 1949. Après la mise au pas de Hongkong, tous les regards se tournent vers l’île démocratique, qui s’annonce comme la prochaine cible du dirigeant autoritaire, et l’un des principaux points chauds du bras de fer stratégique sino-américain à l’ère Biden. Avec pour enjeu la crédibilité de l’engagement de défense américain à l’échelle de cette région poumon de l’économie mondiale.

Washington a immédiatement dénoncé les «intimidations» chinoises, réaffirmant son «soutien solide comme un roc» à Taïwan, dont la défense dépend du parapluie américain, bien qu’aucun traité de défense ne les lie. Le Département d’État «presse Pékin de cesser ses pressions militaires, diplomatiques et économiques et d’engager le dialogue avec les autorités démocratiquement élues» sur le territoire. Une formule qui fait écho aux ouvertures lancées par la présidente Tsai Ing-wen, ignorées par Pékin, qui l’accuse de vouloir déclarer l’indépendance formelle de Taïwan.

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En dépit des mises en garde, la nouvelle Administration démocrate semble déterminée à poursuivre la stratégie de soutien pratiquée à l’ère Trump, comme l’indique l’invitation de Hsiao Bi-khim, la représentante de Taïwan à Washington, de facto ambassadrice, à l’investiture de Joe Biden. Cette première depuis la reconnaissance diplomatique de la Chine communiste, en 1979, envoie un message de soutien appuyé à l’île, mais sous une forme moins fracassante que Trump, qui avait osé décrocher son téléphone pour appeler la présidente taïwanaise Tsai Ingwen et envoyé des hauts officiels sur place ces derniers mois.

Cette première passe d’arme feutrée lance un round d’observation tendu entre la Chine et la nouvelle équipe démocrate, avec pour enjeu l’équilibre stratégique en Asie, jugent les experts. «Dans les prochains mois, Pékin va tester la détermination de l’Administration Biden, notamment en mer», prédit Rory Medcalf, professeur à l’Australian National University.

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Rouleau compresseur

La mer de Chine méridionale, revendiquée à 90 % par Pékin, s’annonce comme un front sensible, alors que les États-Unis ont signalé leur détermination à renforcer leur présence en Asie du Sud-Est, bousculée par le rouleau compresseur chinois, dans le cadre de leur stratégie indo-pacifique. Washington pointe «avec inquiétude la tendance actuelle de la République populaire à intimider ses voisins», a déclaré Ned Price, nouveau porte-parole du Département d’État, augurant d’une approche régionale pour contenir les avancées chinoises.

La diplomatie chinoise marche sur la corde raide sous la houlette de Xi, champion d’un nationalisme décomplexé, qui, en quête de stabilité, veut tourner la page de la confrontation incertaine de l’air Trump pour assurer la stabilité économique en cette année 2021 qui marquera le centenaire du Parti communiste. Si la Chine bande ses muscles en public, en coulisse elle tente de prendre langue depuis plusieurs semaines avec l’équipe du président Biden, qui multiplie les appels en direction des alliés, dont le président français Emmanuel Macron, nourrissant le spectre de l’isolement international à Pékin.

La Chine veut balayer l’héritage Trump le plus tôt possible. Mais elle n’est pas naïve, elle sait que cela ne pourra survenir rapidementChen Qi, spécialiste à l’université Tsinghua, à Pékin

Le géant a suggéré une rencontre entre Yang Jiechi, le plus haut stratège international de l’appareil, avec un haut représentant américain, pour relancer une relation au plus bas depuis quarante ans, affirme le Wall Street Journal. Pékin a aussitôt démenti ce projet par la voix de son ambassade à Washington. Un déni brutal trahissant le caractère sensible de ce rapprochement aux yeux d’un régime qui aime s’afficher en position de force. «Les deux parties sont en train de communiquer étroitement, mais pas publiquement. La Chine veut balayer l’héritage Trump le plus tôt possible. Mais elle n’est pas naïve, elle sait que cela ne pourra survenir rapidement», juge Chen Qi, spécialiste à l’université Tsinghua, à Pékin.

Xi Jinping et Joe Biden se connaissent bien, ayant tenu une quinzaine de rencontres par le passé lorsque ce dernier était vice-président. Mais les deux hommes ne se sont toujours pas entretenus depuis sa victoire, prolongeant le climat glacial des derniers mois de la présidence Trump.

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