MEMORABILIA

Ivan Rioufol: «La Ve République, dénaturée par le Covid»

CHRONIQUE – La politique sanitaire, déployée par un état d’urgence reconduit, ne met pas seulement en cause des libertés.

Par Ivan Rioufol LE FIGARO 28 janvier 2021.

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Le Covid empoisonne la démocratie française. Au prétexte de faire la «guerre» au virus, le chef de l’État s’est approprié trop de prérogatives. Le 21 janvier, Emmanuel Macron prévient, face à des étudiants: «Je ne pourrai pas rouvrir tout de suite les bars, il va falloir attendre un peu.»Ce «je» n’est pas seulement anecdotique: il dévoile la concentration du pouvoir, une vérité officielle, la marginalisation des contradicteurs. Ce même jour, le président s’emporte: «Nous sommes devenus une nation de 66 millions de procureurs!» Le 31 mars 2020, il s’était agacé des«irresponsables» qui critiquaient sa gestion de la crise. Or cette expression d’une opposition serait moins virulente si les contre-pouvoirs institutionnels pouvaient jouer leur rôle d’amortisseur. La susceptibilité de Macron est celle d’un dirigeant isolé qui voit dans la divergence une agression personnelle. Faudrait-il que la rue se mobilise pour se faire entendre?

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La politique sanitaire, déployée par un état d’urgence reconduit, ne met pas seulement en cause des libertés. Ce choix de société, décidé arbitrairement, dénature aussi l’équilibre de la Ve République. L’Assemblée nationale, dominée par LREM, est une chambre d’enregistrement. Le Sénat, dans l’opposition, est contraint à la figuration. L’Élysée est le théâtre du monologue de son locataire. Le sénateur LR Philippe Bas s’inquiétait, dans Le Monde du 15 janvier, d’un président qui «décide de tout». Bas: «Malgré les exhortations du Sénat, le gouvernement refuse désormais de soumettre sa règle sanitaire à l’autorisation régulière du Parlement.» C’est le Conseil scientifique et ses experts non élus qui, au bon vouloir du chef de l’État, inspirent la politique de la nation. Ces prophètes de malheur annonçaient le pire après Noël et le jour de l’An: la catastrophe n’a pas eu lieu. Pour eux, l’apocalypse est pour demain. Ils sont les propagateurs du mortel virus de la peur.

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Le chef de l’État ne peut prétendre donner des leçons de démocratie en se comportant en souverain irritable. D’autant qu’il semble vouloir oublier sa promesse de 2017 d’instituer davantage de proportionnelle aux élections législatives. En dépit de l’engagement pris par Macron auprès de François Bayrou, au prix du ralliement du centriste, le projet a été en tout cas écarté par Christophe Castaner, proche du président et patron des députés LREM. Le motif est clair: l’ancien ministre de l’Intérieur avoue ne pas vouloir «faire rentrer 100 députés RN au Parlement».Voici donc le plus important mouvement populaire assigné à son strapontin, au cœur de la représentation nationale. Bayrou ne peut que le déplorer (Le Figaro, mardi 26 janvier): «Le Parlement est contesté parce que sa composition est trop éloignée de la réalité du pays.» Mais sa proposition de référendum sur ce sujet a peu de chance d’être entendue d’une macronie en état de siège.Les limites du consentement présumé sont atteintes, voire dépassées. La mondialisation uniforme des réponses sanitaires va se heurter de plus en plus aux réticences des peuples.

«Vous n’avez pas le choix!», aime à soutenir LREM. En mars 2019, son clip pour les européennes reprenait cette injonction manichéenne, qui opposait les affreux nationalistes aux admirables européistes. Depuis, ce discours unique se décline à toutes les sauces. Le consensus obligé est devenu la marque de fabrique du parti présidentiel. Les médecins qui s’opposent au confinement ou restent prudents sur les nouveaux vaccins ARN messagers (dont la science ignore encore les conséquences à long terme) ne sont plus audibles. Certains disent être censurés par les plateformes des réseaux sociaux. Quant à ceux qui osent alerter sur l’immigration de masse ou s’opposer à l’islamisme, dans des termes non agréés par le pouvoir, ils courent le risque de la sanction. Mardi, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, s’est dit prêt à dissoudre Génération identitaire, coupable de dénoncer pacifiquement les frontières passoires.

Propagande d’État

Cette propagande d’État s’inscrit dans la logique d’un dogmatisme insensible aux réalités du terrain. Or rien n’est moins évident, par exemple, que le confinement renouvelé pour lutter contre le Covid. Le Conseil scientifique, présidé par le professeur Jean-François Delfraissy, pousse urgemment à réitérer la mesure pour la troisième fois. Mais l’autocrate, qui a su jusqu’ici convaincre Macron, est semblable au mandarin de la Cité interdite: il ne perçoit rien des plaintes du dehors. Les souffrances psychologiques et existentielles des citoyens isolés et appauvris se multiplient. De surcroît, l’État arrive au terme du «quoi qu’il en coûte» présidentiel: la formule magique, plus concrètement, fait emprunter à la France 1 milliard d’euros par jour, 700.000 par minute (Agnès Verdier-Molinié)! Des sommes qu’il faudra rembourser. L’Espagne a annoncé qu’elle n’avait plus les moyens de ce confinement subventionné. La Californie suit ce chemin. Les orgueilleux idéologues du transhumanisme et de l’homme augmenté n’osent encore se l’avouer: ils vont devoir s’avouer vaincu par un microbe. Oui, la vie tue.

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Les limites du consentement présumé sont atteintes, voire dépassées. La mondialisation uniforme des réponses sanitaires va se heurter de plus en plus aux réticences des peuples. Aux Pays-Bas, des émeutes ont eu lieu durant trois jours. En France, les appels à refuser l’Ordre sanitaire et à promouvoir la désobéissance civile se répercutent sur internet. Le Conseil de l’ordre des médecins, qui s’est mis au service du pouvoir, est contesté par ceux qui refusent ses oukases et ses interdictions de soigner librement. Ces praticiens rappellent les constatations de la Cour des Comptes, qui, le 9 décembre 2019, dénonçait «un ordre sociologiquement peu représentatif du corps médical en activité, une gouvernance fermée» et appelait à une meilleure«démocratie sanitaire». La politique de la peur, qui a infantilisé les gens, dévoile ses artifices et ses ressorts tyranniques. Accepter le risque, soigner précocement, faire confiance à tous ne seraient-ce pas des méthodes raisonnables?

Incohérence

Le culte de la santé va de pair avec celui de la nature: ils sont les nouveaux piliers d’une politique macronienne en apesanteur. La lutte contre le changement climatique et pour la biodiversité fait partie du programme présidentiel et de la «nouvelle police de la bien-pensance»(1). C’est ainsi que les OGM sont officiellement considérés comme dangereux, ce que des scientifiques contestent. Dans Le Monde de jeudi, certains d’entre eux s’étonnent que le génie génétique, accepté pour les vaccins ARN, soit refusé pour les plantes et les légumes. Où est la cohérence? Le Covid rend fou.

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